Haïti Progrès
Le journal qui offre une alternative
Actualité politique:
La Convergence peut-elle 
offrir une alternative?

Le vendredi 22 mars 2002, comme annoncé, les dirigeants de la Convergence Démocratique ont organisé, sans incident, leur rassemblement sur les ruines du local de l'OPL à Pont-Morin. La Police nationale (PNH) n'avait point ménagé ses efforts pour leur offrir la sécurité pleine et entière. Dès la veille des agents patrouillaient dans le quartier du Bois-Verna aux environs du Pont-Morin, Et le jour même du «grand rassemblement», le chef de la Police lui-même, Jean Neslie Lucien allait faire de fréquente visites dans la zone pour voir si tout allait bien. Ainsi les leaders de la Convergence ne pourraient invoquer aucun prétexte si toutefois la «grande foule» attendue ne se pressait pas sur les lieux.

Au grand complet, les dirigeants de l'alliance macouto-bourgeoise prenaient place dès 11 heures du matin, sur l'estrade dressée pour la circonstance. Leur prétention était de présenter une «alternative» au pouvoir; comme s'ils pouvaient en représenter une; comme s'ils avaient, de leur côté, réalisé grand-chose lorsqu'ils étaient au timon des affaires publiques, il n'y a pas si longtemps. Officiellement ils sont quinze partis politiques à former la Convergence, mais malgré le tapage fait et les moyens mis en oeuvre pour alerter la population à travers tout le pays en vue de réunir partisans et sympathisants à l'occasion de ce «grand rassemblement», les différents intervenants n'ont pris la parole que devant une assistance d'à peine un millier de personnes, pour ne pas dire bien moins. Une moyenne par parti vraiment peu impressionnante. Évidemment les leaders ont gonflé le nombre, l'un d'eux sans crainte du ridicule allant même jusqu'à prétendre que l'assistance comptait 10 mille personnes. 

À tour de rôle, les chefs allaient prendre la parole. Le «président» fantôme nommé par la Convergence, Gérard Gourgue, effectuait pour l'occasion une réapparition, faisant l'éloge de la police pour la circonstance: «Nos sentiments de remerciement et de gratitude vont à la Police nationale d'Haïti, seul corps officiel et constitutionnel du territoire de la République, parce qu'ils nous ont sécurisés aujourd'hui. C'est une force de la fierté du pays», clamait-il. Ainsi, pas moyen de justifier la faible participation par des menaces des organisations populaires pro-Lavalas. Une manifestation prévue par la Fondation 30 septembre avait même été renvoyée à la demande du président Aristide lui-même, si l'on en croit le dirigeant de cette organisation Lovinsky Pierre-Antoine. Quoiqu'il convient de souligner que ce climat de sécurité, installé par les autorités policières pour favoriser ce rassemblement de «l'opposition politique» s'inscrit dans le cadre des mesures adoptées par l'exécutif pour prouver à l'OEA la volonté de son administration à installer un climat de paix dans le pays à l'approche de la rentrée de la mission «technique» de l'OEA. Et d'autre part, avant de laisser le pays, le jeudi 21 mars, pour participer au sommet de l'ONU à Monterrey (Mexique), le président Aristide a même intimé l'ordre aux organisations populaires de ne pas «céder aux provocations». Toutefois, il a qualifié, à son retour, de stabilité politique le fait que ses interlocuteurs privilégiés de la Convergence aient pu réunir «200 personnes» sans être importunés.

Voyons donc en fait d'alternative ce qu'a à offrir la Convergence. Tout d'abord et inévitablement les discours ont débuté par les habituelles injures à l'adresse de leurs rivaux, le pouvoir détenu par Fanmi Lavalas. Ainsi l'un d'eux a proféré à la limite des menaces à peine voilées: ...«Nous disons est-ce que avec les 36 mille zenglendos, les 36 mille 'chimères' d'Aristide nous pourrions marcher à ses côtés? Nous ne pouvons pas beaucoup parler, ce n'est pas ce que nous sommes venu faire ici. Je mets tous mes amis, tous les professionnels, nous prenons 5 à 6 mille personnes, nous nous rendons devant le Palais national et nous mettons la main sur lui. D'accord, comme cela n'avait pas été planifié pour aujourd'hui, cela ne se fera pas aujourd'hui....» Heureusement que la Convergence est loin de disposer d'une fraction de ces troupes, car nous aurions été témoin d'une regrettable effusion de sang entre les «zenglendos» de part et d'autre. Ronald Martineau, responsable de la Convergence au Cap-Haïtien y a mis du sien pour qualifier les 18 membres du nouveau cabinet ministériel de «papier hygiénique». En fait d'alternative, la Convergence a semblé manqué d'inspiration. Mais son «président» Gérard Gourgue, pour sa part, a spéculé sur un programme dont la teneur n'a pu être divulguée, puisqu'il s'est contenté de se référer à la moralité qui en serait la base. «Notre programme, c'est la lutte contre l'insécurité, contre toutes les formes de malversations, contre toutes les formes de corruption, c'est ça le programme essentiel qui est un programme moral d'abord; parce que lorsqu'on n'a pas de moralité, on n'a pas de profil politique» a-t-il déclaré. Cependant il lui aurait été difficile sinon impossible de trouver des modèles de moralité parmi ses pairs qui se succédaient à la tribune. 

