Haïti Progrès
Le journal qui offre une alternative
PIATRE: 12 MARS 1990 - 12 MARS 2002 
Pas de répit dans la mobilisation 
contre l'impunité

Sombre histoire, crime horrible commis avec préméditation par des grands dons avec l'appui de l'ex-armée d'Haïti depuis le 12 mars 1990, et dont la justice ne semble pas vouloir s'en occuper jusqu'à présent. Les preuves sont encore toutes fraîches, les criminels identifiables et identifiés et les témoins sont prêts et veulent se faire entendre par les autorités judiciaires. Mais tout reste en l'état. 

Mais les petits paysans de Piatre n'ont pas oublié cette journée du 12 mars 1990 où les grands dons en tenue sport accompagnés de leurs cerbères et d'un contingent de l'armée d'Haïti dirigé par des officiers ont perpétré ce massacre tuant onze paysans, faisant une cinquantaine de blessés et de handicapés à vie, détruisant plus de trente carreaux de cultures, pillant et incendiant 375 maisons et maisonnettes, etc. 

À l'occasion de ce douzième anniversaire du massacre, la Fondation 30 septembre de concert avec l'Association Tèt Kole ti Peyizan Pyat ont organisé une manifestation à Montrouis en ce mardi où de partout sont venus des délégations pour se solidariser avec les victimes de Piatre. De la capitale, très tôt des autobus bondés prenaient la route vers le Bas Artibonite, vers Montrouis non loin de la ville de Saint-Marc, emmenant des représentants des victimes du massacre perpétré à l'église Saint-Jean Bosco en 1987, de Cité Soleil où le Fraph de Emmanuel Toto Constant durant le coup d'État avait multiplié meurtres et incendies; de Jean-Rabel dans le Nord-Ouest, de Raboteau aux Gonaïves affluaient d'autres gens, etc. Ils étaient donc plus de cinq cents manifestants à se retrouver devant l'église de Montrouis pour réclamer justice et défiler en criant et en chantant «Vive la justice, A bas l'impunité», «Olivier Nadal doit rendre des comptes pour le sang des paysans de Piatre», «Nous demandons l'extradition d'Olivier Nadal» (des Etats-Unis), etc., en marchant jusqu'à atteindre le carrefour de Piatre.
 

Le massacre.Peu de jours auparavant, un des membres de l'Association des petits paysans de Piatre reprenait pour nous les événements qui ont endeuillé cette localité. «Au cours de l'année 1986, nous disait ce témoin, après le départ de Jean-Claude Duvalier, nous petits paysans de Piatre, nous faisions des efforts pour faire passer nos revendications, dont l'objectif était d'avoir à nous une petite portion de terre, cette terre pour laquelle nos ancêtres sont morts. Le grand don Olivier Nadal et la famille Denizard, spécialement Gardy Denizard s'en étaient emparé. Eh bien après tout le va-et-vient que nous avions fait au tribunal civil de Saint-Marc, du 24 mars 1986 à mai 1986, nous avions obtenu l'autorisation pour procéder à l'arpentage du terrain. Le commissaire Lazard Volcy nous avait autorisés à procéder à l'arpentage, mais ce même commissaire arrivait avec des soldats de la caserne de Saint-Marc armés jusqu'aux dents, y compris capitaine, lieutenants, caporal, simples soldats pour interrompre l'arpentage. Ils ont procédé manu militari. Après tout ce va-et-vient au tribunal de Saint-Marc, comme résultat donc, les grands dons Olivier Nadal et Denizard, l'armée de Saint-Marc nous ont massacrés. On a identifié les criminels qui sont: Gardy Denizard, Jean Nau, Pressoir Providence, Masenon Étienne, Innocent Pierre-Charles, Jérôme Charles, Loramène Bernard, Fernand, le lieutenant Bazile, le lieutenant Saint-Arnaud, le soldat Jean-Robert Eltiné, le capitaine Joseph Mérard et le colonel Henri Marc Charles en tant que cerveau de l'armée. Ce jour-là toute la famille Nadal était venue à Piatre vêtue de maillots sur lesquels était écrit «Carnation, et ils criaient: ...À bas les gens de Piatre, vive les grands dons Olivier Nadal et Denizard'. Olivier Nadal est l'auteur du massacre perpétré contre les petits paysans de Piatre. Onze de ces derniers ont été tués tels: Boulit, Samil, Ti Paul, Serela, Jean Rénel, Volmir, etc.; plus d'une cinquantaine de blessés et d'estropiés, plus de 30 carreaux de terres de cultures brûlées, ravagées, 375 maisons pillées et incendiées au ras du sol, plusieurs centaines de têtes de bétail tuées par les balles, les grenades, à la baïonnette par les soldats de l'armée. Les petits paysans de Piatre n'ont jamais cessé de réclamer justice et ne cesseront de demander l,arrestation des assassins, d'Olivier Nadal. 12 mars 1990 - 12 mars 2002, la justice continue à traîner les pieds, l'impunité continue à prospérer, les victimes se morfondent. Le dossier est entre les mains du cabinet d'instruction du tribunal de première instance de Saint-Marc. C'est le juge Henry Kesnel Noël qui est en charge de l'enquête. Les victimes ont commencé à 

