 |  | | Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, avec toute l'arrogance qui caractérise l'impérialisme, s'est plutôt mis à critiquer le mode de gestion du gouvernement Lavalas pour tenter de faire diversion et rejeter sa demande. | Le 7 avril 2003, à l'occasion d'une cérémonie organisée dans la cour du musée du Panthéon national (MUPANAH) pour commémorer le bicentenaire de la mort du précurseur de l'Indépendance, Toussaint Louverture, le président de la République Jean-Bertrand Aristide en avait profité pour exiger de la France, (l'ancienne puissance coloniale et esclavagiste, «restitution et réparation » pour tous les préjudices causés au peuple haïtien depuis la période de l'esclavage. Ainsi, le chef de l'Etat a demandé à la République française de restituer à Haïti l'équivalent de la somme payée par le président Jean-Pierre Boyer en 1825 pour la reconnaissance de l'Indépendance. «Parce qu'en 1825, a fait valoir le président haïtien, sous le gouvernement de Boyer, nous avons dû payer 90 millions de francs or à la France, aujourd'hui, nous réclamons au moins la valeur capitalisée pour l'année 2003, soit 21 683 135 571,48 dollars (21 milliards 683 millions 135 mille 571 dollars et 48 centimes). Chers amis de Toussaint Louverture, que partout retentissent nos voix réclamant pacifiquement et dignement: 1) Restitution ; 2) Réparation.» En guise de réaction à cette requête justifiée de l'Etat haïtien, le ministère français des Affaires étrangères, avec toute l'arrogance qui caractérise l'impérialisme, s'est plutôt mis à critiquer le mode de gestion du gouvernement Lavalas pour tenter de faire diversion et rejeter sa demande. «Je précise que depuis le retour du président Aristide au pouvoir, la communauté internationale a globalement alloué à Haïti près de deux milliards d'euros, dont plus de deux cents millions d'euros d'aide française. Malheureusement, en dépit de cet engagement massif, fort peu de résultats ont été enregistrés en terme de développement. La mauvaise gouvernance, la dégradation de la sécurité liée aux graves conflits politiques actuels sont les principales raisons de la dérive sociale et économique du pays», a prétendu le porte-parole du Quai d'Orsay François Rivasseau, qui a continué à prendre la tangente pour ajouter que «les pays de l'Union européenne n'acceptent pas ce genre de raisonnement; je me bornais simplement à rappeler que nous n'avions pas de leçon à recevoir, particulièrement pas des autorités haïtiennes actuelles, en matière d'aide au développement en Haïti». Le ministre des Affaires étrangères haïtien, Joseph Philippe Antonio a très bien saisi l'embarras du Quai d'Orsay en la circonstance, et il a indiqué à l'AHP concernant la réaction française, que l'ancienne métropole est «embarrassée et cherche à déplacer le problème. «Nous parlons de restitution pour les torts causés au pays, alors que M. de Villepin (le ministre français des Affaires étrangères) parle de 200 millions de dollars accordés à Haïti par la France... Alors comment le gouvernement français peut-il refuser de réparer les torts causés par l'esclavage et restituer les montants qu'Haïti a dû en outre verser à la France après tous les méfaits de la période coloniale?» a déclaré Antonio qui a en la circonstance annoncé que des démarches légales sont déjà en cours sur le plan international pour contraindre la France à verser ce montant. De son côté, la ministre de la Culture et de la Communication, Lilas Desquiron a qualifié tout simplement d'arrogante la prise de position du Quai d'Orsay. «C'est une réaction arrogante. Et contrairement à ce qu'ils disent, nous pouvons leur donner des leçons au même titre que nous pouvons, nous aussi, recevoir de leçons des autres. Nous avons un petit pays, mais nous sommes un grand peuple... Le porte-parole du Quai d'Orsay a une attitude complètement injustifiée en réagissant sur la base de 'mauvaise gouvernance' alors qu'il ne collabore même pas avec le gouvernement haïtien.» a-t-elle fait observer, tout en expliquant que la majeure partie des fonds alloués à Haïti par la « communauté internationale » passe le plus souvent par les ONG. Pour sa part, le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy, a invité tous les secteurs du pays à appuyer la démarche du président Aristide car, selon lui, il s'agit de reconquérir la dignité nationale: «Cette initiative concerne tous les Haïtiens quelle que soit leur appartenance politique ou idéologique. La France a reconnu que l'esclavage est un crime contre l'humanité. Et donc en vertu du principe qui veut que tout crime mérite réparation, nous devons engager une action nationale dans le sens de l'initiative du gouvernement de la République.» De leur côté, les parlementaires haïtiens ont également exprimé leur soutien à la demande de restitution faite par le chef de l'Etat aux autorités françaises. Ils ont, par ailleurs, condamné la décision prise par le ministère français des Affaires étrangères de rejeter la requête du gouvernement haïtien. Pour le député Sympson Libérus le gouvernement français devra obligatoirement rendre à Haïti ce qui lui est dû. Abondant dans le même sens que son collègue, le sénateur de la Grand'Anse, Gérald Gilles ne fait aucune différence entre ce qu'il appelle un système mafieux et un Etat accapareur, s'agissant de la France (Radio Métropole, 10-04-03). L'agressivité avec laquelle les autorités françaises ont repoussé la demande de restitution révèle une nouvelle fois la nature féroce du néo-colonialisme qui est l'héritier de droit et de fait du colonialisme. Mais il est encore beaucoup plus révoltant lorsque des compatriotes haïtiens, se réclamant d'une prétendue «opposition» et sous prétexte de dénoncer un quelconque manque de crédibilité du président de la République, vont jusqu'à avaliser la position de l'ancienne Métropole. À ce titre s'est illustré le pasteur Luc Mésadieux du MOCHRENA/Convergence qui a déclaré: «M. Aristide ne possède pas assez de crédibilité et de légitimité pouvant lui permettre d'aborder un tel dossier. Personne ne prendrait le risque de confier une somme pareille à M. Aristide car il est clair pour tout un chacun que Lavalas a une mauvaise gestion.» Tout comme il est clair pour tout un chacun que Mésadieu est un mécréant. En résumé, même si l'on présume que l'État français ne remboursera pas ces 21 milliards, il ne peut nier la justesse de la demande. Le reste n'est plus qu'une question de rapport de forces pour refuser toutes négociations dans ce dossier. |