Formation du CEP
La Convergence se rebiffe et David Lee «patine»...
Cinq mois après l'adoption, le 4 septembre dernier, de la Résolution 822 par le Conseil permanent de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui fait obligation, entre autres, au régime Lavalas d'organiser des élections législatives et locales anticipées durant l'année 2003, un arrêté présidentiel créant le Conseil électoral provisoire (CEP) a été publié le 7 février.
Cependant, au lieu des neuf membres prévus par la Constitution, ce sont les noms de sept que le gouvernement a dû et a pu publier en attendant que la Convergence et les autres partis de l'«opposition» se décident à désigner les leurs, c'est-à-dire les deux derniers, qui doivent rejoindre le CEP. «Le nombre des membres de ce Conseil électoral provisoire sera porté à neuf» prévoit en effet l'article 2 de l'arrêté présidentiel co-signé par les ministres de la Justice, de l'Economie et de l'Intérieur, respectivement Calixte Delatour, Gustave Faubert et Jocelerme Privert et par le Premier ministre Yvon Neptune. Dans le premier article sont indiqués les noms des représentants des cinq secteurs de ladite Société civile qui avaient, rappelons-le, accordé un moratoire de 15 jours au pouvoir, à partir du 4 novembre dernier, pour obliger, disaient-ils alors, ce dernier à faire certains pas dont la publication des termes de références de l'assistance technique sollicitée par l'Etat haïtien auprès de la «Communauté internationale»: François Benoît pour le secteur patronal; Freud Jean, les organisations de défense des droits humains; Roselor Julien, l'Église catholique; Pauris Jean-Baptiste, l'Église protestante et Max Mathurin, l'Église épiscopale. Les deux autres sont Arold Julien qui est délégué par le parti Fanmi Lavalas et Gérard Lahens Félix qui représente le pouvoir judiciaire.
Réagissant à la publication de cet arrêté, le président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCIH), Maurice Lafortune, dont l'organisme est fortement «intéressé» au processus de formation de ce CEP, a laissé entendre que cette décision n'implique pas pour autant l'autorisation de son représentant à prêter serment devant la Cour de cassation. «Cet arrêté n'est pas une nouvelle pour nous aujourd'hui, car le président nous l'avait annoncé. Mais c'était convenu également que l'arrêté présidentiel ne faisait pas obligation à ces membres de prêter serment. Il faut que certaines conditions soient réunies à cette fin» a indiqué Lafortune qui a fait en l'occurrence référence à une rencontre au Palais national le 5 février entre le Président Aristide et les secteurs devant intégrer le nouveau CEP. Notons à ce sujet que la Convergence et les autres partis de l'«opposition» ne s'y étaient pas présentés. Par ailleurs, Maurice Lafortune a certainement omis de souligner qu'il sera toujours possible pour lui et ses acolytes de trouver constamment des prétextes pour dissuader ses représentants à prêter serment. En fin de compte, cette «Société civile» ne fait pas mieux que ses alliés de la Convergence, et se place simplement en situation de pouvoir mieux saboter le CEP au moindre signal de ses sponsors. Au même titre que la Convergence et ses alliés macoutes, elle ne souhaite en fait que le départ du président Aristide; mais elle choisit de préférence comme tactique de tourner en rond autour de la question électorale.
Comme il fallait s'y attendre, Evans Paul du KID et l'un des ténors de la Convergence ne tardait pas à vouloir user de son ironie grotesque pour déclarer au sujet de la formation du CEP: «Mon impression c'est qu'il (Aristide) veut, à travers cet arrêté, arrêter ces sept personnes ou d'arrêter toute la population. Car je n'arrive pas à comprendre la logique qui dit qu'on peut commencer avec 7 personnes alors que la Constitution dit formellement que le Conseil électoral doit avoir neuf membres. Cette décision vient confirmer que Jean Bertrand n'a d'autre choix que de laisser le pouvoir.» En fait cet abruti ne fait qu'avouer ouvertement, volontairement ou non, que la Convergence n'est point intéressée à ces élections qu'elle réclame et que seul lui importe l'option zéro qui lui ouvrirait éventuellement les portes du pouvoir à défaut de pouvoir le gagner à travers des élections honnêtes. A entendre Evans Paul on comprend donc aisément que ces sempiternelles garanties de sécurité évoquées à cor et à cri comme conditions pour intégrer définitivement le CEP, ne sont en réalité que de vulgaires prétextes pour brouiller les cartes.
Mais si Evans Paul affichait carrément en quelque sorte son indifférence quant à la formation du CEP ou pas, le représentant de l'OEA, le diplomate canadien David Lee cherchait d'autres moyens pour continuer à faire pourrir la situation. En effet, pour avoir des élections en 2003 comme exigé par la résolution 822, il fallait finalement au gouvernement prendre le taureau par les cornes et former ce CEP. David Lee s'attendait-il à être placé dans cette situation où la mauvaise foi de ses protégés de la Convergence serait franchement mise en relief? Car soudainement, il s'est mis à «patiner» mais comme un mauvais hockeyeur, à prendre d'innombrables tangentes pour essayer de contourner cette réalité au micro complaisant de Radio Métropole le 6 février, racontant: «Il est clair qu'aujourd'hui on ne pourrait pas tenir de bonnes élections, mais étant donné... on peut passer à l'étape de préparer un climat propice. Pour faire cela il faut mettre en application tous les éléments de la résolution, y compris bien sûr toutes les questions concernant les poursuites judiciaires, celles concernant la professionnalisation de la Police, la préparation d'un plan de sécurité pour les élections. Bien sûr il y a d'autres choses aussi, la préparation d'élections exige une préparation technique après la sélection du CEP... Autrement il sera trop tard pour tenir de bonnes élections cette année. Mais après la sélection du CEP, il y a beaucoup de travail technique, il faut préparer le scénario (sic), le plan, il faut aussi enregistrer les Haïtiens, il faut embaucher beaucoup de personnel pour tout le pays...» Alors pourquoi la Communauté internationale fait-elle autant d'exigences au gouvernement haïtien, car à entendre David Lee, ces élections ne pourront se tenir qu'au prochain millénaire... Toutes ces conditions qu'il évoque pour tenir des élections ne sont pas remplies par des pays comme la Colombie, où il existe une guerre civile, qui en tient pourtant régulièrement. Sans parler du Guatemala où les escadrons de la mort continuent à décimer les rangs des groupes progressistes.
Et pour éviter qu'on lui rappelle que le gouvernement Lavalas avait signé un accord d'assistance avec l'OEA dans le cadre de la résolution, David Lee a poussé davantage son audace en se plaignant: «...Tout le monde demande du progrès dans le domaine de la sécurité, mais on semble hésiter à nous donner les ressources nécessaires pour payer les gens... Je pense que l'OEA ne peut pas embaucher quelqu'un sans avoir l'argent pour le faire. Donc si on veut que nous ayons une centaine de policiers, il faut que la Mission ait les ressources....» Autrement dit, le représentant du secrétaire général de l'OEA a toutes les bonnes raisons pour maintenir les choses en l'état... au grand plaisir de la Convergence et de la «Société civile»...
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