| La répression systématique a-t-elle la caution d'Aristide?
Suite aux événements qui se sont déroulés le lundi 27 mai dernier à Guacimal, localité située près de Saint-Raphaël dans le nord du pays, où des individus, avec la complicité des autorités locales, ont sauvagement attaqué des paysans, tuant deux d'entre eux, de graves questions se posent. Car il ne s'agissait que de la préparation d'une manifestation pacifique pour protester contre les traitements faits aux paysans travaillant dans les champs d'orangers exploités par les grands dons du Cap, Novella et Zéphir, au bénéfice de la compagnie française des liqueurs Cointreau. Et en outre ce sont les autorités Lavalas qui se sont portées à la défense de ces grands dons avec leur police et leur propagande mensongère et grotesque animée par le secrétaire d'État à la Communication Mario Dupuy.
Le Parti populaire national (PPN) a voulu encore une fois, et particulièrement en cette circonstance dénoncer l'attitude des autorités Lavalas qui continuent de se dresser contre les intérêts des travailleurs et exiger la libération immédiate des paysans et des journalistes Allan Deshommes de Radio Atlantic et Darwin St Julien de Haïti-Progrès.
C'est ainsi que le lundi 3 juin, Evariste Wilson, membre du bureau politique du PPN, au cours d'une conférence de presse, a dénoncé les persécutions dont font l'objet des travailleurs du syndicat ,Batay Ouvriyè de Saint-Raphaël. «Nous exigeons que les autorités Lavalas fassent le jour sur les assassinats et l'arrestation de plusieurs travailleurs... Nous voulons mettre également l'accent sur la nécessité d'une solidarité avec une dizaine de personnes qui sont emprisonnées au Pénitencier national... et au Fort National» a indiqué Evariste. Il a expliqué que les personnes appartenant au syndicat Batay Ouvriyè et provenant du Cap-Haïtien et de St-Michel de l'Attalaye, ne s'étaient rendus à Guacimal, le 27 mai, que pour apporter leur soutien à un groupe de paysans travaillant dans les champs d'orangers, dirigés par Nonce Zéphir, pour réclamer de meilleures conditions de travail. «Cinquante ans depuis que plus de 367 carreaux de terres sont sous le contrôle de Jacques Norvella et de Nonce Zéphir, avec la complicité des régimes au pouvoir, exploitant environs 400 travailleurs... Cinquante ans aussi depuis que les grands dons promettent aux paysans des infrastructures routières, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, de l'eau potable, etc. Et aujourd'hui la situation empire à Guacimal... Ce qui est derrière le massacre du 27 mai, ce sont les mauvaises conditions de travail dans les champs d'orangers et la répression imprégnée de toutes formes de chantage lorsque les syndicats ouvriers décident de s'organiser pour faire passer leurs revendications... C'est aussi la complicité de certains hauts fonctionnaires de l'État au bureau des Affaires sociales qui prennent toujours position en faveur des grands dons qui dirigent les orangeraies». Le régime Lavalas fait définitivement siennes les stratégies des anciens régimes macoutes en défendant les intérêts des grands dons aux dépens des paysans. Pour cause, ces événements du 27 mai à Saint-Raphaël ne sont pas une nouveauté à l'actif du régime Lavalas. Le gouvernement Lavalas va jusqu'à faire fi, dans ses actions, du Code du travail pour mieux renforcer l'exploitation à outrance des masses paysannes et ouvrières au profit des traditionnels grands dons.
D'autre part, elles ont également eu recours à la désinformation dans le cadre de ces événements, reproduisant ainsi les anciennes pratiques utilisées par les dictatures qu'a connues le pays, surtout celles des Duvalier. En effet, intervenant à ce sujet, le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy a même qualifié d'«assaillants lourdement armés» les journalistes ainsi que les paysans qui voulaient faire passer pacifiquement leurs justes revendications. Là-dessus, Evariste Wilson a opiné en ces termes: «Le secrétaire d'Etat à la Communication a voulu faire passer les paysans victimes pour des individus qui auraient agressé la population de Guacimal et les autorités ont fait savoir que la population avait maîtrisé ces 'bandits qui avaient des armes lourdes en leur possession'.» Evariste a, d'un autre côté, évoqué la présence, dès le mardi 28 mai, d'une équipe de reportage de la Télévision nationale (TNH) sur les lieux des événements. Il a dit ne pas comprendre pourquoi la TNH n'a pas montré à l'écran, comme à son habitude, les «armes lourdes» auxquelles font référence les autorités?
Cette campagne de désinformation a été également alimentée par les maires de Saint-Raphaël et de Milot, Adonija Sévère et Moïse Jean-Charles, qui répétaient fidèlement les formules préparées par le secrétaire d'État, en qualifiant eux aussi ces paysans de «bandits».
