La ville des Gonaïves, Cité de l'indépendance, a encore connu des journées d'affrontements. En effet, après les conflits armés avec les habitants de «l'autre bord du canal» et ceux de Descarreaux qui ont laissé un lourd bilan tant en pertes en vies humaines que de dégâts matériels, les hommes de Amio Métayer alias Kiben, à Raboteau, font encore parler d'eux dans un nouveau conflit qui les oppose, cette fois-ci, aux habitants du quartier de Jubilé et de la rue Liberté.
Dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 mai, des tirs nourris ont été retenti pendant des heures à Jubilé. Environ une dizaine de personnes ont été blessées par balles et à coups de machette; une dizaine de maisons ont été incendiées et d'autres endommagées. «J'ai reçu beaucoup de coups, j'ai couru vers ma maison, malgré cela, ils m'ont battu, ils m'ont cassé la tête. Kiben, avec arme au poing, a brisé ma maison et tiré à tort et à travers... Est-ce ainsi qu'Aristide à livré le pays...» a déclaré un habitant de Jubilé victime des exactions de la bande d'Amio Métayer, proche du Parti Fanmi Lavalas. Comme si cela allait de soi, les hommes de Métayer ont fait savoir qu'ils s'étaient rendus à Jubilé chercher l'arme à feu de Peter Métayer, directeur adjoint de l'Autorité portuaire nationale (APN) des Gonaïves et frère de Amio, que les habitants de Jubilé auraient confisquée. Ces derniers de leur côté accusent ceux de Raboteau de chercher plutôt à tirer vengeance contre eux pour la participation de Jean Pierre dit Jean Tatoune, originaire de Jubilé, dans le massacre de Raboteau. Malgré que Tatoune a été jugé, condamné et actuellement emprisonné.
Les habitants de Jubilé jugent que les hommes dAmio Métaye jouissent de beaucoup trop de latitude pour mener sans inquiétude aucune ses opérations et accusent donc le président Aristide d'encourager l'impunité. Ils exigent l'arrestation sans condition d'Amio Métayer et de sa bande. «Pour nous autres, comme Aristide se déclare le président de tous, aujourd'hui c'est lui qui place les "chimères" à faire tout ce qui est mal dans le pays, c'est lui qui les accepte. Nous réclamons leur arrestation, sans condition, comme dans le cas de Ronald Cadavre», a déclaré un habitant de Jubilé.
Les portes du cimetière de la ville des Gonaïves ont été fermées par les habitants de Jubilé qui lançaient des jets de pierres et de bouteilles sur les cortèges funéraires qui pénétraient dans le cimetière et qui devaient donc faire demi-tour pour se rendre à un autre lieu d'inhumation.
La situation est très critique dans la ville, où presque toutes les activités ont été paralysées. La police est restée impuissante sinon indifférente, et n'a fait aucune intervention ni d'arrestation au cours de ces événements. Le délégué départemental de la police de l'Artibonite, Joanis Canéus a cherché à rencontrer les victimes le 15 mai pour les inviter à revenir sur leurs protestations et à remettre les clés du cimetière qui est resté fermé.
Le commissaire du gouvernement, Louiselne Joseph, le maire des Gonaïves, Topak Moïse, ainsi que le délégué départemental et le directeur départemental de la police ont entamé le 16 mai avec les habitants de Jubilé des négociations qui sont restées infructueuses, puisque ces derniers n'entendent pas revenir sur leur décision. «Nous autres, en tant que autorités locales, nous les avons entendus... Nous sommes des autorités civiles, nous ne pouvons ni arrêter, ni faire ceci ou cela. C'est à la justice de faire les suites nécessaires» a déclaré Beauvoit Elisée, l'un des maires des Gonaïves. «Le maire a surtout insisté pour récupérer les clés du cimetière, sinon... ils allaient passer à l'action... donc ils avaient voulu prendre parti pour les gens de Raboteau, nous n'avons aucun problème nous les attendons. Comment comprendre que nous autres à Jubilé, pouvons accepter 500 dollars de dédommagements. Nous ne sommes pas de cette tendance. Notre tendance est d'arrêter Kiben et de le mettre en prison», a déclaré l'un d'eux.
De son côté le directeur de la police a indiqué qu'il procéderait à l'arrestation de toute personne indésirable dès que le mandat d'arrêt aurait été délivré.
Malgré l'appel au calme lancé aux bandes armées par le président Jean-Bertrand Aristide, qui a annoncé la campagne de désarmement par l'achat au double de leur valeur des armes à feu détenues illégalement, il ne se passe pas un jour sans que n'éclate un conflit armé dans les quartiers populaires de Cité Soleil, de Carrefour-Feuilles, de Raboteau et de La Saline, où le bilan régulier est d'une dizaine de morts et de blessés, et le reste...
Rappelons qu'entre 1995 et 1996, la force «multinationale» qui occupait le pays avait procédé à une prétendue campagne de désarmement telle celle proposée actuellement par le président Aristide. En 2002, il y a beaucoup plus d'armes en circulation dans le pays. C'est ce qui arrive quand on invite le loup dans la bergerie!