Choisissant le jour de la visite de l'importante et nombreuse délégation de l'OEA comprenant des membres de la Communauté Internationale (OEA / CARICOM) des étudiants de l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) et des professeurs investissaient les rues de la capitale le jeudi 20 mars sous prétexte de dénoncer la mauvaise gestion du régime Lavalas.
La veille de l'événement, le coordonnateur général de l'Union nationale des normaliens haïtiens (UNNOH), Josué Mérilien exposait à Radio Galaxie les prétendus buts de cette action: "Les élèves, étudiants, professeurs et parents prendront les rues le 20 mars pour réclamer qu'on ait des gens responsables et patriotiques à la direction du pays. Et également pour exiger la libération de Rosemond Jean, le défenseur des sociétaires victimes, justice pour Eric Pierre, l'étudiant qui a été assassiné le 7 janvier 2003 par des pro-Lavalas, justice pour les enfants de Viola Robert. Nous marcherons dans les rues pour que cessent les persécutions politiques contre les élèves, les étudiants et les professeurs" déclarait Mérilien qui aurait sans doute pu mieux manifester son "patriotisme" autrement qu'en s'exhibant comme un pion de l'OEA, cheval de Troie de l'impérialisme des Etats-Unis pour asservir les peuples.
Le local de la faculté des Sciences humaines (FASCH) était le lieu de rassemblement des protestataires qui depuis le départ de la manifestation à neuf heures trente et pendant tout le parcours allaient sans arrêt lancer des propos hostiles au président Aristide. Un important détachement de policiers assurait la sécurité.
Cependant, loin d'apprécier l'accompagnement policier qui leur était offert, en pénétrant l'aire du Champ-de-Mars non loin du Palais national, les manifestants auront voulu violer le parcours officiel établi pour attirer l'attention des membres de la mission de l'OEA présente au Palais, mais ils ont eu la mauvaise surprise de tomber sur les membres d'organisations populaires qui, de leur côté, organisaient une contre-manifestation d'appui au président de la République devant le Palais national. A ce moment, pour éviter tout incident malheureux, les policiers qui assuraient normalement la sécurité de la marche en dépit auparavant du non-respect de sa trajectoire, ont dû s'interposer entre les deux groupes. Mais c'était ne pas compter sur les intentions provocatrices du mouvement. Effectivement, s'armant de pierres les manifestants de Josué Mérilien ont obtenu la réaction que sans doute ils attendaient de la part des policiers pour pouvoir par la suite crier aux violations de leurs droits.
De fait les agents de l'unité spéciale CIMO intervenaient de façon musclée. Dans la cohue, quatre journalistes, en l'occurrence Romney Cajuste, Cossy Roosevelt (Radio Métropole), Jean Baptiste François (Radio Vision 2000) et Rodson Jocelin [Haïti Press Network ˆ (HPN)] ont été malmenés.
D'autre part, les organisateurs qui se disaient déterminés à poursuivre leur objectif ont été à l'Ambassade de France toute proche pour, indiquaient-ils, porter plainte contre les autorités haïtiennes! Et là encore les policiers allaient brutalement réagir, sans doute de "déception" de voir des "patriotes" sans aucune dignité aller pleurnicher chez le représentant néo-colonial! Évidemment cela ne saurait excuser la sauvagerie et la bêtise de certains policiers qui ont en plus cédé grossièrement face à la provocation.
Certaines associations d'étudiants comme la Fédération nationale des universitaires haïtiens (FENUH), l'Initiative étudiante (IE) et le Collectif Catherine Flon, déploraient justement le fait que des secteurs politiques ont utilisé l'école et l'université pour régler leurs propres affaires: "Je dénonce cette situation anormale où des activistes politiques issus des organisations politiques telles que: FEUH (Fédération des universitaires haïtiens), CNEH (Comité national des éducateurs haïtiens) et UNNOH (Union nationale des normaliens haïtiens) utilisent comme bon leur semble l'université, les étudiants et les élèves pour atteindre leur objectif politique. Ce sont des gens sans crédibilité, payés peut-être par d'autres secteurs pour agir" dénonçait le porte-parole de la FENUH, Admé Jean Rudy.
En tout cas, les organismes de droits humains, entre autres, le Comité des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles (CARLI) et la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR) dirigés respectivement par Renand Hédouville et Pierre Espérance, trouvaient là une occasion pour fustiger l'institution policière qui venait de leur faciliter la tâche.
Cependant croyant devoir défendre le comportement de ses policiers, le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon, expliquait au cours d'une interview à Radio Métropole que les manifestants n'avaient pas voulu respecter l'itinéraire de la marche. De plus, selon ladite radio, l'inspecteur Siméon aurait tenté de faire croire que les journalistes n'ont pas été véritablement victimes au cours des incidents au Champ-de-Mars (Métropole, 21-03-03). Siméon ne faisait ainsi qu'aggraver la conduite des siens en inventant de fausses excuses. Il aurait pu trouver autre chose, mais surtout pas tenter de justifier ces comportements indignes, et jouer comme un débutant à l'instar de ses troupes, le jeu des vendeurs de patrie de l'"opposition". D'ailleurs les membres de la délégation de l'OEA ont été prompts à s'offusquer de constater qu'en présence, suivant leurs termes, d'une aussi haute délégation, les autorités policières ne se soient pas retenues. La communauté internationale ne devrait pourtant que se réjouir de voir son plan si bien conforté au-delà de ses espérances et de celles de ses ouailles.