Après la publication dans la revue canadienne Actualité de l'article «Haïti: mise en tutelle par l'ONU?» du journaliste Michel Vastel rendant compte d'une rencontre secrète organisée à Ottawa à l'initiative du secrétaire d'Etat canadien pour l'Amérique latine, l'Afrique et la Francophonie, Denis Paradis, et de hauts fonctionnaires de quelques pays du groupe dit des «amis d'Haïti», au cours de laquelle un projet de mise sous tutelle du pays aura été débattu, le gouvernement Lavalas a officiellement réagi.
En effet, dans une note de presse datée du 6 mars, le ministère des Affaires étrangères informait que l'ambassadeur du Canada, Kenneth Murray Cook, était convoqué le même jour par le ministre Joseph Philippe Antonio. Tout en rappelant les propos désobligeants tenus par le secrétaire d'Etat Denis Paradis rapportés dans l'article cité ci-dessus, la note de la chancellerie fait état d'une correspondance en date du 28 février écoulé adressée au ministre Antonio par l'ambassadeur Cook dans laquelle ce dernier aura voulu prendre ses distances face à l'article en question: «Le titrage dithyrambique et les déclarations faites dans l'article relativement à l'Organisation des Nations unies et celles relatives à une action contre le gouvernement d'Haïti, ne reflètent que les idées du journaliste et rien de plus», peut-on y lire.
D'un autre côté, la note de presse du ministère des Affaires étrangères a fait remarquer qu'au cours de la rencontre entre l'ambassadeur Cook et le chancelier Antonio, ce dernier en avait profité pour remettre à son hôte sa réponse où il est question que «si les très graves et inadmissibles propos attribués à M Paradis ne font pas l'objet d'une rectification ou d'un démenti formel d'Ottawa ou, tout au moins, de ce dernier, le gouvernement haïtien sera justifié de douter de la bonne foi et de l'objectivité de tout officiel canadien intervenant dans le processus de résolution de la crise politique. En effet, dans les circonstances actuelles, il serait malaisé pour nous de dialoguer en toute confiance ou de traiter sans réticence avec des interlocuteurs déjà acquis à des désinformations malveillantes, à des analyses biaisées et autres stéréotypes du genre de ceux véhiculés dans le malheureux article» écrit le ministre Joseph Philippe Antonio, qui dit aussi prendre acte du refus du Canada de «considérer la réunion rapportée comme ayant été organisée aux fins de saboter le présent gouvernement haïtien, de tramer l'éviction du président Aristide du pouvoir et de concocter en sous-main la mise sous tutelle d'Haïti par les Nations unies». En outre, la chancellerie a rappelé le ministre Antonio s'était déjà posé des questions au sujet de cette rencontre tenue à Ottawa vers la fin du mois de janvier, dont elle n'a été informée que le 11 février, à savoir qu'elle avait eu lieu sans la participation d'officiels haïtiens alors que son objectif était presumément «d'élargir le groupe de support au travail de l'OEA en Haïti et de favoriser le processus de dénouement de la crise haïtienne».
L'ambassadeur de France en Haïti, Yves Gaudeuil, dont le pays était également représenté à Ottawa, a voulu lui aussi aller dans le même sens que son homologue canadien. En effet, suite à sa rencontre avec le ministre Joseph Philippe Antonio le 7 mars, selon une note de la chancellerie, l'ambassadeur Gaudeuil aura affirmé que son pays ne cautionnerait aucun projet de mise sous tutelle d'Haïti et, encore moins, le renversement des autorités constitutionnelles, tout en précisant que cette réunion aurait été une tentative d'élargissement du groupe des «pays amis d'Haïti».