La dépréciation inquiétante de la gourde par rapport au dollar US donnait lieu le 12 février à une rencontre à l'hôtel Visa Lodge, à Port-au-Prince, entre le ministre de l'Economie et des Finances Gustave Faubert, le président de la Banque centrale Vénel Joseph et une délégation de l'Association professionnelle des banques (APB). Selon Vénel Joseph, les discussions s'étaient déroulées notamment autour de la politique monétaire du gouvernement et le déficit budgétaire qui en quatre mois d'exercice fiscal 2002 / 2003 aurait atteint 1,8 milliard de gourdes.
A l'issue de cette réunion les participants se sont entendus sur les dispositions à prendre pour freiner la décote de la monnaie nationale. Les mesures envisagées comprennent la réduction de la masse monétaire en circulation en augmentant le taux d'intérêt de bons BRH qui passerait de 15 à 22%. Une mesure identique vient d'être prise en République dominicaine où le peso, sans connaître la plongée actuelle de la gourde haïtienne, n'en donne pas moins des soubresauts. «Au niveau de la Banque Centrale, nous essayons en accord avec l'APB de mettre en place certaines mesures pour pouvoir faire face à la situation actuelle de la gourde... Nous prévoyons à notre niveau d'augmenter les taux d'intérêts sur les bons BRH » déclarait Vénel Joseph qui indiquait, en outre, une possible intervention de l'Etat sur le marché des changes.
Cette situation a donné une autre occasion au ténor néolibéral local qui joue à l'économiste, Kesner Pharel de clamer un chapitre de son credo et d'estimer que ces mesures ne constituaient qu'un palliatif insuffisant et ne provoqueraient qu'un impact limité, puisque, disait-il, la marge de manoeuvre des autorités monétaires étant elle-même limitée avec une réserve nette en dollars qui ne serait, selon lui, que d'environ 50 millions. Il concluait avec la seule solution à sa connaissance à la nécessité d'une réduction drastique des dépenses publiques.
Pour le député Jean André Jeune, la tendance à la dépréciation de la gourde ne peut être inversée qu'à condition d'établir une politique monétaire habilitant seul l'Etat à acheter et à vendre les devises sur le marché. Et pour atténuer les difficultés économiques de la population dues à la hausse du coût de la vie, il expliquait que l'Etat devrait se charger d'ouvrir des magasins communautaires: «Nous vivons dans une situation économique difficile, donc il revient à l'Etat d'acquérir les produits de première nécessité et de permettre aux détaillants de les acquérir, à leur tour, à prix réduits», disait-il en outre.
En effet, ces mesures proposées par le député pourraient servir à alléger les difficultés de la population, particulièrement des démunis, mais d'autres dispositions seraient de mise dans une situation aussi difficile. Ainsi les autorités devraient pouvoir contrôler les transferts de capitaux à l'étranger. Rappelons à ce titre d'exemple les dégâts causés au système bancaire haïtien suite à des rumeurs vers la fin de l'année 2002 relatives à la nationalisation des comptes en dollars. En dépit des démentis apportés par les autorités monétaires et les responsables de l'APB, 400 millions de dollars ou plus avaient pris le chemin de l'étranger et ils n'ont pas été rapatriés. Il importe donc que l'Etat exerce un certain contrôle à ce niveau pour mettre en échec ceux qui ont intérêt à diffuser ces rumeurs fausses, mais déstabilisatrices.
Entre-temps, les produits de première nécessité, dont la plupart sont importés, sont à la hausse. Le 14 février il fallait cinquante-deux gourdes pour un dollar US. Il faut noter en outre que la forte hausse enregistrée pour les produits pétroliers provoque un effet multiplicateur. Une hausse du pétrole qui a été due en grande partie à la tentative de déstabilisation du Venezuela où l'élite financière de ce pays, comme chez nous, veut garder ses privilèges exorbitants avec l'appui de Washington aux dépens de l'immense majorité, et trame toutes sortes de complots pour renverser le président vénézuélien Hugo Chavez. »Il y a également la répercussion de l'imminence de la guerre projetée par Georges W. Bush contre l'Irak.
D'autre part, le gel des emprunts de 500 millions de dollars contractés par le gouvernement haïtien constitue l'une des causes du marasme économique. Evidemment, les comploteurs de la Convergence font tout pour faire pourrir la situation socio-économique pour essayer de discréditer le gouvernement. Qu'importe pour eux le sort des masses défavorisées qui sont les plus affectées par cette situation. Bien entendu le gouvernement ne pourra rester dans la passivité, c'est-à-dire sans essayer de mettre de l'avant des mesures adaptées, ni accepter non plus que d'irresponsables et criminels ambitieux se gaussent de la misère du peuple dans l'objectif de le renverser.