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«sacrifice» d'Amiot Métayer!
Le mardi 2 juillet 2002, des agents de la Police nationale (PNH) ont procédé à l'arrestation de Amiot Métayer alias «Kiben», un chef d'organisation populaire proche du régime Lavalas d'un quartier populaire des Gonaïves. Evoquant des raisons de sécurité, les policiers ont conduit Métayer au Pénitencier national à Port-au-Prince. Selon le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon, ses services n'ont fait qu'exécuter un mandat de justice. Pour sa part, le commissaire du gouvernement des Gonaïves, Louiselmé Joseph, a indiqué que Amiot Métayer n'aurait pas été interpellé dans le cadre des événements du 17 décembre 2001 où plusieurs résidences et locaux de partis politiques de l'opposition avaient été saccagés. Il a indiqué que Métayer a plutôt été arrêté pour son implication présumée dans l'incendie de plusieurs maisonnettes dans les quartiers populaires de Raboteau et de Jubilé le 21 mai dernier. Des explications qui laissent penser que c'est plutôt le contraire qui doit être vrai, puisque Métayer n'avait jamais été inquiété par la justice, et cela bien auparavant.
D'autre part, à l'annonce de son incarcération au Pénitencier national à Port-au-Prince, plusieurs partisans du détenu ont gagné les rues aux Gonaïves le 3 juillet pour réclamer l'élargissement de «leur leader». Ces manifestants ont érigé des barricades de pneus enflammés et tiré des coups de feu, paralysant ainsi la totalité des activités de la ville. La troisième journée des examens du baccalauréat a également été perturbée; des individus munis d'armes à feu ont en effet intimé l'ordre aux élèves de vider les lieux. Plusieurs blessés par balle ont aussi été enregistrés. Par ailleurs, les partisans de Amiot Métayer ont également confisqué quatre véhicules du service public, avant d'annoncer à la police qu'ils seraient prêts à la confronter si leurs revendications ne sont pas satisfaites. Ces individus, qui se sont auto-nommés «armée cannibale», ont accusé le maire des Gonaïves, Stephen Moïse d'être impliqué dans l'arrestation de Métayer. «C'est le maire qui a appelé Kiben à la mairie pour lui dire que le président Aristide avait besoin de lui et qu'un véhicule spécial avait été mis à sa disposition. Et on apprenait par la suite, que Kiben avait été incarcéré au pénitencier national», a accusé un proche d'Amiot Métayer. Il semble qu'en effet ce dernier ait été attiré d'une certaine façon dans un piège, puisque c'est sous le prétexte que le président Aristide désirait le voir que Kiben a pu être emmené sans problème pour être incarcéré dans la capitale. Donc aucun mandat d'arrêt ne lui aura été présenté, ce qui est tout à fait illégal. Et en outre sous le régime Lavalas, le système judiciaire serait à ce point démuni et impuissant qu'il n'a d'autres recours que l'utilisation de subterfuges pour appréhender un suspect?
Les membres de «l'Armée cannibale» ont pu d'ailleurs poursuivre leur mouvement jusqu'au lundi 8 juillet où des barricades étaient toujours remarquées à plusieurs endroits de la ville. Ils sont même mis le feu aux bureaux de la douane des Gonaïves et ont promis d'étendre leurs actions à d'autres établissements publics si leur chef n'est pas libéré. Et n'était-ce l'intervention des agents de l'unité spéciale de la Cimo, de plus importants dégâts auraient été enregistrés. Ce n'est que le lundi 8 juillet que les épreuves du baccalauréat ont pu reprendre.
D'autre part, intervenant sur les ondes de radio Vision 2000, quelques jours après son arrestation, Amiot Métayer a «quand même» exprimé son attachement au chef de l'État. «Il se peut que je sois puni pour une erreur que j'ai commise inconsciemment. Je suis comme un fils qui est puni par son père», disait-il de façon théâtrale de sa cellule du Pénitencier. Justement il n'a pas eu conscience que les raisons de l'État Lavalas pourraient obliger ce dernier à sacrifier un fidèle qui n'avait jamais été inquiété auparavant.
