14 Août, 2002

August 14, 2002

14 Out, 2002

Vol. 20 No. 22
Exploitant l'ignorance de la majeure partie de la population sur le vrai statut de Taiwan, les autorités Lavalas, notamment le président Jean-Bertrand Aristide, dans le but de déjouer «l'isolement international» depuis la «crise» post-électorale, s'adonnent à des relations taillées sur mesure pour la galerie, avec les dirigeants de l'île rebelle. En effet, fidèle à sa tradition de marchander les faveurs des petits pays, une délégation officielle du Taiwan, province de la Chine, a entrepris une visite du 7 au 8 août au pays faisant suite à celle effectuée par le chef de l'Etat haïtien récemment, à la mi-juillet. Faisant fi, comme d'habitude, de toute transparence, le président Aristide, à son retour de voyage avait indiqué qu'un protocole d'accord avait été signé entre lui et son homologue taiwanais Chen Shui-Bian sur le décaissement d'une enveloppe de 55 millions de dollars dont 15 millions seraient obtenus sous forme de prêts et 40 millions à travers des projets.

Quels projets? A ce sujet, le président se garde de toute explication. En effet, comment pourrait-il effectivement avouer qu'il avait bradé 1875 KM2 du territoire haïtien lors de son voyage en République dominicaine le 16 janvier dernier et que ce fonds prétendument octroyé par Taiwan est destiné à renforcer le projet d'installation de zones franches sur la frontière haïtiano-dominicaine?

Par ailleurs, il est pertinent de situer Taiwan dans le contexte international, particulièrement à travers sa relation avec la République populaire de Chine (RPC), par une approche historique, pour essayer de déceler les vraies motivations de la politique extérieure de cette province rebelle. Pour ce faire, nous utiliserons les extraits d'une déclaration produite par les départements de la presse du Bureau sur le travail de Taiwan du Comité central du Parti Communiste chinois (PCC) et du Bureau des affaires de Taiwan du Conseil des affaires d'Etat qui réfutaient les arguments contenus dans une «explication écrite sur les relations spéciales d'Etat à Etat» de Lee Teng-hui, un dirigeant de Taïwan. «Taiwan fait partie du territoire chinois et les deux côtés du détroit de Taiwan appartiennent à un seul pays et non à deux pays. C'est là un fait incontestable qui est prouvé par l'histoire, la réalité et le droit. La question de Taiwan est une séquelle de la guerre civile. Sa solution est par conséquent une affaire totalement intérieure de la Chine. Depuis l'antiquité, Taiwan fait partie de la Chine. A partir de la dynastie des Song (960-1279) et jusqu'au règne de Guangxu (1875-1908) de la dynastie des Quing, le gouvernement chinois a exercé sa souveraineté sur Taiwan. En 1885, le gouvernement chinois a fait officiellement de Taiwan une province indépendante... En juillet 1937, les impérialistes japonais ont lancé une invasion complète de la Chine. En décembre 1941, le gouvernement chinois a émis une déclaration de guerre contre le Japon dans laquelle il affirme clairement tant aux Chinois qu'aux étrangers que tous les traitées, accords et contrats couvrant les relations sino-japonaises sont nuls et non avenus et se dit résolu à "reprendre Taiwan, l'archipel de Penghu et les quatre provinces du Nord-est"... En décembre 1943, la Chine, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont signé la Déclaration du Caire. En juillet 1945, les trois pays ont signé la Proclamation de Postdam, à laquelle l'URSS s'est jointe par la suite. Ces deux documents affirment sans ambiguïté que le Japon doit restituer à la Chine tous les territoires chinois occupés tels que les provinces du Nord-Est, Taiwan et l'archipel de Penghu. En août 1945, le Japon a capitulé sans conditions et accepté la proclamation de Potsdam. Deux mois plus tard Taiwan a réintégré la mère patrie et a été à nouveau inclus dans la souveraineté chinoise. Depuis lors le statut de Taiwan en tant que partie du territoire chinois n'a jamais changé... La RPC est devenue le seul gouvernement légitime de la Chine et son unique représentant légal sur la scène internationale... Bien que les autorités de Taiwan aient conservé la bannière de la RC après octobre 1949, la soi-disant RC à Taiwan a perdu sa légitimité et n'est plus le gouvernement légitime habilité à représenter la Chine. Jamais, il n'a jamais été question de la "Co-existence de deux Chine au plan international", comme le prétend Lee Teng-hui... En octobre 1971, la 26e session de l'assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 2758 qui affirme sans équivoque que "le représentant du gouvernement de la RPC est le seul représentant légitime (de la Chine) à l'ONU et que la RPC est l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Elle déclare aussi l'expulsion immédiate de la clique de Jiangjieshi de tous les organes de l'ONU... Plus de 160 pays à travers le monde ont établi des relations diplomatiques avec la Chine. La France, le Japon et les USA ont établi des relations diplomatiques avec la Chine en 1964, 1972 et 1979 respectivement. Ces Etats, ainsi que tous les autres pays ayant des relations diplomatiques avec la Chine, reconnaissent et respectent le fait qu'il n'existe qu'une seule Chine, que Taiwan fait partie de la Chine et que la RPC est le seul gouvernement légitime de toute la Chine...» Tel est le contenu partiel de ces extraits de la déclaration de ces responsables chinoises le 1er août 1999 (voir Haïti-Progrès, vol 17 #34 10 au 16 novembre 1999).

