12 Mars,  2002

March 12, 2002

12 Mas,   2002

Vol. 20 No. 52
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«Des interlocuteurs acquis à des informations malveillantes»...

Une méfiance fort justifiée...

Cependant, ces professions de foi de ces deux ambassadeurs sont loin d'être convaincantes. Et elles sont d'autant plus suspectes et annonciatrices d'autres mauvais coups que ces déclarations font tout simplement abstraction des violations continuelles de la souveraineté nationale par la communauté internationale. De fait on apprend qu'une délégation composée du secrétaire général adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi, du secrétaire d'Etat des Etats-Unis pour l'Amérique latine, Otto Reich, des représentants de l'Union européenne, et particulièrement du secrétaire d'Etat canadien, soit du pays hôte de la «conjuration», pour l'Amérique latine Denis Paradis, s'apprête à visiter le pays le 19 mars prochain pour «veiller à l'application de la résolution 822» votée en juillet dernier par l'OEA. Le fait que le gouvernement canadien aurait décidé de déléguer Marc Lortie, (vice-ministre pour les Amériques au ministère des Affaires étrangères), à la place de Denis Paradis dans cette mission ne devrait point donner le change, car tout semble planifié pour sauver de temps en temps les apparences ˆ même les fausses professions des ambassadeurs - dans cette longue guerre d'usure que mène la communauté internationale pour faire baisser sa garde au peuple haïtien.

Parallèlement et dans le même ordre d'idée il est douteux que «les propos attribués au secrétaire d'État Denis Paradis» fassent l'objet d'une quelconque «rectification et d'un démenti formel d'Ottawa» comme le réclame la note du ministère haïtien des Affaires étrangères. Raison de plus pour le gouvernement haïtien de trouver encore plus «malaisé de dialoguer et de traiter sans réticence avec des interlocuteurs qui seraient déjà acquis à des informations malveillantes»...


Ambassade du Canada
B.P. 826
Port-au-Prince, Haïti
Par télécopieur : 298-3773
Le 28 février 2003

S.E. Monsieur Joseph Philippe Antonio
Ministre des Affaires Etrangères
Boulevard Harry Truman, Cité de l'Exposition
Port-au-Prince, Haïti

Monsieur le Ministre,

La présente a pour but de vous faire part d'une mise au point au sujet de l'article paru dans la revue Actualité au Canada, dans l'édition du 15 mars, sous la plume du journaliste Michel Vastel.

Le titrage dithyrambique et les déclarations faites dans l'article relativement à l'Organisation des Nations Unies, et celles relatives à une action contre le Gouvernement d'Haïti, ne reflètent que les idées du journaliste et rien de plus.

La rencontre référée dans l'article a bel et bien eu lieu et je vous en avais moi-même informé quelques jours après sa tenue (C'est nous qui soulignons). Il ne s'agissait pas d'une rencontre secrète mais d'une session de consultation informée auprès de la communauté internationale. Cette réunion avait pour objectif d'effectuer une consultation sur la situation en Haïti.

Tel que je vous en avais informé le 11 février dernier, j'ai le plaisir de vous confirmer à nouveau aujourd'hui que les résultats de cette rencontre informelle furent un élargissement du support au processus de l'Organisation des Etats américains (OEA) par des entités telles que l'Agence intergouvernementale de la Francophonie. Ce groupe a l'intention de poursuivre son exercice de réflexion selon l'évolution de la situation en Haïti, et ce, dans le contexte de l'appui au travail de l'OEA.

J'espère Monsieur le Ministre, que vous trouverez utile cette mise au point que nous avons crue nécessaire.

Je vous assure, Monsieur le Ministre, que nous déplorons tout malentendu que pourrait causer cet article sur le contenu duquel nous n'avions pas de contrôle. Je vous saurais gré de veiller à ce que Son Excellence Monsieur le président de la République soit mis au courant de mes sentiments, dans se sens

Veuillez agréer, Monsieur le ministre, l'expression de ma haute considération

L'Ambassadeur du Canada en Haïti
Kenneth Murray Cook



CT/093-03
5 mars 2003

Monsieur l'Ambassadeur,

Il m'est parvenu votre lettre de mise au point sur l'article de Michel Vastel paru dans la dernière édition de la revue canadienne Actualité et dont j'ai obtenu copie. Je n'ai pas fini de m'étonner des faussetés et exagérations diffamatoires de ce texte qui est en train de faire actuellement le tour du monde, au préjudice du Gouvernement et du peuple haïtien.

Je prends cependant acte de la distance que vous avez voulu avoir par rapport à cet incident. J'ai aussi noté votre refus de considérer la réunion rapportée comme ayant été organisée aux fins de saboter le présent Gouvernement haïtien, de tramer l'éviction du Président Aristide du Pouvoir et de concocter en sous-main la mise sous tutelle d'Haïti par les Nations Unies. Il n'en est pas moins vrai toutefois que le Gouvernement fédéral canadien se devrait de se démarquer des déclarations inacceptables prêtées sans ombrages à son Secrétaire d'Etat pour sauvegarder sa crédibilité en tant que responsable dans la mesure où il ne cautionne pas les propos cités.

Vous avez évoqué notre entretien du 11 février dernier au cours duquel vous m'avez effectivement parlé de la réunion informelle tenue précédemment en vue d'élargir le groupe de support au travail de l'OEA en Haïti et de favoriser le processus de dénouement de la crise haïtienne. Vous vous rappellerez sans doute que je vous avais alors exprimé ma réserve sur cette initiative à laquelle Haïti n'avait pas été invitée ni informée auparavant et à laquelle il ne lui avait pas été dit « à quelle sauce elle serait mangée ». Le reportage et les indiscrétions de M. Vastel en disent long.

