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Négociations: Pas de 
«trêve» pour Fanmi Lavalas!

Tel que le secrétaire général de l'OEA César Gaviria l'avait annoncé, son adjoint Luigi Einaudi est arrivé en Haïti le mercredi 5 décembre 2001 à la tête d'une délégation de l'OEA pour une 17e mission de bons offices dans la «crise» haïtienne. Sans perdre de temps, le Numéro 2 de l'OEA a rencontré dans l'après-midi le président Jean-Bertrand Aristide et les leaders de la Convergence. On ne sait exactement ce qu'il en est ressorti de cette nouvelle démarche, sauf qu'Einaudi a dit relever des points de divergence entre les protagonistes, mais qu'il y a bien des possibilités de résoudre cette crise. Autrement dit il ne nous apprend rien de nouveau sur les «progrès» qu'il aurait enregistrés ou voulu enregistrer au cours de ses nombreux va-et-vient. Il a cependant jugé nécessaire de prolonger sa visite de 2 à 3 jours, afin de ramener Fanmi Lavalas et la Convergence à la table des négociations.

 Personne ne sait ce qui adviendra, a prévenu Einaudi, mais son optimisme n'en est pas moins débordant, car encore une fois, d'après lui, les pourparlers avancent. Parmi les acquis, il a cité la formule pour la mise sur pied d'un Conseil électoral provisoire largement représentatif. Il s'en est même pris à un penchant qu'il juge pessimiste de la part de la «presse haïtienne» en ces termes: «On dit un peu cyniquement qu'on a participé dans ces négociations depuis longtemps sans avoir beaucoup de résultats. La vérité est très simple, les négociations ont beaucoup avancé, on a des acquis extrêmement importants.» On ne saurait en douter eu égard à ses propres buts. Néanmoins il a admis que «tous ces acquis valent peu si on ne réussit pas à arriver à un accord complet, au moins un accord initial tel qu'on s'est proposé en juillet et encore en octobre». 

 Parlant d'accord initial, «ces négociations ont une base de pré-accord», a fait savoir Einaudi, une sorte de proposition qu'il doit soumettre aux parties en conflit. Le médiateur de l'OEA a semblé comprendre que les protagonistes misent chacun sur le temps: du côté de Fanmi Lavalas, une détérioration de la situation économique d'Haïti - déjà les boat-people ont recommencé à déferler vers la Floride – amènerait la communauté internationale à reprendre son aide à Haïti; de l'autre côté, la Convergence démocratique miserait cyniquement sur ces difficultés économiques, qui ne manquent pas de provoquer le mécontentement populaire, pour renverser le régime Lavalas. «En ce moment, c'est que le temps ne joue pas favorablement pour nous, pour un accord. Plus ces différences durent... plus en retard pour arriver à un accord. Le plus difficile sera une sortie pacifique à la crise. On devrait chercher de trouver une trêve, une trêve de paix, de réflexion, de négociation, une trêve pour chercher d'en sortir, d'une forme solidaire et positive», a dit Einaudi à l'adresse des protagonistes. Le mot est lâché!, et paradoxalement, en apparence du moins, cet appel à la «trêve» aura été un nouvelle pomme de discorde, idéale pour alimenter la verve belliqueuse des protagonistes. En effet, favorablement accueilli, intentionnellement ou pas, par Fanmi Lavalas dont le porte-parole Jonas Petit a déclaré: «Au niveau de Fanmi Lavalas nous pensons que cet appel à la trêve est un appel de bon sens qui se base sur un besoin que le moment réclame pour que nous puissions aboutir à cette solution qui soit une solution finale, négociée entre les parties», il est évident qu'automatiquement cette question ne pouvait que déclencher une hargneuse riposte des leaders de la Convergence.  Si l'on suit bien Jonas Petit, il ne fait ainsi que parler pour parler, car ses propos sont plutôt contradictoires, quand on sait que cette «trêve» en question consisterait au maintien du statu quo entre les deux adversaires et désarmerait en quelque sorte la Convergence démocratique.
 
