19 Mars,  2002

March 19, 2002

19 Mas,   2002

Vol. 21 No. 01
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Après quatre jours de détention au commissariat de Delmas 33, la dirigeante de l'organisation Fanm Solèy Leve, Carline Simon et son mari Serge Simon ont été libérés dans la soirée du 13 mars en présence de leur avocat Osner Févry, du substitut du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Sergo Louis-Charles et du commissaire de police de Delmas, Emmanuel Mompremier. Les époux Simon avaient été arrêtés dans le quartier de La Saline, dans la capitale, dans l'après-midi du dimanche 9 mars alors que, d'après eux, ils s'apprêtaient à rencontrer des marchandes dans le cadre d'un programme de micro-crédit institué dans ce secteur depuis 1998. Mais d'après le porte-parole de la Police Jean Dady Siméon, cette arrestation avait été due au fait que le couple transportait des armes de guerre dans son véhicule, tout en ajoutant que les époux Simon avaient d'abord été gardés au commissariat pour les protéger et surtout éviter que leur véhicule fût incendié.

Quelques heures avant leur relaxation ce 13 mars, ils ont successivement été conduits au tribunal de paix de Delmas et au Parquet du tribunal civil de Port-au-Prince. Devant le refus de ces instances de statuer sur le dossier, les prévenus ont été finalement libérés dans la soirée.

S'exprimant quelques minutes après sa libération sur des stations de radio de la capitale, Carline Simon a exprimé sa satisfaction tout en affichant sa volonté de poursuivre son «combat» visant à renverser le président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide. Et dès le lendemain, elle et son époux donnaient une conférence de presse au local de la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR) pour offrir leur version des circonstances ayant conduit à leur arrestation. Mme Simon reconnaissait en effet que ce sont des policiers qui les avaient tirés des griffes de quatre individus lourdement armés, comme elle l'expliquait: «Au nom de mon mari, de ma famille et de l'organisation Fanm Solèy Leve, je tiens à remercier toute la population de Cité Soleil qui a contribué à sauver ma vie et celle de mon mari en informant les policiers de la Cafétéria de notre séquestration par des bandits armés, je remercie mon éminent avocat Osner Févry, la population haïtienne, les organisations de droits humains et les partis politiques de l'opposition. Un remerciement spécial à la communauté internationale et en particulier aux gouvernements français et américain et à la mission de l'OEA. » Son mari, pour sa part, critiquait le comportement du porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon pour l'avoir accusé de détenir illégalement des armes de guerre, tout en faisant lui aussi d'une certaine manière l'éloge de la Police: «Je remercie, disait-il, la tranche saine de la Police, car toute l'institution n'est pas corrompue... Jean Dady Siméon a frappé à la mauvaise porte en faisant un tel scénario sans préalablement mener une enquête sur ma personne. Mais, je le pardonne car il ne sait pas ce qu'il fait... » Leur avocat Osner Févry tout aussi bien saluait la décision de la justice d'avoir fait libéré ses clients, attribuant cette mesure à «une victoire du droit et de la justice sur le mensonge, la médiocrité et surtout l'avilissement. Ceci me permet de vérifier une thèse, à savoir qu'il n'y a pas de défense des droits humains sans la mobilisation de l'opinion publique nationale et internationale».

En fin de compte, tout est bien qui finit bien, pourrait-on dire en cette occasion. Cependant, comme l'a fait remarquer le couple lui-même, la conduite des policiers a été irréprochable, même qu'elle a été salutaire. Dans cette affaire on ne peut donc que déplorer l'ingérence des ambassadeurs des Etats-Unis et de la France qui sont intervenus pour faire du tapage bien avant la comparution des prévenus, entravant le libre fonctionnement de la justice. Si les époux Simon avaient été vraiment coupables de détention d'armes illégales, les juges auraient-ils été obligés de se plier aux pressions de la «communauté internationale»? Comment finira-t-on par avoir un système judiciaire fonctionnel s'il doit être continuellement soumis à l'agenda politique de cette «communauté internationale» et de ses succursales locales? D'autant plus que leurs interventions ne s'exercent qu'en faveur des opposants au gouvernement.

En effet, alors que ces organisations observent souvent un mutisme volontaire lorsque des partisans du régime sont victimes des mains armées de l'«opposition», en témoigne l'assassinat récent de Samuel Polo à Petit-Goâve, elles s'activent corps et âme à fustiger le gouvernement lorsqu'il s'agit de défendre leurs alliés.