5 Mars,  2002

March 5, 2002

5 Mas,   2002

Vol. 20 No. 51
Plus d'un million de personnes provenant de couches sociales différentes ont investi l'aire du Champ de Mars pendant les trois jours 2, 3 et 4 mars consacrés aux festivités carnavalesques. Traditionnellement le carnaval est une fête riche en couleurs et en déguisements mais celui de cette année sous les auspices du gouvernement Lavalas a été remarquable avec, entre autres, le défilé des chars allégoriques rappelant l'époque pré-colombienne et ceux évoquant les trois moments forts de notre histoire de peuple dont l'année 2003 ramène la commémoration du deux centième anniversaire. Il s'agit de la mort du Toussaint Louverture le 7 avril, la création du drapeau national le 18 mai et la bataille décisive de Vertières le 18 novembre.

La cérémonie du lancement des festivités a été organisée au palais national, dans l'après-midi du 2 mars en présence de certaines autorités gouvernementales dont la ministre de la Culture, Lilas Desquiron, le maire principal de Port-au-Prince, Yves Médard dit Rassoul Labuchin, de la ministre du Tourisme, Martine Deverson. Une délégation vénézuélienne y a également assisté. Elle était composée de quatre reines carnavalesques et d'un représentant de la mairie dudit pays répondant au nom de Frédérique Fernandes Arandel.

Prenant la parole à cette occasion, le président Jean Bertrand Aristide accompagné de sa femme a tenu à féliciter les organisateurs pour les efforts considérables fournis afin de rendre grandiose les festivités de cette année. Il en a profité pour expliquer le sens du terme « Renaissance » choisit comme orientation aux diverses activités ayant cours pendant la période du carnaval : « La première dame et moi, nous voulons féliciter le ministère de la Culture et toute son équipe pour le travail remarquable effectué pour la réalisation de ce carnaval de la Renaissance. Nous complimentons également le maire Rassoul et ses deux adjoints pour leur dévouement à cette fête. Tout le monde à travers le pays a mis la main à la pâte, notamment les groupes musicaux sans oublier les gens de la diaspora qui ont contribué financièrement. Nous avons parmi nous des amis venant du Vénézuéla, nous ne pouvons débuter avec les festivités sans leur souhaiter la bienvenue... On se demande pourquoi nous avons baptisé le carnaval 2003 « Renaissance ». Pourquoi le terme renaissance ? Le groupe musical Koudjay à travers sa meringue a posé une question dont la réponse pourrait révéler le sens accordé au mot renaissance. Koudjay se demande « Combien faut-il encore de temps pour changer le pays » ? Nous pouvons reprendre en disant « Combien de temps mettrons-nous pour faire renaître Haïti » a déclaré le président.

Au cours de la cérémonie des cadeaux ont été distribués aux rois et reines dont Jules Robenson le roi des rois et Nedjine Eugène, reine des reines devant défiler sur les chars allégoriques.

Contrairement aux années antérieures, le secteur privé s'est abstenu de participer financièrement au carnaval de cette année. A-t-on voulu boycotter la fête ? En tout cas, l'Etat comptant sur ses propres ressources a offert au peuple une ambiance de qualité. En effet, 60 millions de gourdes ont été décaissé du trésor public pour, entre autres, le sponsoring de certains groupes musicaux dont Rév, Koudjay, Tokay, Bòbèch et Kanpèch ; et des bandes à pied. La construction de plusieurs stands a été également assuré par le gouvernement. Pendant les trois jours gras, les haïtiens d'ici et de la diaspora déplacés spécialement pour l'événement ont chanté et donné au rythme des meringues favorites, notamment celles des groupes rivaux T-Vice et Djakout qui à travers une polémique sans merci ont charrié des milliers de fanatiques dans une ambiance démentielle.

En dépit du nombre important de participants à ce carnaval, la Police Nationale a fait preuve de professionnalisme en parvenant à limiter grâce à une surveillance stricte le nombre de blessés au cours des deux premiers jours il y avait 23 blessés pour le 1er jour. A propos, treize centres médicaux ont été établis à travers la zone métropolitaine pour recevoir les blessés.

Le défilé des reines et des rois perchés sur des chars artistiquement bien réalisés et portant de beaux habits d'indiens et des masques superbes, a été noyé dans une marée humaine empêchant aux spectateurs d'admirer comme ils auraient dû ce spectacle. Ce fait constitue la seule note discordante à la réalisation de ce carnaval dont le gouvernement veut en faire un prélude aux diverses activités prévues pour l'année 2004 devant commémorer le deux centième anniversaire de notre indépendance. Les organisateurs en prendront compte pour le prochain carnaval.

Toutefois, le comité d'organisation du carnaval 2003 a le mérite de réaliser une belle fête en dépit des conditions socio-économiques désastreuses dues au blocage de l'aide internationale.