Haïti Progrès
Le journal qui offre une alternative
La Convergence échafaude un «montage»

La «communauté internationale» a bien entendu, comme le veulent les «bonnes manières» condamné, après son échec, le coup de force du 17 septembre. Washington par le biais du porte-parole du Département d'État Richard Boucher apporté dans l'après-midi même son «appui au gouvernement légitime d'Aristide» et réitéré son engagement envers «la consolidation d'une véritable démocratie» dans le pays. On aura remarqué cependant la sibylline introduction de «véritable» avant démocratie. La France s'est même montrée encore plus cavalière en faisant de sa condamnation du «coup» un simple appendice à toute une tirade mettant agresseurs et agressés (le gouvernement) dans le même bateau, dans une note disant: «La France demande à tous les Haïtiens de faire montre de la plus grande retenue pour éviter l'effusion de sang... La sécurité de tout le monde devrait être assuré en Haïti... La France appelle les autorités haïtiennes à assumer la responsabilité de protéger les vies et les biens.» Condamnant aussi par le secrétaire général de l'OEA César Gaviria qui a lancé un appel «à tous les Haïtiens de s'abstenir d'actes d'agression mutuels» et a souligné «la nécessité d'assurer un climat démocratique en Haïti dans le processus d'achèvement de l'accord patronné par l'OEA entre Fanmi Lavalas et la Convergence... Le gouvernement et le peuple d'Haïti doivent pouvoir arriver à une solution politique de consensus pour stabiliser le pays et faciliter un développement pacifique, économique et social.» Quand est-ce que Gaviria a-t-il déjà demandé son avis au peuple? Et il n'est pas piqué des vers dans cette circonstance où la vie du président haïtien a été mis en danger pour tenter de mettre les deux adversaires dans le même plateau.

Et ce n'était là qu'une entrée en matière, car tout semblait prêt pour lancer que ce soit dans l'éventualité d'une réussite du coup ou dans celle de son échec, un assaut médiatique contre le régime Lavalas. Si une des stations françaises de la télévision de Radio Canada se donnait la peine d'interroger à Montréal des gens ordinaires de la diaspora haïtienne locale qui, lavalassiens ou pas condamnaient cette nouvelle tentative de coup d'État, les politicards traditionnels ameutaient tous leurs contacts dans les médias. Et face à ce désaveu, les alliés de la Convergence à l'unisson et d'un commun accord, d'est en ouest, imaginaient d'une façon ou d'une autre un moyen pour faire croire que ces sanglants événements en Haïti n'étaient rien d'autre qu'un «montage» de la part du régime Lavalas pour faire la chasse à l'opposition. Paul Denis de l'OPL/Convergence sombrait dans la grossièreté la plus totale pour déclarer que la Convergence «n'est au courant de rien de l'attaque et qu'il s'agit d'un nouveau montage pour accélérer la répression contre ses partenaires et lui et qu'on avait «lâché les chiens contre la Convergence». En fait quand nous disons qu'ils s'étaient donné le mot, on ne se trompe guère. Car le chef militaire de l'opération contre le Palais national, appelant après les événements différentes agences de presse pour tenter de démentir toute implication dans le complot, donnait en quelque sorte le mot d'ordre qui allait être repris par les différents chefs de la Convergence. Ainsi Philippe racontait que «c'était une mise en scène pour avoir un prétexte d'attaquer l'opposition». C'est textuellement ce qu'a dit Gérard Pierre-Charles en termes sans doute plus «intellectuels» dans son interview au journal El Nacional (voir page 6), disant entre autres: «Parmi les multiples rumeurs de coup qu'il y a eu en Haïti au cours des dernières semaines, c'est évident que le gouvernement a fait son propre coup, et avec cela ils avaient le bon prétexte qu'il cherchait depuis longtemps pour attaquer la Convergence.» Pourtant le Pouvoir n'aurait point besoin d'un nouveau prétexte, puisque la Convergence n'arrête pas de se plaindre depuis longtemps de la persécution dont fait l'objet ses membres. C'est même l'un des prétextes favoris de cette clique pour dire qu'ils ne peuvent pas poursuivre les négociations avec le régime Lavalas. Devant la lourdeur des arguments mis de l'avant pour tenter d'étayer ce «montage» incroyable. Même que l'un des défenseurs de cette affaire, interrogé par le journal La Presse de Montréal a cru pouvoir crier «Euréka!» en «révélant» que «les auteurs du coup de force semblent venus de l'étranger, alors que ce sont les opposants légitimes de l'intérieur, organisations politiques, dirigeants et médias indépendants qui ont écopé» (La Presse, 18-12-01).

On pourrait poursuivre ainsi à n'en plus finir, en passant par les journalistes étrangers habituels friands de ce genre de «montage» tels que Graig Chamberlain, Michael Norton, etc., mais le plus actif à l'heure actuelle est le correspondant du quotidien français Le Monde, Jean-Michel Caroit qui nous permet de faire dans ce domaine une autre analogie avec le Nicaragua où les méthodes de déstabilisation utilisées contre les Sandinistes dans les années 80 sont celles utilisées à une autre échelle contre Haïti de nos jours. C'est un correspondant justement du Monde, Bertrand de la Grange, qui assumait alors les tâches de désinformation contre les Sandinistes, et Caroit n'en fait pas moins aujourd'hui dans le cas d'Haïti quand il conclut ainsi son article de ce mardi 18 juillet en ces termes: «Les derniers événements et les attaques contre l'opposition et la presse risquent de compliquer encore la recherche d'une solution à la crise politique qui paralyse Haïti et qui a provoqué le gel de plus de 500 millions de dollars d'aide.» (Le Monde, 18-12-01).Faire preuve d'autant de perspicacité c'est plus que de la simplicité, il faut être simplet! Il ne se mouille pas non plus tout à fait, car dès le début il établit les deux versions possibles d'après lui: «Tentative de coup d'État ou coup monté pour justifier une vaste opération de répression contre l'opposition? Les avis étaient partagés...» (id.) nous explique-t-il...Dans son message vers cinq heures dans l'après-midi du 17 décembre, le président Aristide pour sa part a rappelé les malheurs et dégâts déjà causés par le coup d'Etat du 30 septembre 1991, soulignant: «Les Haïtiens ne reprendront jamais le maquis. La période du coup d'Etat est finie... Je demande au peuple haïtien continuez à vous mobiliser pacifiquement, dans tout le pays, continuez à vous mobiliser pacifiquement, respectez les droits de tout citoyen, respectez les droits de tout le monde sans distinction», a-t-il dit. Son ministre de l'Information Guy Paul a condamné les actes de «dechoukay» des OP tout en disant comprendre leur colère. En conclusion, le montage fait par la Convergence autour des événements est de loin beaucoup plus gros à avaler que le «montage» dont elle et ses alliés accusent le régime Lavalas.

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