| En moins de trois années, le système financier haïtien allait connaître un tournant sans précédent avec l'émergence rapide vertigineuse des coopératives d'épargne et de crédit. Le taux exorbitant qu'offrent celles-ci à leur sociétaires sur des dépôts à terme (plus de 10% le mois) échappe souvent à l'entendement de beaucoup d'analystes économiques. Ces avantages ont évidemment eu pour conséquence une affluence vers ces caisses populaires métamorphosées en «sauveur» de l'épargnant dans un pays où les gens ne savent à quel saint se vouer. Cependant, le dessaisissement de la Banque haïtienne de développement (BHD) par la Banque de la République d'Haïti (BRH), le 25 février dernier, suite à une gestion erratique, et la décision de certaines banques commerciales de fermer les comptes de plusieurs coopératives, allaient donner un coup d'arrêt assez important à la ruée vers ces coopératives et augmenter la méfiance des sociétaires. Pour pallier à ces difficultés, les dirigeants de plusieurs coopératives avaient organisé diverses activités (conférence-débat, assemblée générale, rencontres, etc.) pour tenter de ramener la confiance.
En dépit de ces démarches, certaines caisses ont dû mettre un terme à leurs activités, évoquant pour la plupart un manque de liquidités pour effectuer les transactions. Un vent de panique a suivi cette nouvelle situation où les déposants réclamaient la restitution immédiate de leurs placements, compliquant davantage la situation, puisque ces coopératives ne pouvaient point répondre d'un coup à ces retraits massifs.
Le lundi 25 mars dernier, le chef de l'Etat a dû intervenir personnellement en recevant une trentaine de responsables d'une dizaine de coopératives d'épargne et de crédit au Palais national. Au cours de la rencontre le président de la République avait proposé la mise en place d'une régulation concertée sur la base d'un avant-projet qui serait soumis par le gouvernement en vue, disait-il, d'augmenter la confiance dans les opérations des coopératives et de diminuer la panique chez les sociétaires et le public en général et, d'autre part, de «concourir au développement harmonieux des coopératives»... «J'invite les coopératives confrontées à des problèmes de dépôt et le Conseil national des coopératives (CNC) à entamer des discussions dans le dessein d'explorer les voies de solution à ce problème» avait-il ajouté.
Comme annoncé, au cours du mois d'avril le ministre de la Planification et de la Coopération externe, Paul Duret avait déposé au Parlement un projet de loi sur le fonctionnement des coopératives d'épargne et de crédit. D'autre part, près d'une soixantaine de coopératives s'étaient regroupées au sein d'une association dénommée Initiative des coopératives (INICOOP) dans l'objectif de tenter de sauver le mouvement. Ce regroupement avait dénoncé le 5 mars un complot ourdi, selon lui, par plusieurs secteurs du pays, notamment le secteur bancaire, en vue de saboter le mouvement coopératif haïtien, tout en annonçant une série de mesures pour faire face aux difficultés auxquelles font face les caisses populaires. Parmi celles-ci, le 18 mars l'INICOOP avait invité tous ces membres à surseoir à leurs activités pendant une période de 90 jours, après quoi ils rembourseraient les intérêts de ces trois mois. Cette décision avait, rappelons-le, soulevé l'indignation des sociétaires. Certaines caisses, comme la CADEC, avaient même réduit leurs taux sur les dépôts à terme jusqu'à 10% l'an.
De nouveaux rebondissements ont été enregistrés au cours de ce mois de mai, où plusieurs responsables de coopératives ont pris le maquis et d'autres sont partis sans autre forme de procès pour l'étranger. Inutile d'ajouter que cela n'a fait qu'ajouter à l'anxiété des sociétaires quant à l'éventuelle restitution de leurs dépôts. Sur ce, évoquant des problèmes de sécurité, les responsables de la CADEC, qui avaient promis de rouvrir leurs portes le 21 mai, sont restés à couvert, sinon presque introuvables. D'autres caisses comme la CEI ou la FAMCOOP, évoquant les mêmes raisons, sont restées fermées. Les sociétaires de la CADEC, exprimant leur frustration, ont même marché, le lundi 27 mai, en direction du Palais National pour inviter les autorités à se pencher sur leur cas.