Arrivait Victor Benoit du Konakom qui, après les critiques d'usage contre le pouvoir Lavalas, a finalement présenté les quatre points sur lesquels les partis regroupés au sein de la Convergence se seraient entendus pour asseoir leur «alternative»:

1. rétablir l'ordre dans le pays;
2. soulager la misère du peuple;
3. organiser des élections honnêtes et crédibles;
4. négocier avec les bailleurs de fonds internationaux dans le cadre des préparatifs de 2004.

Il faut avouer que c'est assez mince et maigre comme programme, comme résultat des cogitations des leaders des 15 partis formant la Convergence, et comme Fanmi Lavalas au pouvoir qui ne dit pas moins ni mieux. Car Benoît ne dit pas non plus comment lui et ses pairs comptent arriver à ces objectifs. Et sur le dernier point, comment compte-t-il les réaliser quand lui et tout son groupe sont les jouets de la communauté internationale et des bailleurs de fonds qui patronnent leur «opposition»? 

Rappelons que l'un des partis membres de la Convergence, l'OPL de Gérard Pierre-Charles, a déjà détenu les leviers du pouvoir avec le Premier ministre Rosny Smarth, dont l'énoncé de politique générale ne présentait rien de bien particulier et faisait explicitement siens les plans de ces mêmes «bailleurs de fonds». Quant à Evans Paul de la KID n'avait-il pas été maire de la capitale, d'une mairie qu'il laissait vide de tout mobilier et équipement à son départ du poste! D'une alternative à partir de ces antécédents, à partir de ce «programme» et surtout à partir des intérêts auxquels sont soumis les leaders de la Convergence, on n'en voit pas, et ses «proposeurs» n'arrivent même pas à la formuler... 

Et du côté du pouvoir, comment ont-ils pris cette nouvelle offensive de leurs adversaires? De façon assez sereine puisque, d'un côté comme de l'autre, il n'existe pas de véritable contradiction, et à la limite ils seraient interchangeables, puisque l'essentiel se résume pour eux en une lutte pour détenir le pouvoir formel avec les privilèges et avantages divers qui l'accompagnent, tout en faisant obstacle nécessairement à une véritable alternative populaire au service des masses haïtiennes. Yvon Neptune, le nouveau Premier ministre et toujours, croit-on, porte-parole de fait du Parti Fanmi Lavalas, exprimait d'ailleurs la veille de ce rassemblement de la Convergence cette idée de partage du «gâteau» qui est au centre de la lutte entre Fanmi Lavalas et la Convergence: «Nous continuons à les inviter à venir travailler à n'importe quel niveau, disait Neptune au micro de Radio Métropole le 21 mars, (...) pour continuer le dialogue (...) De notre côté nous prenons des dispositions pour créer des fonctions pour tous ceux qui veulent participer au dialogue avec nous (...) Le chef de l'État a déjà fait la déclaration, moi aussi quand j'étais au Parlement je l'avais dit, les portes du gouvernement ne sont pas fermées (...) De la même façon que 7 sénateurs ont fait le sacrifice de donner leur démission (...), de la même façon il y a des ministres du gouvernement qui sont prêts à faire le sacrifice de laisser leurs postes aux membres de l'opposition, même à la Convergence.» Il ne pouvait se montrer plus clair sur l'opposition réelle qui pourrait exister entre lui et ses concurrents. Sa seule réserve, il l'indiquait à la suite du meeting de Pont-Morin, après s'être «réjoui de son bon déroulement»: ....«Comme c'est un combat politique, il est tout à fait normal qu'un secteur politique dise qu'il a une alternative à offrir, toutes les fois que l'alternative reste en harmonie avec la Constitution qui dit par quelle façon il faut réellement mettre une alternative par rapport à un gouvernement établi (...) Nous devons organiser des élections avant longtemps, en novembre 2002 ou sinon dans les premiers six mois de l'année 2003.»

Remarquons en passant à quel point les dirigeants sont prêts à brandir la Constitution dans l'abstrait tandis qu'ils ne s'embarrassent pas de scrupules pou la violer avec l'expropriation des paysans, sans aucun débat au Parlement pour l'établissement de zones franches et pour disposer des entreprises publiques au profit des «bailleurs de fonds». Dans son «alternative», la Convergence Démocratique ne conteste point non plus le «sacrifice», suivant le mot de Neptune, des intérêts du pays. Les deux démarches ont un grand point commun: l'absence des intérêts populaires. Et le moment n'est pas loin où ces deux partenaires n'arriveront plus à mobiliser l'attention sur leurs querelles byzantines pour que le mouvement populaire arrive à se rassembler pour offrir une véritable alternative, comme le préconise incessamment le Parti populaire national (PPN). 

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