De toute manière, Monsieur l'Ambassadeur, je regrette que cette réunion, peut-être bien inspirée au départ, ait pris l'allure indiquée par le journaliste bien connu, soit celle d'une opération de dénigrement systématique et de diabolisation d'un Gouvernement constitutionnel aux prises cependant avec un problème, simple à l'origine, mais qui s'est complexifié du fait des manoeuvres machiavéliques des uns et des jeux de coulisse des autres, pour le malheur d'un peuple assoiffé de justice, de paix et de bien-être.

Nonobstant votre mise au point que j'apprécie à sa juste valeur, il demeure pour la Chancellerie et le Gouvernement que si les très graves et inadmissibles propos attribués à M. Paradis ne font pas l'objet d'une rectification ou d'un démenti formel d'Ottawa ou, tout au moins, de ce dernier, le Gouvernement haïtien sera justifié de douter de la bonne foi et de l'objectivité de tout officiel canadien intervenant dans le processus de résolution de la crise politique. En effet, dans les circonstances actuelles, il serait malaisé pour nous de dialoguer en toute confiance ou de traiter sans réticence avec des interlocuteurs déjà acquis à des informations malveillantes, à des analyses biaisées et autres stéréotypes du genre de ceux véhiculés dans le malheureux article.

Je voudrais être persuadé, Monsieur l'Ambassadeur, que votre Gouvernement ne s'est pas départi de la ligne juste et équilibrée qu'on lui connaît sur la scène internationale. Le Gouvernement, comme la grande majorité des Canado-haïtiens que cet article a profondément choqués, souhaite que l'amitié et la coopération qui ont jusqu'ici marqué les relations haïtiano-canadiennes l'emportent sur l'ignorance et les préjugés, d'où qu'ils viennent.

Veuillez recevoir, Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de mes salutations distinguées.

Joseph Philippe Antonio
Ministre




Monsieur Kenneth Murray Cook
Ambassadeur Canadien en Haïti
En ses bureaux



Note de Presse

Le Ministère des Affaires Etrangères informe la presse en général et le public en particulier que l'Ambassadeur du Canada en Haïti, M. Kenneth Murray Cook, sur convocation du Ministre Joseph Philippe Antonio, a été reçu à la Chancellerie ce jeudi 6 mars.

La rencontre a porté essentiellement sur l'article intitulé « Haïti mise en tutelle par l'ONU ? » paru dans la revue canadienne Actualité sous la plume du journaliste Michel Vastel dans l'édition de mars 2003. Dans ce texte il a été fait mention d'une réunion tenue en secret à l'initiative du Secrétaire d'Etat canadien pour l'Amérique Latine, l'Afrique et la Francophonie, M. Denis Paradis. Y avaient pris part des représentants de l'OEA, de l'Union Européenne, de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, le Ministre français de la Coopération, deux fonctionnaires de haut rang du Département d'Etat Américain et la Ministre des Affaires Etrangères du Salvador. Selon M. Vastel, il y a été question spécifiquement de la situation d'Haïti présentée comme catastrophique aux plans économique, politique et social, alors que s'y est installé un régime de terreur.

Le groupe qui aurait pour nom de code « Initiative d'Ottawa sur Haïti », devrait se réunir à nouveau en avril prochain et se proposerait de rédiger un projet de résolution à déposer à l'ONU. Il y aurait été dit que « dans les milieux diplomatiques français on parle beaucoup d'une sorte de mise en tutelle d'Haïti comme au Kosovo ». M. Paradis aurait soutenu qu' «en Haïti » il n'y a plus de dignité et que le pays est « une bombe à retardement qu'il faut désamorcer tout de suite».

Le vendredi 28 février 2003, sitôt après la parution de la revue, l'Ambassadeur du Canada s'est empressé d'informer le Ministre des Affaires Etrangères de la sortie de cet article dont il a clairement pris ses distances, affirmant qu'il ne reflète que les idées du seul journaliste et non celles des autorités canadiennes et qu'il ne s'agissait que d'une simple réunion informelle et non secrète sur la situation en Haïti. Il a déploré le malentendu que pourrait causer cette publication sur le contenu de laquelle le Gouvernement canadien n'a pas eu le contrôle.

Pour sa part, le Chancelier au cours de la rencontre a remis à l'Ambassadeur du Canada sa lettre de réponse dans laquelle il a manifesté son étonnement « des faussetés et exagérations diffamatoires de l'article, au préjudice du Gouvernement et du peuple haïtiens ». Il a dit avoir pris acte de la distance de l'Ambassade par rapport à l'article.

Cependant il a fait savoir que «si les propos attribués à M. Paradis ne font pas l'objet d'une rectification ou d'un démenti formel d'Ottawa, il sera malaisé pour le Gouvernement haïtien de dialoguer et de traiter sans réticence avec des interlocuteurs qui seraient déjà acquis à des désinformations malveillantes, à des analyses biaisées et autres stéréotypes du genre véhiculé dans le texte de Michel Vastel ». Le Ministre n'a pas caché le choc que cet incident a provoqué tant au Gouvernement que dans la population et dans la diaspora haïtiennes et a dit souhaiter que le Canada ne se départisse pas de la ligne juste et équilibrée qu'on lui connaît sur la scène internationale. Il a dit, en conclusion, espérer « que l'amitié et la coopération qui ont jusqu'ici marqué les relations haïtiano-canadiennes l'emportent sur l'ignorance et les préjugés d'où qu'ils viennent ».

Port-au-Prince le 6 mars 2003