Le charivari a d'ailleurs repris aussitôt. D'abord Gérard Blot de l'Alternative pour le changement, qui a visiblement déjà une dent contre l'OEA qui ne l'a pas intégré aux négociations confinées entre Fanmi Lavalas et la Convergence, a saisi l'occasion pour se manifester, et a lancé: «Si c'est une trêve pour permettre au gouvernement Lavalas de passer la Noël, ... pour parvenir au 6 janvier, après ce sera déjà le Carnaval. Nous disons que cela ne fait pas de sens. Car ce serait simplement une autre manoeuvre dilatoire que l'OEA viendrait faire encore dans le dossier Haïti.» Quant à la Convergence, un de ses leaders, Victor Benoît du Konakom a profité pour lancer une attaque en règle contre le pouvoir de Fanmi Lavalas: «Nous n'avons pas d'armes dans les mains, nous n'exerçons pas de pressions, nous ne tuons pas les gens, donc nous sommes plutôt d'accord avec M. Einaudi. Nous pensons que c'est à Lavalas de mettre bas les armes; mettre bas les armes signifie cesser de tolérer les chimères qui mutilent les gens à coups de machette», a déclaré le coordonnateur national du Konakom. Une recommandation que la Convergence aura transmise au cours de sa rencontre avec le secrétaire général adjoint de l'OEA. «Il est clair qu'il est difficile pour nous autres, alors que nous avons tous ces tués - nous avons des tués à Plaisance, Saint-Marc, Petit-Goâve; nous avons tout cela - ainsi le moment est difficile pour que dans ce moment nous nous asseyions avec des gens, disons-nous, qui tolèrent des assassins dans le pays», avait déjà dit Benoît deux jours auparavant. Mine de rien, Einaudi aura avalisé cette version de la situation, tout en usant d'une certaine subtilité pour acquiescer: «Je crois que ces violences sont terribles pour tous les citoyens et pour nous aussi... Je crois qu'il faut avoir une investigation, il faudra avoir des arrestations et il faudra être sûr d'exiger pas seulement les droits qui puissent punir les coupables...»
 
S'étant mis le dos au mur dans ces négociations, Fanmi Lavalas s'étonne de constater que ses nombreuses concessions ne lui ont jusqu'ici rien rapporté. Le président Jean-Bertrand Aristide avait écrit le 23 novembre au secrétaire général de l'OEA César Gaviria pour lui faire remarquer que les concessions contenues dans la résolution prise par l'Assemblée générale de l'OEA à San José de Costa Rica ont été largement dépassées à l'heure actuelle. Ainsi il rappelait à Gaviria tout ce qui avait été fait conformément à la Résolution: Démission des sept sénateurs contestés élus le 21 mai 2000 au premier tour; réduction de deux ans du mandat des sénateurs du 21 mai 2000; réduction de deux ans du mandat de tous les députés; élections anticipées pour les prochains sénateurs fixées à novembre 2002; élections anticipées pour les députés;  reconstruction du Conseil électoral provisoire, suivant la résolution de l'OEA, ce qui a été accepté par le gouvernement et Fanmi Lavalas. «Nous croyons fermement que des progrès significatifs ont été réalisés dans les négociations et nous ne voulons pas que nos efforts collectifs soient perdus à cause de quelques points restants pouvant être potentiellement résolus», dit le chef de l'État dans cette lettre, qui concluait: «Considérant ces accomplissements et la crise humanitaire empirant la vie quotidienne en Haïti, le processus de déblocage des fonds déjà approuvés ne devrait pas être ajourné. Les conditions de vie des pauvres d'Haïti s'avèrent un incitatif critique pour que la communauté internationale agisse.»  Il aurait d'autant plus raison de se rendre à l'évidence, car si après avoir exécuté tout ce qui lui est demandé par l'OEA, le secrétaire général adjoint de cet organisme, loin de prendre acte de l'attitude réfractaire de la Convergence, parle encore d'amener les parties à «la table des négociations»! Il est clair que l'Organisation et ses protégés de la Convergence ne demandent au président de la République et à son parti Fanmi Lavalas rien d'autre que la reddition pure et simple et à leurs conditions.
 

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