Suite à l'atterrissage, le jeudi 6 février dernier, d'un petit avion colombien sur la Route 9 Drouillard (Cité Soleil) qui aurait débarqué une quantité de cocaïne évaluée à 1000 kilogrammes, un profond malaise s'est installé au sein de la Police Nationale D'Haïti (PNH) dont certains hauts gradés seraient présumément impliqués dans l'affaire.
En effet, suite à une enquête ouverte sur le dossier, l'Inspection générale de la PNH a informé avoir procédé à l'arrestation, le vendredi 14 février 2003, du responsable de la Brigade de Lutte contre le Trafic des Stupéfiants (BLTS), Evans Brillant, ainsi que cinq autres policiers qui ont été mis en isolement au commissariat de la Croix-des-Bouquets. D'autre part, le numéro 1 de l'inspection générale, Victor Harvel Jean-Baptiste, a également ordonné, le même jour, la mise aux arrêts de trois des conseillers du directeur général de l'institution policière, Jean Nesly Lucien. Ces hauts cadres répondant au nom Lochard Jean René, Jean-Louis Léandre et Georges Dere, ont été conduits au sous-commissariat de la cafétéria à la Rue Pavée.
Mécontent de la décision de son collègue de l'inspection générale qui aurait agi sans son consentement, le directeur de la PNH s'est rendu lui-même, le samedi 15 février, au dit sous-commissariat pour libérer les membres de son cabinet privé qui ont pris, par ailleurs, l'avion en direction des Etats-Unis deux jours plus tard. En marge d'une réunion avec la commission Police et Sécurité de la Chambre des Députés, le 19 février 2003, Jean Nesly Lucien a soutenu que le départ de ses conseillers pour l'étranger n'aurait pas été motivé par une quelconque affaire de drogue. Selon lui, ses trois conseillers, qui ont par ailleurs regagné la capitale le mercredi 19 février, avaient été obligés de laisser le pays suite à des rumeurs faisant croire qu'ils allaient prendre les armes contre le chef de l'Etat. De leur côté, les membres du Cabinet du directeur général de la PNH ont vivement critiqué les agissements de l'inspecteur Harvel Jean-Baptiste qui, selon eux, seraient destinés à boycotter le directeur général de l'institution ainsi que le chef de l'Etat, tout en se déclarant disponible à coopérer pour faire la lumière sur le dossier de l'atterrissage du petit avion.
Parallèlement, l'institution policière, à travers sa Brigade de Recherche et d'Intervention (BRI) a mené une opération dans la zone de Péguy-Ville le jeudi 13 février 2003 suite à laquelle deux présumés trafiquants de drogue, Hector Keitan et Herman Charles, ont trouvé la mort. Selon des informations fournies par la compagne du premier de vives discussions ont précédé la mort des deux hommes. Des habitants du quartier ont signalé la présence d'au moins une trentaine de policiers encagoulés, portant l'inscription BRI au dos de leurs T-shirts, durant l'opération. Opinant sur cette dernière, le directeur général de la PNH a nié toute responsabilité dans son exécution. « Je n'avais pas autorisé une telle opération. J'attend le rapport de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) dont dépend la brigade qui a mené l'opération. » a fait savoir Jean Nesly Lucien. Pourtant, le responsable de la DCPJ, Jeannot François, est introuvable depuis le vendredi 21 février 2003. Selon des informations circulant dans les milieux policiers, le commissaire François qui devait, par ailleurs, participer ce même 21 février à une rencontre au Palais National entre le président Aristide et le haut commandement de la Police, aurait déjà quitté le pays en direction de Porto-Rico via la République dominicaine. Alors que d'autres sources laissaient croire d'abord que le responsable policier s'était réfugié dans une ambassade à Port-au-Prince. De son côté, l'épouse du commissaire, Marie André François, qui a précisé que son mari a été absent depuis la soirée du jeudi 20 février, a indiqué qu'avant sa « disparition » son mari était rentré chez lui en colère suite à une rencontre avec l'inspecteur général en chef de la PNH. Mme François a laissé entendre que l'inspecteur Harvel Jean-Baptiste aurait pressuré son mari alors qu'il élaborait son rapport sur le dossier Keitan / Charles.
En attendant que les autorités policières puissent fournir des explications sur ces dossiers qui continuent d'éclabousser l'institution, on doit admettre que le fléau de la drogue constitue plus que jamais une menace, non seulement pour la population mais également pour les policiers qui ont la difficile tâche de le combattre. Surtout dans un contexte où les Etats-Unis utilisent de plus en plus la question de la drogue à des fins politiques. Car, comment peut-on comprendre que les Etats-Unis, qui ont été autorisés suite à des accords de pénétrer à toute heure les espaces aérien, terrestre et maritime du pays pour pourchasser les trafiquants, puissent continuer à acculer le gouvernement haïtien alors que la quantité de drogue transité par Haïti est passée de 15 à 8%. Les autorités nord-américaines devraient également expliquer la bienveillance dont font preuve leurs radars face aux avions et aux bateaux colombiens qui atteignent les côtes haïtiennes en toute quiétude pour livrer leurs marchandises. Cependant, l'Etat haïtien devra mobiliser de son côté toutes ses ressources pour faire face à l'empire de la drogue surtout dans un contexte où les structures étatiques sont pratiquement piégées par la corruption.