8 Janvier, 2002

January 8, 2002

8 Janvye, 2002

Vol. 20 No. 43
Le 1er janvier 2003, le président de la République, Jean Bertrand Aristide, s'est rendu aux Gonaïves pour prendre part à la traditionnelle cérémonie de commémoration de l'anniversaire de l'Indépendance conquise par l'armée indigène contre les troupes de Napoléon Bonaparte il y a 199 ans.

Accompagné de son épouse, de quelques membres du corps diplomatique, y compris le nonce apostolique Luigi Bonazzi, et de plusieurs hauts dignitaires du gouvernement, le chef de l'Etat, après avoir suivi le Te Deum à la cathédrale de la ville, s'est dirigé vers la Place d'armes de la Cité de l'Indépendance où une foule de plusieurs milliers de personnes l'attendait. Dans son discours, le président Aristide a une nouvelle fois rejeté la responsabilité de la détérioration des conditions socio-économiques sur la «communauté internationale» qui a imposé des sanctions économiques. « Exprimant notre détermination à lutter pour que règne justice et paix, faut-il rappeler combien les sanctions économiques infligées à notre peuple sont injustes. Puissions-nous tous nous rappeler, jour après jour, qu'il y a là une violation flagrante des droits de la personne » a indiqué le chef de l'Etat qui a poursuivi en ces termes: « La persistance du gel des fonds externes destinés à financer d'importants projets au niveau des secteurs porteurs de croissance, a occasionné un ralentissement des activités économiques. Le produit intérieur brut en termes réels s'est chiffré à 12 milliards 874 millions de gourdes, soit un niveau très proche de celui de l'année précédente... En dépit, des chocs externes et internes, le gouvernement a pu grâce aux efforts déployés au niveau de la perception fiscale assurer le bon fonctionnement de l'Etat qui s'est engagé plus que jamais à investir dans l'humain.»

Cependant, malgré les données peu réjouissantes présentées par le président Aristide concernant l'économie nationale durant l'année écoulée, il ne s'est pas montré pessimiste pour cette année, indiquant: « L'année 2003 devra marquer une rupture avec la tendance négative de l'économie. Pour y parvenir, nous comptons miser sur des secteurs à forte potentialité de croissance sur le partenariat et la modernisation des entreprises publiques conformément aux lois haïtiennes... Cette démarche vise à redynamiser l'économie et à favoriser une amélioration des conditions de vie de la population... Chers concitoyens, chères concitoyennes, dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de notre Indépendance, le niveau d'investissement global se situera autour de 24% des dépenses publiques. Ces dernières s'avèrent nécessaires pour un nouveau départ vers un lendemain meilleur... »

Dans cette même veine, le chef de l'État a également annoncé la réalisation d'un ensemble de projets qui, au nombre de quatorze, seront exécutés aux Gonaïves, d'ici le 1er janvier 2004, où le régime Lavalas projette de fêter solennellement le Bicentenaire. Au nombre de ces projets figurent notamment la construction de la Place Boisrond Tonnerre, l'adoquinage de deux artères, le drainage de la ville, la réparation de la mairie, la construction de la route de Saint-Marc/Gonaïves, la construction de l'aéroport des Gonaïves, la construction du Lycée du Bicentenaire des Gonaïves, l'électricité dans la région 24 heures sur 24, etc.

Cependant si le président a bien cerné de façon schématique la situation, et si dans l'enthousiasme des défis que le pays doit relever pour la célébration du Bicentenaire, il en arrive à promettre l 'électricité «24 heures sur 24», il faudra qu'à tout le moins le gouvernement suive, c'est-à-dire que les ministres particulièrement ne puissent prendre constamment prétexte de leur «manque de pouvoir» pour ne pas accomplir leurs tâches et se contenter de jouir des privilèges de leurs fonctions. Car comment expliquer par exemple qu'alors que les caisses de l'État sont considérées comme vides, il faut rester en ligne des heures et des heures, parfois plusieurs journées, pour arriver à payer à l'État pour l'obtention d'une carte d'identité? Sans compter les innombrables pots-de-vin qu'il faut verser si l'on veut parvenir véritablement à se procurer ce document pourtant exigé par la loi pour pouvoir remplir diverses formalités.

Le président de la République a aussi profité de cette célébration pour réitérer une fois de plus sa volonté de terminer son mandat de cinq ans au complet face à ces adversaires regroupés par l'Institut républicain international (IRI) majoritairement au sein de l'alliance macouto-bourgeoise qui réclament son départ. « Pas un jour de moins, pas un jour de plus» a-t-il lancé, tout en soutenant que 2003 sera une année électorale. « Oui aux élections, non aux coups d'Etat. N'ayez pas peur du suffrage universel », a déclaré le président à l'endroit de l'«opposition » qui en effet cherche de préférence à déstabiliser le pays plutôt qu'à participer au processus électoral.