déposer, il ya trois petits poissons dans la nasse, il y a un paquet d'autres en liberté et qui menacent et qui veulent intimider les victimes. Il y a d'autres assassins comme Olivier Nadal qui ont eu le temps de quitter le pays. Mais notre revendication, c'est que ce procès doit se tenir en cette année 2002, et c'est chose possible si le ministre de la Justice donne au tribunal de Saint-Marc tous les moyens nécessaires pour mener l'enquête»...

Par ailleurs, le juge instructeur, Henry Kesner Noël, responsable de l'instruction du massacre dénonce l'absence de tout moyen pour poursuivre l'enquête. «Toutes les demandes effectuées auprès des responsables du ministère de la Justice pour tenter de relancer l'enquête sur le massacre de Piatre sont vaines», a-t-il indiqué. L'avocat des victimes, maître Mario Joseph opine la même chose et accuse le ministre de la Justice Garry Lissade d'être le principal élément de blocage des enquêtes que mène le cabinet d'instruction. «Les victimes ne reçoivent aucune invitation du cabinet d'instruction du tribunal de première instance de St-Marc parce que les huissiers n'ont pas les moyens nécessaires pour acheminer les mandats... Je pense que le ministre de la Justice n'a pas de volonté manifeste dans le cadre de ce dossier; il est en train de gérer l'impunité.»
 

Encore une fois, le combat s'annonce tout aussi difficile dans ce cas comme dans les précédents. Mais les victimes n'abandonneront pas cette lutte pour la justice, car ils savent bien que le jugement des criminels est le meilleur moyen d'éviter que l'impunité s'impose en norme et que des massacres et meurtres, assassinats se poursuivent dans le pays. Malheureusement il semble que toutes les instances gouvernementales s'entêtent à dresser des obstacles plutôt qu'autrement. La loi n'est toujours pas égale pour tous. Loin de là. Il y en a même ceux qui tirent gloire de défier la justice quand quelque magistrat le moindrement intègre voudrait en dépit de tout accomplir sa tâche. Ils en arrivent même à se vanter et de jouir de la plus absolue impunité grâce à l'attitude complaisante de ceux qui ont l'obligation de donner l'exemple. 

Des engagements solennels à rendre justice sont restés lettre morte, car dans tous les cas, des massacres du coup d'État à l'assassinat de Jean Dominique la politique a été d'éviter des jugements exemplaires où les véritables auteurs de tant de crimes horribles de lèse-humanité devraient venir rendre compte sur le banc des accusés. 

Comment pourrait-il en être autrement si, même lors du départ des Duvalier, certains au nom d'un pacte de gouvernabilité n'avaient rien de plus pressant que de tourner la page, quand ils ne trouvaient pas eux-mêmes des motifs pour absoudre les bourreaux. C'est le cas de la majorité des actuels dirigeants des partis traditionnels qui auparavant étaient poursuivis, mis hors la loi et dont leurs compagnons militants furent emprisonnés et assassinés par les militaires et les sbires de la tyrannie. 

Sans le moindre respect pour des vies humaines et les principes éthiques sur lesquels ils disent articuler leur comportement et leur projet de changement social, d'anciens persécutés se transforment en complices et protecteurs des plus sinistres personnages. Se référant à une fausse légitimité supposément gagnée dans la lutte contre la tyrannie ils s'entourent d'un halo protecteur qui les immunise contre les critiques pour leur lâcheté. Ils répondent avec indignation et prétendent disqualifier ceux qui voudraient voir s'accomplir la loi et la justice, traitant d'idéalistes et de déstabilisateurs ceux qui ont lutté pour la démocratie sans réclamer aucune charge publique comme récompense ou paiement pour «services rendus». Ce sont ces pitoyables comportements qui favorisent l'impunité et avalisent cette attitude de mépris envers l'action judiciaire et les institutions démocratiques. Mais ils ne parviendront point à stopper la soif de justice du peuple haïtien, comme la mobilisation des petits paysans de Piatre vient encore de le montrer, et comme la continuelle mobilisation pour que justice soit faite pour Jean Dominique et Jean-Claude Louissaint le prouve quotidiennement.

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