9 Avril,  2002

April 9, 2002

9 Avril,   2002

Vol. 21 No. 04
Votez! Cliquez ici pour signer le R¯f¯rendum Populaire Anti-guerre! 
Debout : Georges Fauriol et l'Ambassadeur Luigi Einaudi , assis devant eux Orlando Marville et l'ex-ambassadeur US en Haïti Timothy Carney
Près de trois ans après que l'OEA eut, par l'intermédiaire de son envoyé Orlando Marville, provoqué une "crise" politique dans le pays en contestant des résultats des élections du mois de mai 2000, les plans cachés de l'impérialisme apparaissent de plus en plus au grand jour. Au sujet de ces élections, faut-il rappeler que la Communauté internationale avait dans un premier temps applaudi leur déroulement. Mais quand les résultats eurent révélé la victoire écrasante du Parti Fanmi Lavalas face aux "choix" de la Communauté internationale, l'OEA avait vite délégué Orlando Marville pour contester le mode de comptage utilisé par le Conseil électoral.

Ont alors débuté les multiples manoeuvres, manigances, traquenards pour se défaire du régime Lavalas et de ses membres constitutionnellement élus. La CIA et le Pentagone procédaient à la mise sur pied d'une "opposition" montée de toutes pièces et financée par l'Institut républicain international (IRI) et façonnaient une alliance entre la bourgeoisie et les macoutes à travers le regroupement dénommé Convergence Démocratique. L'"appareil" était mis en place qui allait avoir à son service ses clients naturels, dans les médias par exemple comme Radio Métropole, Télé Haïti, Radio Quisqueya, Radio Caraïbes et le quotidien Le Nouvelliste pour ne citer que les plus acharnés. Rappelons en l'occurrence la forte campagne menée inlassablement par ces médias qui le qualifiaient d'élu "contesté" chaque fois qu'ils parlaient d'un parlementaire membre de Fanmi Lavalas. Pourtant l'OEA et ses pions indigènes avaient commencé à réclamer la tête de sept sénateurs, qui auraient bénéficié d'un mauvais comptage, et l'"opposition" chemin faisant avait par la suite exigé le départ de tous les élus. Comme dans une pièce de théâtre bien montée, acquiescement aussitôt de l'OEA qui en est venue à exiger des élections anticipées pour les parlementaires et les élus des Collectivités territoriales. Nouvelle surenchère de l'"opposition" qui ne réclame rien de moins désormais que l'option zéro, soit la disparition totale du régime Lavalas, y compris le départ du président de la République.

Cependant, face à ces tractations, les autorités Lavalas n'ont malheureusement pas pu tenir tête et défendre le verdict rendu par le Conseil électoral, au sein duquel, par ailleurs, il y a avait des membres de l' "opposition", dont le président. Elles ont préféré en outre se livrer à des concessions interminables qui pourraient avoir, selon elles, la vertu de les amener au bout du tunnel. Entre-temps, cependant la Communauté internationale, sous la direction de Washington, n'a fait que resserrer l'étau, procédant au gel de l'aide internationale y compris les prêts pour lesquels l'Etat haïtien avait déjà pris des engagements. Et à mesure que les pressions s'intensifient sur le régime, ce dernier se met en quatre pour faire de plus en plus de concessions, croyant pouvoir assouplir ses interlocuteurs et régler la question à l'amiable. D'abord sept sénateurs élus lors du scrutin du 21 mai 2000 ont accepté d'abandonner leurs postes; l'acceptation du projet d'établissement des zones franches industrielles sur des terres agricoles à proximité de la frontière haïtiano-dominicaine, etc.

La campagne de déstabilisation allait malgré tout s'intensifier, et de façon violente assez souvent, comme le 28 juillet 2001 quand des commandos lourdement armés ont attaqué des commissariats de Police de plusieurs régions du pays y compris l'Académie de police. Il s'agissait en fait d'une opération menée par des anciens militaires et des macoutes à la solde de l' "opposition", basés en République Dominicaine. Par la suite, il y a eu l'attaque sanglante menée, le 17 décembre 2001 contre le palais présidentiel dans l'objectif sans doute d'assassiner le chef de l'Etat. Couteau à double tranchant que cette attaque, car à la suite, pour défendre le gouvernement plusieurs membres d'organisations populaires rendus furieux s'étaient malheureusement pris aux locaux des Partis et résidences de quelques leaders de la Convergence. Ces événements allaient opportunément servir de prétexte à la "communauté internationale", pour acculer le gouvernement Lavalas à travers l'adoption le 15 janvier 2002 par le Conseil permanent de l'OEA de la Résolution 806. De concessions en concessions, l'organisation hémisphérique élevait davantage la barre en adoptant quelques mois après, soit le 4 septembre 2002, la Résolution 822. Face à l'insatisfaction exprimée systématiquement par la "communauté internationale" par rapport aux efforts consentis par le pouvoir pour appliquer ces Résolutions, l'"opposition" macouto-bourgeoise s'est sentie de plus en plus renforcée jusqu'à exiger désormais le départ du président Aristide.