Par ailleurs, le chef de l'État qui, paradoxalement, plaide en faveur de la «réforme» de la justice et de son indépendance, a fait exactement le contraire. Car, en date du 28 mai, le ministre de la Justice, Jean-Baptiste Brown a adressé une correspondance au juge d'instruction de la Grande-Rivière-du-Nord, Carlo Julmiste, qui avait accompagné le commissaire du gouvernement sur les lieux des événements, l'informant que son mandat de juge d'instruction «expiré depuis le 11 septembre 2001» n'a pas été renouvelé. Evariste Wilson s'est donc demandé pourquoi les autorités judiciaires ont attendu cette date exactement pour ne pas renouveler le mandat du juge, et également pourquoi les autorités ont dépêché un hélicoptère à Saint-Raphaël pour transférer, pour ne pas dire kidnapper, les paysans et les journalistes arrêtés, à Port-au-Prince?
«Le gouvernement Lavalas exerce des représailles contre les autorités judiciaires de la Grande-Rivière-du-Nord par rapport au dossier de Guacimal. Ces derniers avaient pris leurs responsabilités, car le substitut de commissaire du gouvernement, Me Serge Sénatus, avait donné l'autorisation, depuis le 28 mai, aux deux journalistes emprisonnés de consulter un médecin», a t-il indiqué.
Ces nouveaux faits prouvent incontestablement que les autorités Lavalas ne font que fouler au pied ce qui, autrefois, constituait l'essentiel de leur discours. Comment le chef de l'Etat peut-il se mettre à barrer la route aux revendications des masses paysannes alors qu'en 1991 il affichait clairement son opposition à l'endroit des grands dons qu'il dénonçait farouchement? Qu'est-ce qui aura pu provoquer ce changement de politique qui l'a transformé aujourd'hui en un fervent défenseur du système d'exploitation archaïque pratiqué par les grands dons?
Cette brutale opération répressive n'est cependant pas accidentelle et fait partie d'une offensive gouvernementale concertée pour anéantir toute tentative de contestation de la soumission du pouvoir Lavalas au plan néolibéral. Et c'est le secrétaire d'État à la Communication Mario Dupuy qui vendait lui-même la mèche dans sa conférence de presse du 31 mai, ainsi que le rapportait dans son édition du 1er au 3 juin 2002 la feuille de chou gouvernementale, qui, curieusement, s'auto-intitule dans l'article en question «Quotidien d'État L'Union» (sic). Ainsi, le secrétaire d'État, comme nous le disions, montrait en quelque sorte, mais de manière concrète les rapports directs existant entre cette opération de répression paysanne à Saint-Raphaël et la mise en place des zones franches planifiée par le régime Lavalas. «Ces incidents violents, disait Mario Dupuy, peuvent être placés selon des renseignements préliminaires, dans le cadre d'actions de certains groupes politiques hostiles à la question des zones franches» (L'Union, id.). On peut voir aussi dans cet exposé du secrétaire d'État la volonté d'exercer des représailles contre «certains groupes hostiles...». Doit-on comprendre que le matraquage et l'incarcération du journaliste d'Haïti-Progrès, Darwin Saint-Julien et de son collègue de Radio Atlantic, Allan Deshommes, entreraient dans ce cadre? Ne s'arrêtant pas là dans ses aveux, Mario Dupuy poursuivait ainsi: «On veut créer une situation de confusion pour faire croire que la propriété privée n'est pas respectée dans le pays en vue de décourager l'investissement étranger en Haïti» (L'Union, ibid.). On se passera de commentaires sur ces derniers mots, et nos lecteurs jugeront d'eux-mêmes jusqu'où sont prêtes à se rendre les autorités Lavalas pour de prétendus investissements. Dans le cas de Saint-Raphaël, on sait qu'il s'agit aussi d'une vaste opération de corruption et que les grands dons ont grassement graissé la patte de plusieurs fonctionnaires. Cet investissement dont parle le secrétaire d'État par ailleurs, personne ne le voit, sinon qu'on sait qu'il y a un «arrangement», pour cette question de zones franches, entre les présidents Aristide et Mejia pour faciliter des hommes d'affaires dominicains et leurs patrons aux dépens des cultivateurs haïtiens qu'on prive de bonnes terres arables.
La nécessité de faire front commun contre les plans macabres du régime Lavalas n'en est que plus urgente. Que peut-on espérer davantage des dirigeants Lavalas au pouvoir sinon une détérioration accélérée de la situation socio-politique du pays. Déjà ils n'hésitent pas à utiliser des méthodes de triste mémoire pour parvenir à leurs fins! Ils vont, en effet, même jusqu'à se servir de l'étiquette «terroriste», de la même manière que les Duvalier utilisaient «communiste» pour pouvoir se débarrasser des personnes jugées nuisibles au maintien de leurs intérêts et privilèges. Le peuple haïtien, qui a déjà combattu ce genre de pratiques sous les régimes passés, pourra et devra puiser dans ses réserves pour faire échec à ces traîtres qui veulent s'agripper au pouvoir, quelles que soient les forfaitures à commettre dans ce dessein.
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