L'EDH
tue!
C'était la désolation
à Carrefour-Feuilles près de la ruelle Tunnel,
au début de la soirée, le jeudi 7 février, quand un
câble à haute tension s'est rompue pour tomber au milieu du
marché public où des petites marchandes s'affairaient encore.
Sur le sol, la mare de boue et d'eau allait faire le reste pour conduire
le courant et électrocuter une quinzaine de personnes. Onze d'entre
elles périssaient sur le coup, neuf femmes et deux hommes, et trois
parmi celles transportées à l'Hôpital général
y rendaient l'âme. Les défunts qui ont pu être identifiés
répondent aux noms de: Simon, Timana Pierre, Bénito Augustin,
Mme Vincent, Avelicia, Yvrose Luzon, Julienne Benjamin, Florence Joseph,
Pavius Simon, Yvon Balthazar et Mme Jean Pierre Hérold.
Il aura fallu attendre trois heures de temps pour voir arriver des ambulances
précédées de quelques agents de la police. Un spectacle
affreux les attendait, des corps carbonisés gisant dans la boue.
Il y avait aussi cette femme enceinte étendue, avec les habits complètement
brûlés et dont on voyait encore l'enfant qui s'agitait dans
son ventre...
«Ce que vous voyez là est un câble électrique
de haute tension, il s'est rompu parce qu'il était déjà
trop usé. Ce qui est arrivé à ces personnes qui sont
mortes pourraient arriver à n'importe qui à tout moment.
La seule chose est que l'Etat ne prend jamais ses responsabilités
envers la population... Nous voulons que l'Etat fasse transférer
ce marché au haut de la zone, là où se situe le terrain
Marie-Louise. Il faut que l'Etat prenne ses responsabilités»,
nous déclare un témoin. Cela devrait-il servir à faire
bouger les autorités, comme le souhaitent les usagers qui disaient:
«Il faut faire transférer ce marché et prendre en
considération le cas des parents de toutes les personnes victimes
parce qu'il s'agit d'un service, d'un organisme de l'Etat qui n'a pas pris
ses responsabilités et qui a causé la mort à toutes
ces personnes. Nous demandons au président Aristide d'envoyer au
plus vite une délégation sinon la zone sera totalement bloquée
et ce sera sans violence... Si l'Etat faisait bien son travail tout
cela ne serait pas arrivé. Les dirigeants construisent des routes
qui ne tiennent pas au-delà de trois mois, ils installent des câbles
électriques de haute tension déjà trop usés.
Vous appliquez pour avoir un appareil de téléphone chez vous,
après dix ans vous n'avez toujours pas de résultat. Il fut
un temps on vivait dans un pays mais maintenant ce n'est plus un pays et
on ne vit pas. Il faut que ce gouvernement puisse déterminer les
responsabilités dans cette affaire et que les personnes coupables
soient jugées et condamnées.»
Ce câble de haute tension s'était déjà rompue
en deux fois, causant la première fois la mort de deux chiens et
la seconde, celle de deux porcs. La chance aurait souri en ces deux occasions
aux personnes présentes sur les lieux, mais ces incidents n'auraient
pas suffi à attirer l'attention ou à secouer la torpeur et
l'indifférence des dirigeants de l'EDH. Leurs techniciens s'étaient
à chaque fois contentés de venir rapiécer les câbles
défectueux, en attendant la prochaine défaillance, dont cette
troisième qui a été fatale pour quatorze citoyennes
et citoyens. Les autorités vont-elles tenir compte de cet événement?
On en doute car bien vite la page semble avoir été tournée
et on n'en parlait déjà plus, puisque trois jours plus tard,
c'était le carnaval... à nouveau. |