Par ailleurs, la stratégie de l'impérialisme actuellement en Haïti n'est pas différente, toutes proportions gardées, à celle utilisée ailleurs. La comparaison avec l'Irak pourrait paraître déplacée, cependant n'est-ce pas conformément à la Résolution 1441 adoptée par l'ONU que des inspecteurs étaient en train de finaliser le désarmement dans ce pays; et de l'avis de ces experts internationaux tout se déroulait plus ou moins convenablement. Cependant, les Etats-Unis, en regard de leurs objectifs, ont mis fin prématurément aux opérations de ces inspecteurs en envahissant unilatéralement l'Irak. Pour le cas d'Haïti, alors qu'une mission spéciale de l'OEA, travaillant sous l'égide de la Résolution 822, s'active en principe à créer des conditions de sécurité dans le pays avec la collaboration du gouvernement qui a consenti, entre autres, de signer les termes de références de l'assistance technique internationale, d'effectuer des changements au sein de la Direction de la police et de lancer des mandats contre des partisans du pouvoir dont Amiot Métayer, certains secteurs internationaux ont pourtant durci le ton. En effet, à l'occasion de la visite de la délégation de l'OEA / CARICOM dans le pays les 19 et 20 mars, le représentant des Etats-Unis pour les initiatives continentales, Otto Reich, ne s'était pas fait prier pour afficher son intransigeance jusqu'à donner un ultimatum au gouvernement. Faut-il également rappeler la rencontre, dont faisait état la revue canadienne L'Actualité dans un article au mois dernier, organisée au Canada à l'initiative du secrétaire d'Etat canadien pour l'Amérique latine, l'Afrique et la Francophonie, Denis Paradis, où il avait été question littéralement d'un projet pour mettre Haïti sous tutelle de l'ONU avant le 1er janvier 2004?

A la lumière de tout cela, il paraît plus qu'évident que Washington et ses alliés se dépêchent pour appliquer leur propre agenda dans le dossier haïtien. Cela est d'autant plus vrai que l'ambassadeur des Etats-Unis à l'OEA, Peter DeShazo, a pratiquement mis à l'index le gouvernement haïtien au cours de la rencontre du 3 avril du Conseil permanent de l'OEA. "Le gouvernement des États-Unis est profondément concerné par le manque d'actions sérieuses de la part du gouvernement haïtien en réponse à un bon nombre de points clefs soulevés par la délégation de haut niveau OEA / CARICOM. Nous sommes particulièrement troublés par le choix du gouvernement en ce qui concerne le leadership, intérimaire ou autre, de la Police nationale d'Haïti" a péremptoirement déclaré Deschazo au cours de cette réunion au cours de laquelle a été distribuée le dernier rapport de la "Mission spéciale de l'OEA pour le renforcement de la démocratie en Haïti" sur la situation au 30 mars 2003. Pourtant, comme il l'avouait lui-même, DeShazo n'avait même pas encore fait une lecture attentive du document qu'il avait déjà son idée toute faite. "Nous l'examinerons minutieusement et y apporterons nos commentaires au moment opportun" ajoutait-il, tout en récidivant: "Nous regrettons sincèrement cette opportunité perdue, qui aura de sérieuses répercussions sur l'avenir d'Haïti (...) Toutefois, il est important de noter que le fait de n'avoir pas pu former un Conseil électoral provisoire neutre, crédible et indépendant à la date du 30 mars signifie qu'il est peu probable que des élections libres et honnêtes puissent avoir lieu en Haïti en 2003. De plus, nous devrions considérer, à la lumière de la récente inaction du gouvernement d'Haïti, si la mission spéciale de l'OEA a un quelconque rôle viable à jouer. Nous devrions au minimum réviser les mandats de la mission spéciale." Pourtant il doit bien savoir que c'est un cercle vicieux, puisque tant que ses sbires de l'"opposition" ne voudront pas faire partie du CEP, il ne pourra pas être mis sur pied à sa mesure.

Pourtant, la représentante du Canada à cette rencontre, Mme Catherine Vezina, a avoué que des pas ont été franchis par le gouvernement vers l'application intégrale de la Résolution 822, tout en indiquant que l' opposition et la société civile n'ont pas su jusqu'ici honorer leurs engagements envers le document. De son côté, l'ambassadeur haïtien à l'OEA, Raymond Valcin, après avoir énuméré les nombreux pas faits par son gouvernement, s'est félicité de la volonté affichée par le régime pour sortir de la crise tout se disant optimiste quant à l'avenir de notre pays. Somme toute, rien de concret n'a donc sorti de cette réunion, sinon qu'elle aura révélé une fois de plus la position extrémiste des Etats-Unis qui doivent éprouver quelque difficulté à imposer leur projet macabre aux membres de la CARICOM et à certains pays membres de l'OEA comme le Brésil, le Venezuela, l'Equateur. Aucune date non plus n'a été retenue pour une nouvelle réunion du Conseil permanent de l'OEA!.