Haïti Progrès
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Plus qu'un Coup d'éclat:
Une Tentative d'assassinat du chef de l'État!L'attaque perpétréecontre le Palais national dans la nuit du dimanche au lundi 17 décembre n'a pas de quoi réellement surprendre, elle s'inscrit dans la campagne systématique de déstabilisation entreprise par l'opposition représentée principalement par la Convergence Démocratique et ses alliés tant extérieurs qu'intérieurs. C'est en quelque sorte pour le moment la culmination de cette quinzaine d'agitations entretenues, par cette alliance mise en place par l'extrême droite internationale, surtout depuis l'assassinat du journaliste Brignol Lindor à Petit-Goâve, pour réduire à néant le régime Lavalas.
L'opération militaire en elle-même effectuée par les assaillants ressemble comme deux gouttes d'eau à celle que menait ce groupe à partir de la République dominicaine le 28 juillet dernier contre l'Académie de la police nationale et trois autres commissariats, dont l'un situé sur le trajet vers la frontière. D'ailleurs c'est en République dominicaine que les fuyards se rendaient alors, et où ils ont officiellement obtenu un permis de séjour avec la recommandation expresse de «s'abstenir de toute activité politique» qu'exprimait alors le chancelier dominicain Hugo Tolentino Dipp. Un des meneurs de ce tout récent coup de force ne serait nul autre, si l'on en croit divers officiels haïtiens dont le porte-parole de la Présidence, que l'ex-militaire Guy Philippe devenu par la suite commissaire principal de la police du Cap-Haïtien, pour se réfugier depuis l'année dernière en République dominicaine, puis en Équateur et à nouveau en République dominicaine, après avoir été accusé de sédition par l'ex-président René Préval. Une accusation que ses activités postérieures allaient montrer qu'elle était bien fondée. Vinrent les attaques du 28 juillet 2001 où il trempait jusqu'au cou. Mais ce coup-ci, Philippe aurait téléphoné «de la République dominicaine» pour nier sa participation aux événements au correspondant de l'Agence France Presse qui semble bien connecté à l'heure actuelle à ce milieu (voir notre article au bas de la page couverture). Un démenti qui n'est point décisif, puisque le putschiste aurait eu amplement le temps de regagner la République dominicaine qui n'est qu'à une heure de route de la capitale haïtienne. Car de son côté, dans une entrevue avec le quotidien Hoy, le chargé d'Affaires à l'ambassade d'Haïti à Santo Domingo, Edwin Paraison déclarait le lundi 17 décembre qu' «on n'avait pas pu apporter de précision à savoir si l'ex-militaire était parti de la République dominicaine pour se rendre en Haïti... Il était en Équateur, mais des informations des services d'intelligence nous apprennent qu'il se trouvait en République dominicaine depuis la semaine dernière» (Hoy, Santo Domingo, 18-12-01). Et le fonctionnaire d'indiquer en outre que «s'il n'avait pas d'information précise concernant ceux qui avaient organisé l'attaque et y avaient participé, il est un fait qu'il s'agit d'ex-militaires ou d'ex-policiers qui vivent hors d'Haïti» (Hoy, id.).
Cette fois-ci, comme s'ils voulaient montrer leur force ou atteindre un objectif plus ambitieux, les comploteurs ne s'en sont pas pris à des commissariats, ils ont directement lancé l'assaut contre le Palais national. Vers les 2 heures du matin, à l'aube de ce lundi 17 décembre, les habitants de la capitale ont été réveillés par d'intenses et incessantes fusillades à l'arme automatique de fort calibre et autres en provenance du secteur du Palais national. Il ne pouvait s'agir d'un simple affrontement ni d'une des actions habituelles de quelques audacieux zenglendos, vu la durée et la fréquence des tirs. En effet, comme il sera rapidement établi, un groupe d'individus fortement armés avaient pénétré à l'intérieur même du Palais national sans rencontrer de véritable résistance, et en lançant une grenade dans la porte principale. D'ailleurs les deux policiers tués de balles à la tête par les assassins ont été trouvés dans le véhicule où ils étaient stationnés devant l'édifice du Panthéon national situé en face du Palais. Auparavant ils avaient mitraillé le bâtiment voisin du Pénitencier national dont les défenseurs disent les avoir repoussés. On croit plutôt qu'il s'agissait d'une action de diversion de la part des bandits qui devaient être au nombre de plus d'une vingtaine montés dans au moins deux véhicules pick-up et une jeep, suivant les témoins. Assez rapidement les unités spéciales de la Police nationale avaient encerclé le Palais national et échangeaient des tirs avec les assaillants retranchés. Le peuple alerté était accouru pour prêter main forte, et recevait la consigne d'ériger des barricades pour empêcher la fuite des bandits ou l'arrivée des renforts d'autres complices aux aguets.
