| Chérestal
«démissionné» ou démissionnaire?
On devrait bientôt connaître
le sort du Premier ministre Jean-Marie Chérestal: lui demandera-t-on
de démissionner ou démissionnera-t-il? Deux questions en
une! Que le président Jean-Bertrand Aristide accepte d'ajouter à
l'ordre du jour du Parlement convoqué en session extraordinaire
son interpellation par le Sénat ne peut laisser de doute qu'une
décision sera bientôt prise à ce sujet, tel que la
majorité des sénateurs l'a demandé par douze voix
pour, une contre, et une abstention à la séance du mardi
27 novembre. Le sénateur de la Grand'Anse Gérald Gilles avait
écrit au président Aristide en ce sens, vu que le président
du Sénat Yvon Neptune s'était référé
aux articles 106 et 107 de la Constitution pour refuser d'accorder la convocation
du Premier ministre qui ne figurait pas au programme de la session extraordinaire.
Mais tout avait réellement
commencé par une autre intervention du sénateur Fourel Célestin.
On se rappelle que c'est celui-ci qui avait à l'improviste rameuté
ses collègues sur l'achat d'une maison au coût faramineux
de 1 million 734 mille dollars pour loger le Premier ministre. Encore ce
mardi 27 novembre, le vice-président du Sénat est donc revenu
à la charge. Après une longue envolée démagogique
truffée de dénonciations des dépenses somptuaires,
de scandales de corruption sur fond de dégradation de la situation
générale du pays, Célestin «le pur» a
déclaré: «Ma proposition est la suivante: que le
Premier ministre... soit convoqué au Parlement. Je demande au président
de la Chambre haute de soumettre cette proposition ferme au Parlement et
éventuellement au vote de l'assemblée.» Le sénateur
Lens Clonès avait aussi suggéré d'ajouter deux autres
questions à l'ordre du jour: la nomination des membres de la Cour
supérieure des comptes et du contentieux administratif puisque le
mandat de dix ans (1991-2001) des juges actuellement en poste est arrivé
à terme, et la levée d'immunité du sénateur
Dany Toussaint.
Seul le sénateur du Sud
Yvon Feuillé a tenté de s'opposer à l'interpellation
du Premier ministre arguant que les problèmes actuels sont d'ordre
structurel et que le seul changement de Premier ministre ne saurait les
résoudre. En effet, l'interpellation d'un Premier ministre, selon
la Constitution, doit se solder soit par un vote de confiance soit par
un vote de censure. L'engouement avec lequel 12 sénateurs sur 14
ont voté en faveur de la proposition de Fourel Célestin laisserait
augurer que Chérestal se trouve plus proche du vote de censure.
Déjà les trois sénateurs - Lans Clonès, Gérald
Gilles et Prince Sonçon Pierre se disent disposés à
renvoyer le chef du gouvernement et son équipe. Au fil des jours,
en outre, Sonçon Pierre s'est montré plus véhément
dans ses critiques que Fourel Célestin, dont il avait dans un premier
temps réfuté l'indignation à l'égard de la
performance du Premier ministre. Il est vrai qu'il y a de quoi exaspérer
la retenue et la patience préalables du sénateur Sonçon
Pierre qui, finalement outré, déclarait:«En outre
nous avons des ministres qui n'ont rien fait. Quand on prend un ministre
comme celui du Commerce, il n'a rien donné; quand on prend un ministre
comme le ministre Bazin, il a pris soin de lui-même, il vous montre
un lot de papiers, de beaux discours, à part cela il n'a rien foutu
comme ministre de la Planification. Dites-moi quels sont les projets de
la Planification? Rien. Donc ce sont des ministères qui n'ont pas
fait preuve de créativité. Je reconnais que la situation
est difficile, mais c'est du gaspillage qu'un ministre circule avec quatre
véhicules dans son cortège. Je pense que c'est un gouvernement
qu'on doit renvoyer. Le peuple développe sa stratégie dans
les rues. Si c'est la stratégie du peuple que nous laissons aboutir,
ce sera plus grave pour nous.»
Une telle levée de boucliers
au Sénat doublée de protestations populaires à travers
tout le pays aura certainement porté le Premier ministre Jean-Marie
Chérestal à se faire encore plus discret sinon invisible.
Même lors du lancement à la primature de son programme de
«soulagement de la misère à l'approche des fêtes
de fin d'année, dénommé «kichòy pou tout
moun» («quelque chose pour tout le monde», Chérestal
ne s'est pas pointé, abandonnant la présentation de son «bébé»
en définitive aux cinq ministres concernés: TPTC, Affaires
sociales, Condition féminine, Haïtiens vivant à l'étranger
et Information. Cela a eu pour effet d'amplifier les rumeurs sur sa démission
prochaine. Pourtant, le ministre de la Culture et de l'Information Guy
Paul n'en démordait pas, allant même à vouloir décrire
une «apparition» aux journalistes qui s'informaient sur l'absence
du Premier ministre. «Le Premier ministre est passé devant
vous; probablement vous avez dû le voir. Il porte un costume bleu,
une chemise rose, une cravate blanche et actuellement il est en son bureau
en réunion. Je l'ai déjà dit en plusieurs occasions...
Je suis solidaire de mon Premier ministre», a martelé
Guy Paul pour s'en convaincre.
Il reste à savoir combien
de temps durera le suspense, puisqu'après avoir laissé pourrir
la situation jusqu'à se faire contester par une partie de sa base,
le régime Lavalas sait bien que le départ de Chérestal
ne suffira pas à faire oublier l'abandon des idéaux du mouvement
Lavalas, et qu'il faudra bien autre chose que des mesures cosmétiques. |