En effet, le délégué départemental de l'Artibonite, soit le représentant du pouvoir central dans la région, Kenaze Jean-Baptiste a dénoncé l'arrestation de Métayer, avec qui il entretiendrait de bonnes relations. Jean-Baptiste a indiqué que l'interpellation de «Kiben» ne saurait avoir de motivations politiques, comme les rumeurs le font croire, sinon, a-t-il dit, en tant que représentant de l'exécutif, il aurait été informé à l'avance. L'aurait-il été qu'on ne l'aurait pas su! D'ailleurs, comment se fait-il qu'il sache qu'il n'existe pas de «motivations politiques» à la base de cette arrestation?
Alors que tout porte à croire que telle en est bien la raison. Ainsi dans une note datée du 6 juillet, la National Coalition for Haitian Rights (NCHR), tout en annonçant sa satisfaction face à la nouvelle de l'arrestation de Métayer le 2 juillet, déclarait: «La NCHR rappelle que Amiot Métayer est constamment dénoncé par la clameur publique comme le principal responsable d'actes de violations des droits humains dans la Cité de l'indépendance et avait toujours bénéficié jusqu'ici de l'impunité...», ajoutant: «L'arrestation de monsieur Métayer entre dans le cadre des pressions exercées sur le pouvoir Lavalas pour la mise en application des recommandations de la commission d'enquête indépendante de l'OEA sur les événements du 17 décembre 2001». Autrement Amiot Métayer continuerait donc à jouir de sa pleine liberté pour agir à sa guise. La NCHR a également fait remarquer que le rapport de l'OEA aurait cité, à part des membres d'organisations populaires, d'autres personnalités telles que des parlementaires, des maires et autres responsables Lavalas, qui auraient participé «comme auteurs ou complices des crimes et délits» commis le 17 décembre 2001. «La loi, une pour tous, doit être appliquée sans considération d'ordre politique ou de rang social.»
D'un autre côté, la Convergence s'est félicitée de l'arrestation du tout-puissant Amiot Métayer. Gérard Pierre-Charles (OPL), l'un des dirigeants de ce regroupement, a dit voir dans cette arrestation un pas positif. Cependant, il a indiqué que le pouvoir «doit continuer à envoyer des signaux positifs de sa volonté de favoriser la reprise des négociations à travers l'application de la résolution 806 de l'Organisation des Etats américains» Le dirigeant de l'OPL a également convié le pouvoir Lavalas «à passer de la parole aux actes, en mettant l'action publique en mouvement contre les auteurs des violences du 17 décembre et en réactivant les dossiers de justice relatifs à un ensemble d'assassinats commis dans le pays, comme ceux de Jean Léopold Dominique, de Brignol Lindor, de Mireille Durocher Bertin, d'Yvon Toussaint, etc.» Le dirigeant de l'Alah, Reynold Georges, a de son côté, indiqué que les autorités ont mis trop de temps pour écrouer Amiot Métayer, ajoutant, que d'autres individus impliqués dans des actes criminels doivent connaître aussi le même sort. A titre d'exemple, Reynold Georges a cité les membres d'OP de «Dòmi nan Bwa» à Petit-Goâve et de «Bale Wouze» à St Marc.
Le régime a eu, à nouveau, recours à ses «grands moyens» illégaux et arbitraires pour se mettre au diapason avec les exigences de ses frères ennemis de la Convergence et évidemment de l'OEA. Prétextant l'arrestation de Amiot Métayer pour des raisons liées à l'incendie du 12 mai dernier aux Gonaïves, les autorités ont cyniquement sacrifié leur ancien protégé, en le piégeant notamment, pour montrer leur détermination à mettre en application la résolution 806 adoptée par le Conseil permanent de l'OEA le 15 janvier dernier. Il est plus qu'évident que le président de la République n'hésitera pas à se défaire d'autres «Ronald Cadavre» et «Kiben» dans la mesure où son maintien au pouvoir en dépendra. Malheureusement plus il offrira de gages, plus encore lui sera réclamé jusqu'à ce qu'il en arrive à se dépouiller de ses «bases» ou se les aliène!
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