Pendant au moins quatre à cinq heures, les assaillants ont eu le contrôle du Palais présidentiel jusqu'à ce qu'ils aient décidé de vider les lieux. Ils étaient vêtus de l'uniforme de l'ancienne armée d'Haïti. Le chef de l'Unité de sécurité présidentielle (USP) Jean Oriol a relaté ainsi les événements : «Aux environs de deux heures du matin, un commando armé monté à bord de deux pick-up a fait irruption dans la cour du Palais. Ces messieurs sont entrés en tirant, et nos agents qui montaient la garde ont déployé la stratégie habituelle, à savoir se replier afin de les mettre plus tard en déroute. À peine touché de la situation, j'ai informé le chef de l'État qui m'a demandé de prendre toutes les dispositions nécessaires pour mettre l'ennemi en déroute. Ce qui a été fait immédiatement. Dans les échanges de tirs, les assaillants ont quitté le palais, et, parmi eux - je vais visiter avec vous - vous verrez un qui est mort, il est habillé en tenue de camouflage des Léopards (le corps anti-guérilla de l'armée des Duvalier) avec une série de documents que nous avons trouvés entre ses mains.»
Selon le porte-parole de la Police nationale, Jean Daddy Siméon, deux policiers haïtiens ont été tués, comme nous l'indiquons ci-dessus, et six autres blessés. Les policiers assassinés répondent aux noms de François Théogène et Jean Eustache Romain, et parmi les blessés on compte: Jacques Duke, Crisnord Bell, Ednor Mérisette, Richard Dieugrand et le commissaire principal de l'USP Anthony Nazaine. Du côté des assaillants, on a enregistré un mort du nom de Pérez ainsi connu, et un blessé, Pierre Richardson qui a été capturé non loin du lieu nommé Morne-Cabri alors qu'il se dirigeait vers la frontière. Ce dernier, un natif d'Haïti âgé de 35 ans, conduisait, quand il a été blessé au pied et rattrappé, une camionnette pick-up immatriculée au numéro IS2555 et était en possession d'une mitraillette M-50. Au Palais, les membres du commando ont utilisé le système interne de communication radio pour parler entre eux, quelques-uns en créole, d'autres en espagnol ou en anglais. Au cours de leurs conversations qui étaient suivies sur la même fréquence par les policiers haïtiens, ils ont identifié leur chef comme étant Guy Philippe, a dit un officiel du gouvernement. Dans leur fuite du Palais national vers les cinq heures du matin en s'engouffrant dans une voiture, certains membres du commando ont tué au passage deux personnes et blessé d'autres en tirant des rafales pour forcer les barrages entravant leur course sur la route de Tabarre et sur la Nationale # 4 menant à la frontière dominicaine qu'ils ont traversée à pied du côté de Malpasse-Jimaní, après s'être débarrassés de leurs uniformes et du véhicule. On peut comprendre comment plusieurs ont pu s'échapper en vêtements civils pour se dissimuler parmi la foule rassemblée autour du Palais national. Comme les journalistes ont pu le constater, celui qui a été tué portait bien des vêtements civils sous son uniforme de Léopard.
Cette journée allait connaître bien d'autres rebondissements, car le peuple ne compte plus vivre une autre période de coup d'État, comme la foule le criait à l'unisson: «Nou pap aksepte yon lót koudeta!». La mobilisation a pris une ampleur inimaginable partout à travers la capitale, dans les environs, et dans les grandes villes de province. Des multitudes armées de vieux pistolets, de fusils 12, de piques, de couteaux et de bâtons ont pris respectivement la direction des sièges de ceux qu'ils rendent responsables de cette situation, et en dépit des appels au calme du ministre de l'Information Guy Paul, ce peuple en proie à une détresse économique sans pareil ne peut plus supporter que des individus dans leur soif du pouvoir et de ses prébendes, et au service de l'étranger, fassent passer au second plan ses revendications pour une vie plus digne et pour la justice sociale.