Face à cette situation, le président de la République a, encore une fois de plus, voulu calmer les esprits. «Il faut garder son calme» a-t-il lancé tout en rappelant que certaines banques privées connaissent également des difficultés, indiquant à titre d'exemple: «Nous avons fermé la Banque haïtienne de développement.» D'autre part, il a fait savoir que toutes les dispositions ont été prises aux fins d'arrêter cette hémorragie qui compromet l'existence des coopératives. «Des dirigeants de certaines coopératives sont frappés d'interdiction de départ, des mandats d'arrêt sont émis également à leur encontre» a déclaré le chef de l'Etat, ajoutant que des responsables de certaines banques, accusés de malversations, sont aussi frappés par ces mesures. Ces informations ont été par la suite confirmées par le commissaire du gouvernement du tribunal de première instance de Port-au-Prince, Josué Pierre-Louis. Ces décisions ont été vivement saluées par les sociétaires qui affirment toutefois que trop de temps s'est écoulé avant l'adoption de ces mesures. Le responsable de l'INICOOP, Michel Zachée a cependant approuvé ces mesures qui visent, d'après lui à redonner confiance aux sociétaires. Le président de la Commission sur les coopératives à la Chambre basse, le député Etzer Valentin, a de son côté invité le président Aristide à agir pour obtenir l'extradition des dirigeants des coopératives en fuite avec les avoirs des sociétaires. Par ailleurs, le directeur du Conseil national des coopératives (CNC), Henriot Pétiote, a affirmé que l'exécutif est prêt à mettre en application la loi sur les coopératives d'épargne et de crédit en attente au Parlement.
Ces rebondissements fragilisent davantage la situation économique, compte tenu de l'importance des sommes, parfois empruntées, gardées entre les mains des responsables de coopérative. De là, on se demande si les autorités Lavalas savaient de quoi elles parlaient, si on se rappelle divers appels lancés par le chef de l'Etat pour encourager la formation des coopératives. S'organiser en coopérative peut en effet contribuer au progrès de notre pays, c'est un fait indéniable. Mais de quel type de coopérative veut-on parler? Et faut-il bien que cela se fasse selon des normes établies par des autorités imbues de leurs responsabilités. Pourquoi les coopératives offrent-elles des taux d'intérêt aussi élevés et comment font-elles? Quel rapport ces coopératives ont-elles avec les vrais problèmes auxquels est confronté le peuple haïtien? Ne fallait-il pas encourager de préférence les coopératives de production agricole, de pêche, etc., qui renforceraient, à coup sûr, la production nationale? La population et le pays auraient mieux bénéficié des retombées de ces types de caisses au lieu de ces multiples transactions sans transparence aucune effectuées par ces «coopératives» qui sont des coopératives non productrices. Elles sont des coopératives de service et comme des banques, prête aussi à des taux d'intérêt, peut-être moins élevés, mais jamais divulgués. En d'autres termes, elles prennent d'une main pour donner à l'autre. Donc un brassage d'argent qui n'a rien de productif. Alors aujourd'hui en concurrence avec certaines banques, ces dernières, comme nous l'avions mentionné plus haut, ont fermé les comptes de certaines coopératives provoquant la crise et mettant les «investisseurs» aux abois.
Et ceci n'est que la pointe de l'iceberg. On est même en droit de s'interroger sur les bases légales sur lesquelles reposent ces coopératives. Car rappelons-nous la désormais fameuse coopérative «Pou nou tout», établie en dehors des normes régulières et légales, bénéficiant de la franchise douanière, de l'exemption de toutes autres taxes, qui avait la charge d'importer de fortes quantités de riz pour lequel plusieurs sénateurs Lavalas s'étaient vu allouer un «quota». Ce scandale avait été dénoncé par le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Ben Dupuy, au cours d'une conférence de presse le 29 janvier 2002. «Il nous faut savoir que cette coopérative, ce sont des membres de Fanmi Lavalas qui la constituent. C'est une chose fondée sur des bases purement politiques», déclarait Ben Dupuy qui ajoutait que cette franchise douanière accordée a cette «coopérative» n'était rien d'autre qu'une supercherie de plus. Et en plus celle-ci faisait une concurrence déloyale aux producteurs de riz de l'Artibonite. Ceci, sans nul doute, rentre dans la droite ligne du plan néolibéral qui vise à détruire la production nationale à l'inverse des beaux discours sur l'augmentation de la production nationale que tiennent les autorités gouvernementales.
La population, une fois de plus, paie les conséquences de l'inconséquence des dirigeants actuels qui n'ont à coeur que leurs intérêts de clan et se préoccupent seulement de ne pas contrarier les plans de la communauté internationale dans l'exécution de leurs magouilles.
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