16 Avril,  2002

April 16, 2002

16 Avril,   2002

Vol. 21 No. 05
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Debout : Georges Fauriol et l'Ambassadeur Luigi Einaudi , assis devant eux Orlando Marville et l'ex-ambassadeur US en Haïti Timothy Carney
Environ vingt-trois jours après le début de l'offensive militaire les forces des Etats-Unis sont entrées à Bagdad. La résistance au début qui les avait fait piétiner quelques jours n'a pu résister à un déferlement de bombardements avec des armes de destruction massive, comme les bombes à fragmentation, les obus à l'uranium, etc. Plus question d'utilisation d'armes «intelligentes», car il fallait en finir au plus vite. Quant au nombre de victimes civiles irakiennes qui ont péri sous le feu des «libérateurs» dépêchés de Washington par Bush et de Londres par Blair, bien habiles seront ceux qui pourront dénombrer les cadavres pulvérisés, carbonisés, calcinés ou enfouis dans des fosses communes. Le vainqueur pourra toujours choisir la quantité qui ne saurait effaroucher les bonnes consciences qui jugeront que deux mille assassinats d' «inconnus», arabes de surcroît, ne sont pas un prix trop élevé à payer pour prétendument se débarrasser de Saddam Hussein. Pas trop de témoins gênants non plus pour porter témoignage et dénoncer ces crimes, puisque les stratèges ont pris la peine de cibler auparavant le centre de presse de Bagdad, tuant deux journalistes, avisant ainsi les survivants de se tenir tranquilles. L'édifice de la station Al-Jazeera aura été atteint alors que moins de vingt-quatre heures auparavant un haut gradé de l'Armée US avait rendu visite au siège de la station au Koweit pour assurer le responsable que tout serait mis en oeuvre pour ne pas frapper d'un missile l'édifice de Bagdad. Le responsable en question mis en confiance par tant de sollicitude fournissait pour le malheur de ses collègues tous les détails à l'officier sur l'emplacement de son centre dans la capitale irakienne.

De toutes façons, comme l'écrit l'écrivain John Berger, «le coût humain, jusqu'à présent, a été traité comme résiduel...»

Il y a beaucoup de morts, trop pour l'objectif de renverser un régime qui n'aura pu offrir la résistance à laquelle on aurait pu s'attendre, après avoir été présenté comme un ennemi redoutable, capable d'infliger de lourdes pertes à ses agresseurs avec ses armes de «destruction massive». Finalement aucun des arguments invoqués à l'origine pour justifier cette guerre n'aura été prouvé: on n'a pas trouvé d'armes de destruction massive ni de gaz chimiques; on n'a trouvé qu'un pays dévasté par 12 années d'embargo et d'isolement. Sans compter qu'avec la complicité de l'ONU il a été dépouillé des rares moyens de défense qui lui restaient par les inspecteurs de l'ONU qui ne lui offraient cependant pas de garantie de n'être pas la cible d'une agression.

En principe, Bagdad n'offrait plus de résistance, mais les bombardements se poursuivaient. Brusquement les «libérateurs» n'étaient plus intéressés à savoir si Saddam Hussein était mort ou vivant. Une fois dans la ville, ils mettaient à l'oeuvre les «journalistes» amenés avec eux pour cadrer comme il faut des petits groupes de vandales qu'ils incitaient à offrir un spectacle pour la télévision occidentale. «La scènes joyeuses de renversement des statues étaient prévues par le Pentagone», nous dit encore John Berger (...) Les pillages aussi. «Le secrétaire d'État à la Défense Rumsfeld se réfère au chaos comme un simple ŒdérangementŒ.» Les scènes de pillage qui restaient limitées au début ont commencé à prendre de l'ampleur quand les vandales ont compris qu'ils avaient le champ libre et que les forces d'occupation étaient uniquement soucieuses de protéger trois ou quatre édifices: le ministère du Pétrole qui recèle l'immense banque de données sur les richesses pétrolières de l'Irak, le ministère de l'Intérieur qui doit regorger d'informations sur les services de renseignements et autres et un palais ou deux où devra siéger le chef de l'armée d'occupation. Devant ces édifices et alentour sont cantonnés des centaines de soldats et dans leurs cours les tanks pour en interdire l'accès. À part cela, tout le reste est livré intentionnellement à la multitude: le Musée national, le Centre archéologique, et quasiment tous les trésors culturels, d'inappréciables collections de toutes les cultures qui ont fleuri en Irak au cours de millénaires ˆ sumérienne, acadienne, babylonienne, assyrienne, sans compter des textes islamiques historiques uniques - ont été complètement saccagés et perdusÝ Des trésors irremplaçables ont été emportés par des pillards, des récipients en or, des masques rituels, des bijoux remontant à la Mésopotamie antique, etc. En un mot sept mille années de civilisations détruites en Ý une journée!

Quelle leçon faut-il tirer de tant de barbarie? Le monde entier est scandalisé par cet acte gratuit que de faire dévaster ainsi des trésors de savoir, qui appartiennent à toute l'humanité. Même Saddam Hussein si décrié n'avait pas osé ni même pensé à se les approprier!

Pourtant il s'en trouve, et non des moindres, pour tirer des leçons positives de ce carnage. En effet, l'ancien directeur d'un établissement secondaire réputé de la capitale haïtienne et ancien ministre de l'Éducation Rosny Desroches, qui dirige actuellement l'Initiative de la société civile, un groupe de l' «opposition», aura trouvé dans ces événements en Irak un exemple à suivre pour se débarrasser du gouvernement. Bien entendu, il essayait de finasser, n'allant pas droit au but, enrobant ses propos de considérations générales, disant sur les ondes de Radio Métropole, sa station de service: «Je pense, comme nous l'avons dit, ces leçons que nous avons tirées peuvent s'appliquer à Haïti. La première chose c'est que si on fonde un pouvoir sur la violence (...) il y a un rejet du régime par la population (...) Et je crois que nos dirigeants actuels doivent tirer aussi la leçon qu'aujourd'hui nous ne pouvons pas faire comme nous l'entendons dans notre république ou notre pays, il faut tenir compte des courants internationaux...» Sans doute, en outre, Rosny Desroches pourra bénéficier d'autres contrats de reconstruction, cette fois semblables à ceux que George W. Bush a déjà distribués à sa clique?

Mais son acolyte, son allié dans l'opposition, Evans Paul du KID/Convergence, moins subtil ou plus affamé, ne faisait pas dans le détail et il affichait ouvertement le même jour, au même programme, ses désirs et sa rage, criant: «Que tous les dictateurs finissent de la même façon. Actuellement il y a deux possibilités: ou bien c'est le peuple qui les chasse ou bien c'est une solidarité internationale qui aide le pays (lui, Evans Paul) à se débarrasser d'eux. Nous pouvons donner deux exemples: en Haïti c'est le peuple qui chasse les dictateurs, mais si vous prenez Milosevic en Yougoslavie, c'était la communauté internationale qui a aidé le peuple à se débarrasser de ce dictateur et c'est la même chose qui se passe en Irak (...) et je souhaiterais...»

Peut-on croire que même sous prétexte de dire n'importe quoi, on en arrive à être aussi irresponsables et surtout aussi opportunistes. Ce n'est pas un hasard non plus si la «communauté internationale» a cru faire le bon choix en choisissant de tels individus prêts à tout, pour former son «opposition» au régime Lavalas.