Ainsi ils étaient plus de cinq mille au Pont-Morin pour incendier le siège de la Convergence Démocratique, puis ils se sont tournés vers ceux du Conacom, du KID, de l'ALAH qui ont subi le même sort; les bureaux provisoires de l'Institut français ont été saccagés pour le rôle que joue la France dans l'étranglement du pays à travers son zouave Serge Gilles, dirigeant du Panpra/Convergence. Aux Gonaïves deux personnes ont été tuées dans l'incendie de la maison du leader du Mocrenah, le pasteur Luc Mésadieu. Au Cap-Haïtien, une dizaine de victimes, la plupart des blessés, sont aussi à déplorer. La résidence privée du chef de l'OPL/Convergence, située au Morne Hercules à la limite de Pétionville, a été attaquée et ses gardiens ont fait usage d'un véritable arsenal pour tenir la foule à distance. À noter par ailleurs qu'à part le siège du Mocrenah aux Gonaïves, les autres quartiers généraux des leaders de la Convergence étaient pratiquement déserts ce jour-là fort heureusement. D'ailleurs ils étaient quasiment tous absents du pays et, certains avaient trouvé une bonne raison pour cela, tel le dirigeant de l'OPL Gérard Pierre-Charles qui assistait à Miami, en Floride à une conférence de partis latino-américains convoquée opportunément par l'OEA.
Le calme semble être revenu par ailleurs et on peut remarquer que des compagnies aériennes qui avaient annulé leurs vols ce lundi ont repris le service le lendemain mardi 18 décembre vers Haïti. Mais «tout n'est pas terminé» comme l'a justement fait remarquer le président Aristide. L'enquête devra se poursuivre en effet cette fois, malgré les pressions qui ne manqueront pas d'être exercées pour éviter que le pot aux roses soit totalement découvert. Les assaillants de leur côté jouissaient de grandes complicités et avaient un but bien précis qui était sinon de tuer le président Aristide mais de se saisir de sa personne. Ils se sont d'ailleurs dirigés dès leur entrée au Palais dans l'aile abritant les appartements du chef de l'État. Celui-ci qui y était la veille dans la soirée avait déjà regagné sa résidence privée à Tabarre. Il semble aussi que les services de renseignements de la PNH avaient eu vent de cette nouvelle tentative, contre laquelle ils s'étaient préparés, du moins mieux que pour celle du 28 juillet dernier. Raison de plus pour que face à une situation aussi grave les services de sécurité se montrent plus efficaces. Ainsi que le faisait remarquer le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy, qui a critiqué la performance de la Police nationale (PNH) cette nuit-là. Elle n'a pu reprendre le contrôle du Palais qu'après le départ des assaillants qui y sont restés environ de 3 à 4 longues heures. D'ailleurs ils n'entendaient pas y demeurer puisque leur objectif c'était l'assassinat du président Aristide, a dit Ben Dupuy. Presque tous sont repartis relativement avec autant de facilité qu'ils étaient venus. Et leur échec dans ces circonstances n'est que partiel, puisque leurs alliés civils avaient prévu, advenant un tel cas, d'utiliser l'action gouvernementale et la réaction populaire pour monter un tapage et crier à la persécution.
Pour sa part l'ambassadeur dominicain en Haïti, Alberto Despradel Cabral a eu une position très ouverte et très amène face à cette situation où on ne pouvait que constater encore une fois les assaillants étaient venus de et étaient retournés en République dominicaine. Loin de s'esquiver il s'est estimé satisfait que les autorités haïtiennes aient repris le contrôle de la situation et a indiqué à la presse de son pays que «les rues étaient pleines de manifestants exprimant leur appui au président Aristide» (Hoy, 18-12-01). De même qu'à la presse haïtienne il a fait valoir que «la République dominicaine n'avait pas de problème avec la légitimité, avec le gouvernement haïtien présidé par le président Aristide. Alors, c'est -à dire, s'il y a des personnes qui ont attaqué le Palais national, ce sont des personnes qui ont agi en marge de la légalité haïtienne. Mais nous n'avons rien à voir ...au contraire». On ne peut mettre en doute sa bonne fois, sauf qu'il n'est pas dans ses fonctions de révéler que la hiérarchie militaire dominicaine peut avoir un agenda tout à fait indépendant du gouvernement dominicain qui n'y peut rien. L'armée dominicaine, comme nous l'avons vu précédemment a traité avec beaucoup de soins les putschistes réfugiés chez lui, et qui servent sa mission de fournir une base arrière aux «contras» haïtiens tandis qu'à l'intérieur la Convergence Démocratique sert d'avant-garde politique, à l'exemple de l'UNO au Nicaragua auparavant, à l'intérieur même du pays. ..