Ainsi, les faits avancés dans ce document nous montrent le vrai mobile de ces responsables taiwanais qui ne font que se servir des pays économiquement faibles, leur octroyant de prétendus dons, pour défier la grande Chine sur le plan international. En effet, qu'est-ce qu'une telle coopération peut-elle bien apporter au peuple haïtien, sinon que de poursuivre l'enrichissement immoral des responsables du pouvoir Lavalas? S'ils voulaient effectivement contribuer au développement du pays, ils pourraient bien imiter le modèle de coopération haïtiano-cubaine, réalisée sur la base d'une franche collaboration.

A propos de cette relation haïtiano-taiwanaise, notamment avec la récente visite du Premier ministre taiwanais à Port-au-Prince, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Benjamin Dupuy, au cours d'une conférence de presse présentée le jeudi 8 août dernier, avait qualifié de «honte internationale» le fait que les autorités Lavalas aient déroulé le tapis rouge pour recevoir le Premier ministre Yo Shyi-kum. «Taiwan est une île réactionnaire, une province rebelle que les Etats-Unis utilisent pour créer de problèmes à la grande Chine qui est la deuxième puissance économique mondiale...» avait-il précisé. D'autre part, le dirigeant du PPN avait, une fois de plus, expliqué les raisons qui portent les Taiwanais à s'intéresser davantage à Haïti. «Ces messieurs de Lavalas, étant des marchands de pays, vont vendre 1875 KM2 du pays à une compagnie. Ainsi, ces Taiwanais viendront amplifier la bidonvilisation de la frontière; comme c'était le cas sous Jean-Claude Duvalier au Parc industriel, entraînant la bidonvilisation de Port-au-Prince» rappelait Ben Dupuy.

En effet, en marge de son voyage à Taiwan le mois dernier, le président Aristide avait souhaité, à l'instar des 108 compagnies taiwanaises fonctionnant en République dominicaine, que les investisseurs taiwanais pourront également s'installer en Haïti, sûrement sur les 1875 KM2 de terres spoliées. Ainsi, notons à ce propos qu'à l'issue de la visite de la délégation taiwanaise, le jeudi 8 août conduite par le Premier ministre Yu Shyi-kun et comprenant plusieurs hommes d'affaires, une lettre d'intention a été signée par les gouvernements taiwanais et haïtien, pour la construction d'une usine de fabrication de casquettes et de chapeaux à Port-au-Prince, d'un coût de six millions de dollars, qui devrait créer, selon des informations officielles, 1000 à près de 2000 emplois. Cette même source a indiqué que Taiwan fournirait une assistance technique pour le textile et la fabrication de chapeaux.

Il est évident que cette relation entretenue entre Haïti et Taiwan ne vise qu'à amplifier les travaux devant aboutir à l'installation des zones franches sur la frontière haïtiano-dominicaine et à renforcer l'image de Taiwan à l'extérieur; cette île confisquée à la même patrie - la Chine - par des néo-impérialistes qui ne font que les cinq volontés des autorités nord-américaines. Ne serait-il pas plus décent pour Haïti d'entretenir des liens de coopération avec la Chine, au lieu de continuer à être le vecteur d'une campagne de propagande de la part des autorités taiwanaises? L'inscription «Don de la république de Chine» ça et là sur les véhicules de services publics en est une preuve de cette politique corruptrice, en adéquation parfaite, par ailleurs, avec celle priorisée par les irresponsables Lavalas. D'autant plus que dans cette affaire taiwanaise, le gouvernement haïtien ne peut même pas se prévaloir d'un certain «pragmatisme», puisque non seulement il brade le territoire national (violant entre autres délibérément la Constitution), mais en outre il n'est ni le maître d'oeuvre ni l'administrateur de ces zones franches pour lesquelles il ne représente qu'un courtier en l'occurrence pour la République dominicaine et Taiwan. Cette «aide» de 55 millions loin de constituer une coopération est plutôt et certainement une servitude de plus pour l'État haïtien.