14 Août, 2002

August 14, 2002

14 Out, 2002

Vol. 20 No. 22
La pénurie de courant électrique a atteint un nouveau stade ces derniers jours. Déjà, le rationnement qui sévissait dépassait le supportable pour la population, puisque l'énergie depuis plusieurs années n'était fournie qu'au compte-gouttes. Même le terme de «rationnement» n'était pas approprié pour dépeindre cette situation, puisque le courant était offert au petit bonheur, sans un horaire déterminé. Tout changement ne saurait apporter qu'une amélioration de l'ordinaire, croyait-on. D'autant plus qu'en mai dernier après la visite du chef de l'Etat à la compagnie Electricité d'Haïti (EDH), celui-ci avait alors demandé au directeur général de prendre des mesures en vue d'augmenter la production de l'énergie électrique. Ce ne pouvait donc être une directive sans lendemain, puisque la situation était assez grave. Bien entendu, avec le Mondial de football qui allait se dérouler au mois de juin, les habitants ont pu en profiter quelques heures de plus. Aussitôt après, on est revenus à la «normale», mais la semaine dernière tout est allé en chute libre.

Il y avait bien une raison à cela: la rareté du carburant diesel qu'utilisent la plupart des véhicules de transport public. En quatre jours, du 8 au 12 août, le gasoil (diesel) qui se vend normalement à 25 gourdes le gallon était passé au marché noir à 60 gourdes et même à 75 gourdes dans certaines villes de province, par exemple Port-de-Paix. Tout cela a vite fait boule de neige car aussitôt les tarifs du transport augmentaient en conséquence.

Mais, pour le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy qui n'a point froid aux yeux, cette rareté n'était point réelle. «J'ai dit à tout le monde de rester calme... Pas de panique. C'est une situation de rareté artificielle et non réelle», pontifiait-il. Il aura vu là encore une «main cachée»? Mais il devait être le seul à ne pas avoir pris conscience de la situation, préférant parler à travers son chapeau plutôt que de s'informer auprès des institutions publiques et privées compétentes en la matière. À ce sujet, Paul Duchatelier, vice-président de l'Association des distributeurs de produits pétroliers (ANADIPP), reconnaissant par la même occasion que la rareté était réelle, disait: «L'ANADIPP n'a aucune responsabilité dans cette rareté de produits pétroliers, ... Je le redis encore, nous ne les importons pas, nous les achetons des compagnies pétrolières, donc nous n'avons rien à voir avec cette rareté. Elle nous affecte aussi, ça nous fait un manque à gagner, car nos frais fixes restent les mêmes...»

En outre si le secrétaire d'État avait bien voulu se renseigner, il n'aurait pas eu à chercher bien loin, sinon du côté des compagnies pétrolières, mais plus près de lui, auprès d'un conseiller du chef de l'État, Anthony Dessources qui disait, lui, sur les ondes de Radio Haïti Inter le 13 août: «Nous avons actuellement une crise énergétique», tout en souhaitant retourner à «la situation d'amélioration comme lors de la Coupe du monde de football»!

Et le ministre des Travaux publics, Transports et Communication Harry Clinton, disait lui aussi le 10 août sur les ondes de Radio Kiskeya: «Il y avait une pénurie sur le marché causé par un contre-temps dans l'approvisionnement en pétrole... Le navire citerne qui devait arriver le 6 août est tombé en panne... Donc il devrait arriver demain, mais entre-temps nous devions voir du côté de la République dominicaine...» Il n'y avait donc que le secrétaire d'État à la Communication Mario Dupuy à tout ignorer pour pouvoir mieux communiquer ses inepties! Il est vrai que l'EDH a été un peu trop rapidement touché par cette brève rareté de combustible. Au début les responsables ont d'ailleurs voulu rendre responsables les prises clandestines de courant pour ces pannes qui pouvaient durer de deux à trois jours. Mais, ce problème ne date pas d'hier, pourquoi rien n'a été fait depuis pour y remédier? Tout comme l'Université, la Téléco, la CAMEP, le gouvernement semble vouloir laisser péricliter ces services pour justifier ses projets de privatisations qui s'inscrivent dans le plan néo-libéral auquel il a souscrit depuis son exil à Washington dans le but de faciliter son retour au pouvoir.

Une simple analyse des faits permettrait de conclure que cette rareté est voulue, qu'elle est une stratégie pour porter les abonnés, frustrés par la crise énergétique, à réclamer d'eux-mêmes la privatisation de ce secteur. D'autre part, une entreprise telle que l'EDH, qui doit alimenter toute la capitale en courant électrique, devrait à tout le moins avoir une réserve raisonnable de carburant et ne pas devoir fonctionner au jour le jour. Fort heureusement le bateau citerne attendu est arrivé ce 13 août dans le port de la capitale.