| Cité
Soleil, «ville sans loi»
Les affrontements entre gangs des différents quartiers de Cité
Soleil seraient devenus permanents, si on se fie à ce qu'y s'y passe
depuis près de deux mois. Auparavant on assistait certes à
des conflits épisodiques, mais ils étaient régulièrement
suivis d'une période de calme relatif.
Conflits armés entre gangs, meurtres, insécurité,
viols, vols, banditisme à outrance; et les résidents, - pas
loin d'un million d'âmes dans cet immense bidonville - qui sont obligés
de subir sans coup férir cette situation sans espoir de la voir
changer. Le bilan est pourtant terriblement alarmant et lourd. Cela fait
près de deux mois environ que la vie est paralysée dans la
Cité. Toutes les activités sont arrêtées: écoles,
églises, commerce, transport, etc. Bien que les responsables de
la police disent être très préoccupés, suivant
les dires de Jeannot François, directeur de la police judiciaire,
on ne voit pas ce qu'ils font réellement tandis que les choses ne
font qu'empirer.
«Le dossier de Cité Soleil est très
sensible, disait-il, cela fait longtemps que nous tâchons
de le traiter. Nous avons également arrêté près
de 11 membres parmi les bandes armées impliqués dans des
actes de kidnapping.» Cette dernière question ne concerne
point directement Cité Soleil et la guerre ouverte qu'y s'y déroule
quotidiennement.
On se demande bien quel serait l'intérêt des autorités
à ne rien faire et à garder en plus un silence inquiétant,
complice aux yeux de la population qui est sans recours et aux abois en
sus de la pauvreté et de la misère dont elle est déjà
la proie. À chaque évolution de la situation les responsables
de la police annoncent toujours un plan dont on ne voit jamais l'exécution:
«Nous sommes conscients du problème posé par ce phénomène
et nous travaillons ardemment à en venir à bout» à
lâché M. Jeannot François. Mais la population est lasse,
et ceux qui le peuvent, ils ne sont pas nombreux,- choisissent d'aller
se réfugier ailleurs (Croix-des-bouquets, Tabarre, Delmas et Carrefour,
etc) où ils finiront par faire face aux mêmes problèmes,
puisqu'ils y seront tout autant livrés à eux-mêmes,
dans les mêmes conditions. Les habitants font bien appel aux autorités
à intervenir, mais ils n'y croient plus: «Il faut remarquer
que ces actes sont bien planifiés. Ces bandits prennent conscience
de plus en plus qu'ils sont maîtres de la situation. S'ils peuvent
avoir un plan pour imposer leur terreur, c'est à cause de l'irresponsabilité
des autorités de la police et particulièrement la présidence.
Nous notons une irresponsabilité de la part du président
Aristide (...) Nous autres qui ne sommes pas armés avons aussi voté
pour lui.»
Selon le voeu du président Aristide Cité Soleil doit de
quartier qu'elle est actuellement être élevée au rang
de collectivité territoriale à titre de commune, il est donc
de son devoir d'intervenir et d'agir d'après les habitants qui s'interrogent:
«Où sont les autorités, où sont les policiers,
car jusqu'à présent les bandits craignent la police, ils
ne veulent pas l'affronter en face. Il faut que le chef de l'Etat se prononce
ou du moins s'il veut nous faire quitter la Cité qu'il nous le dise
formellement sur les ondes. S'il ne peut rien faire pour nous qu'il nous
le dise aussi et nous saurons quoi faire.»
Pourtant depuis ces derniers temps le conflit semble dépasser
le simple fait d'une querelle entre bandes armées qui veulent se
venger les unes contre les autres ou assurer leur hégémonie
sur ce «territoire». Ce conflit reflète de jour en jour
le caractère d'un banditisme organisé et planifié.
Les chauffeurs de trafic public qui empruntent ce trajet se font arrêter
pour verser un tribut entre 500 et 750 gourdes. Ceux qui ne peuvent payer
sont brutalisés ou même tués. Les passants aussi ou
les résidents, qui veulent sortir du bidonville pour vaquer à
leurs occupations quotidiennes sont régulièrement rançonnés.
A qui donc profile tout cela? La police a-t-elle véritablement
la volonté ou un plan pour résoudre ce problème? Comment
expliquer que les bandits trafiquent aussi visiblement à l'intérieur
de la Cité. Pourquoi enfin ce silence des autorités?
D'un autre côté, les membres du groupe armée de
Boston se disent prêts à collaborer avec la police pour finir
avec ceux de Brooklyn, Soleil 4 et 9, qu'ils qualifient de «gangsters».
Bien sûr les conditions économiques ne sont pas favorables
dans la recherche d'une solution, mais les autorités en cherchent-elles
vraiment une? |