26 Mars,  2002

March 26, 2002

26 Mas,   2002

Vol. 21 No. 02
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La mission de "haut rang": Autre étape vers la tutelle?

Comme prévu, l'imposante délégation de la Communauté internationale est arrivée en Haïti le mercredi 19 mars pour veiller à l'application de la résolution 822 dans la perspective d'organisation d'élections législatives et locales au cours de cette année. Présidée par le secrétaire général adjoint de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luigi Einaudi, et le ministre des Affaires étrangères de St Lucie, Julian Hunte, cette mission dite de "haut niveau" comprenait également le secrétaire général adjoint pour les Relations extérieures et communautaires à la CARICOM, Collin Granderson, du représentant permanent de St Lucie à l'OEA, Sonia Johny, du chef de cabinet du secrétaire général adjoint de l'OEA, Sandra Honoré, du représentant permanent du Guatemala à l'OEA et président du Conseil permanent de l'OEA, Victor Hugo Godoy Morales, du ministre des Affaires étrangères et publiques de la Communauté des Bahamas, Frédérick Mitchell, du sous-secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères des Bahamas, Marco Rolle, du représentant spécial du président des Etats-Unis pour l'hémisphère occidental, le féroce Otto J. Reich, du directeur des Affaires du Département d'Etat des États-Unis pour les Caraïbes, Marie Ellen Gilroy, du directeur du Bureau national de Conseil de sécurité pour l'hémisphère occidental, Emillio Gonzalez, du sous-ministre adjoint au ministère des Affaires étrangères et Commerce International du Canada, Marc Lortie, du directeur de la Direction des Antilles et l'Amérique centrale au ministère des Affaires étrangères et Commerce international, Christian Lapointe, du représentant permanent de l'Argentine à l'OEA et représentant du ministre des Affaires étrangères de l'Argentine, Rodolfo Hugo Gil, du conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères du Mexique, Sergio Romero Cuevas, et de l'observateur permanent de la France à l'OEA, Sylvie Alvarez. En fait il s'agissait d'une délégation tout à fait impressionnante et à dessein.

Dès leur arrivée à l'aéroport Maïs-Gâté de Port-au-Prince, autour duquel s'étaient massés quelques centaines de partisans du chef de l'Etat, les membres de la délégation, à travers Julian Hunte, ont d'emblée voulu préciser les objectifs de leur visite: "La délégation va se servir de cette visite afin de souligner la conviction ferme de la Communauté internationale pour que les éléments en Haïti honorent leurs obligations sous l'égide de la Résolution 822 afin de mettre fin au climat de violence et d'insécurité. La visite n'a pas comme but de commencer de nouvelles négociations, mais d'exprimer l'appui complet et ferme à la mise en ³uvre des résolutions 806 et 822 du Conseil permanent de l'OEA par tous les secteurs impliqués."

Cependant, après les rencontres tenues le 19 mars entre les émissaires étrangers et les différents secteurs impliqués dans la "crise", l'ambiance en apparence détendue semblait vouloir céder la place à la méfiance, suite à certaines révélations. En effet, alors qu'en marge d'une réunion au Palais national entre le chef de l'Etat et la délégation, le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy, affichait son optimisme en soutenant que "ce qui est le plus important, comme je l'ai souligné, ce sont les points de cohérence, évalués à 90%, entre la position du gouvernement de la République et celle de la mission", le responsable du MDN, le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray évoquait, pour sa part, sans équivoque, des propos tendancieux qu'aurait prononcés Otto Reich à l'occasion de la rencontre entre la mission de "haut niveau" et la Convergence. "M. Otto Reich a fait une intervention au cours de laquelle il nous a dit clairement que la délégation a rencontré M. Aristide aujourd'hui (19 mars) et il lui a tenu un langage très clair. A savoir, il faut que d'ici le 30 mars quelque chose de sérieux soit fait, il ne nous a pas révélé les éléments de ce message. Mais il dit qu'il a été très clair avec M. Aristide" a indiqué De Ronceray. De ce fait, il est donc assez clair que l'agenda de M. Reich est assez différent de celui des autres membres de la délégation OEA / CARICOM qui continuent d'afficher leur volonté de résoudre le litige entre les protagonistes haïtiens par l'application de la Résolution 822 et l'organisations d'élections anticipées dans les meilleurs délais.

D'autre part, suivant un document remis par la délégation aux membres de la "Société Civile" et à la Convergence Démocratique, ces derniers sont présumément également contraints de se conformer à la date du 30 mars pour rattraper le processus de la formation du Conseil électoral provisoire (CEP), chargé d'organiser des élections durant l'année en cours suivant les termes de la Résolution 822. "Si le président Aristide montre assez de volonté politique en prenant des actions concrètes, notamment dans le domaine de la sécurité comme nous l'avons recommandé, alors vous (Société Civile et Convergence) devez aller de l'avant en participant au CEPÿ Le CEP doit être formé avant la fin du mois de mars, comme une des étapes à franchir sur la base d'un calendrier spécifique, bien rempli et à court termeÿ Cela signifie que le groupe des cinq doit maintenant assumer les responsabilités qu'ils avaient acceptées en accord avec le projet d'accord initialÿ Cela veut dire que la Convergence Démocratique doit comprendre que si les élections ont lieu sur la base de la Résolution 822, la communauté internationale acceptera qu'elles sont valides, qu'elles aient lieu avec ou sans la participation de la Convergence Démocratique. L'abstention ne peut pas être une forme permanente de politique dans une démocratie" lit-on dans ce texte. Toutefois, en dépit de cette dureté de ton n'est qu'apparente puisque les représentants de la "Communauté internationale" ont pris la peine de faire dépendre l'attitude que devra adopter la Convergence de "la volonté du président Aristide de prendre des actions concrètes".

Et évidemment les dirigeants de l'"opposition" ont bien saisi le message et sont ainsi demeurés plus que déterminés à réclamer le départ du président Aristide comme condition de leur participation au processus électoral. "Nous autres, nous avons été très clairs. Nous avons réitéré la position que nous avons manifestée dans notre document du 15 décembre 2002. Nous avons dit que la Convergence Démocratique croit que pour exécuter les points de la 822, en particulier créer un environnement sécuritaire permettant la réalisation des élections avec la mise en place d'un CEP tel que défini par l'Accord initial, le départ de M. Jean-Bertrand Aristide est nécessaire", a déclaré l'ineffable Gérard Pierre-Charles de l'OPL / Convergence, qui entend ainsi poursuivre la surenchère après cette date du 30 mars sans tenir compte des éventuelles avancées qu'aurait entre-temps effectuées le pouvoir Lavalas.

Tout compte fait, le passage de cette mission de "haut rang" dans le pays n'a fait que conforter davantage l'intransigeance de l'"opposition", pour favoriser, conformément aux voeux exprimés, à la fin du mois de janvier, par le secrétaire d'Etat canadien pour l'Amérique latine, l'Afrique et la Francophonie, Denis Paradis lors de la rencontre du "Groupe d'initiative d'Ottawa sur Haïti", la prise en charge du pays par les puissances néo-colonialistes comme le souhaitent d'ailleurs les vendus de la macouto-bourgeoisie qui ne peuvent accéder au pouvoir par des moyens démocratiques, compte tenu de leur criante impopularité. En fait cette "opposition", l'ex-pseudo-communiste Gérard Pierre-Charles en premier, se rendra bientôt à l'évidence qu'elle n'aura servi que de marche-pied à une éventuelle mise sous tutelle à laquelle seule peut et devra s'opposer le peuple haïtien.