| Funérailles
mouvementées pour Brignol Lindor
Les funérailles du journaliste Brignol
Lindor ont été chantées à l'église Notre-Dame
de Petit-Goâve le mardi 11 décembre dans la matinée
en présence de plusieurs centaines de personnes. Peu auparavant,
le corps avait été exposé au Collège Classique
des Caraïbes, l'établissement où il enseignait et où
se trouvait son logement aussi.
Mais cela ne s'est pas fait sans mal, car les gens de la Convergence
et leurs alliés semblaient décidés à tirer
parti jusqu'au bout de ce décès du journaliste. Un attroupement
s'était formé autour de l'église et il a fallu l'intervention
de la police, déjà sur les lieux, pour permettre que le cortège
funèbre puisse pénétrer. Un calme relatif avait régné
la veille. Mais l'atmosphère était tout autre en ce mardi.
Loin d'essayer de faciliter les choses pour honorer le défunt, tout
semblait avoir été préparé pour semer le désordre.
De la capitale était arrivée une importante délégation
menée principalement par le secrétaire général
de l'Association des journalistes haïtiens (AJH) Guyler C. Delva.
Jusqu'à présent, rien d'anormal, et même assez honorable
qu'ils se soient déplacés en grand nombre pour un dernier
hommage à un confrère assassiné dans les circonstances
que l'on sait. Cependant cela ne s'était pas fait dans la plus grande
discrétion, puisque tout un monde trouble s'en était mêlé.
Ainsi Guyler Delva trouvait-il bon en la circonstance de remercier
particulièrement la nouvellement constituée Association nationale
(patronale) des médias haïtiens (ANMH) qui avait apporté
sa contribution à l'AJH pour «couvrir les frais de déplacement»:
«Ce genre de solidarité de la part de l'ANMH, disait-il, est
la preuve que les patrons de presse partagent également la souffrance
et les péripéties des journalistes.» Une solidarité
qui n'avait cependant pas été au rendez-vous lors de l'assassinat
du journaliste Jean Dominique le 3 avril 2000. Et pourquoi pour se rendre
de Port-au-Prince à Petit-Goâve l'AJH de Guyler Delva avait-elle
eu besoin d'être commissionnée ou payée?
Heureusement que dans son homélie, le célébrant, le
père Hans Alexandre, cousin du défunt, a pu redonner quelque
dignité à ces funérailles, faisant ressortir que «beaucoup
de sang coule pour rien. Le sang d'un innocent ne coule jamais pour rien.
Il est un martyr et dans notre foi comme chrétiens, nous croyons
que tout sang versé pour une cause juste, pour la vérité...
Ton sang versé servira sûrement à réconcilier
tous les frères et soeurs divisés dans le pays... C'est pour
honorer ton nom que tous dénoncent ce crime qui constitue clairement
une injustice... »
Mais les ennemis de Fanmi Lavalas ne l'entendaient pas ainsi. Et, jusqu'au
bout ils tenteront de semer la pagaille alors que justement ils réclamaient
le défunt Brignol Lindor comme l'un des leurs.
Encore sur le parcours vers le cimetière les policiers
essuyaient des vagues de jets de pierres auxquelles ils répliquaient
avec des bombes lacrymogènes qui ont fini par disperser presque
toute la foule. Au point que l'inhumation s'est effectuée dans la
confusion la plus totale et seulement en présence d'une dizaine
de personnes.
Pourtant, vu les circonstances entourant l'assassinat, le curé
de la paroisse avait pris la précaution à toutes fins utiles
de demander d'éviter de lancer des slogans politiques pendant la
cérémonie et d'inscrire des graffitis sur les murs de l'église.
Mais c'était peine perdue, car même pendant l'homélie,
des énergumènes trouvaient moyens de lancer des cris de «A
bas Aristide» et autres impropriétés en ces moments.
Le conseil municipal issu de Fanmi Lavalas tentait pourtant de son
côté de ne pas envenimer les choses, allant jusqu'à
prendre un arrêté déclarant le 11 décembre 2001
journée de deuil en mémoire du disparu. Mais rien ne pouvait
calmer les émissaires de la Convergence qui paraissaient avoir des
desseins bien arrêtés en s'accaparant de ces funérailles.
«Les gens qui ont pris la paternité des funérailles,
censément les gens de la Convergence démocratique liés
au camarade journaliste, et leurs partisans... pour faire un capital politique,
mais ils s'en ont servi et ils ont pris les devants pour régler
toutes choses, et puis faire tout ce qu'ils avaient comme message à
passer à travers le mort», expliquait un correspondant
de radio Quisqueya. En réalité, tout indique que ces individus
voulaient d'autres victimes pour en rendre responsable le pouvoir gouvernemental.
Loin d'entreprendre une démarche quelconque pour retrouver les coupables,
ils voulaient en quelque sorte d'autres cadavres pour servir leur propagande
et mettre encore plus dans l'embarras des responsables gouvernementaux
déjà assez maladroits.
Pourtant le commissaire du gouvernement de Petit-Goâve, Me Bellande
Dumerzier, n'était point resté inactif et annonçait
que l'action publique allait être mise en mouvement non seulement
contre les auteurs présumés du meurtre de Brignol Lindor
et aussi contre le maire le maire-adjoint Dumay Bony, considéré
comme «l'auteur intellectuel» pour avoir répété
de façon irresponsable lancé auparavant le slogan «tolérance
zéro» en des moments vraiment inappropriés, mais aussi
contre les agresseurs de Joseph Céus Duvergé. Trois arrestations
auraient déjà été effectuées, tandis
qu'une dizaine de mandats ont été émis contre des
dirigeants de l'organisation populaire «Dòmi nan Bois»
qui auraient pris le maquis. Le commissaire Dumerzier a même déjà
commencé, paraît-il, à auditionner des témoins,
parmi lesquels Love Augustin qui était en compagnie de la victime
et qui avait eu le temps d'échapper aux assassins. Le jour même
du crime d'ailleurs, Dumerzier avait fait savoir que cela relevait d'abord
du système judiciaire. Et en effet, ce n'est pas en troublant eux-mêmes
les funérailles, comme ils l'ont fait, de quelqu'un qu'ils réclament
comme l'un des leurs que la Convergence et ses accointances peuvent rechercher
et trouver justice. |