Haïti Progrès  *(semaine courante)
Decembre 5 au 11   2001
Actualité politique
Chérestal «démissionné» ou démissionnaire?

On devrait bientôt connaître le sort du Premier ministre Jean-Marie Chérestal: lui demandera-t-on de démissionner ou démissionnera-t-il? Deux questions en une! Que le président Jean-Bertrand Aristide accepte d'ajouter à l'ordre du jour du Parlement convoqué en session extraordinaire son interpellation par le Sénat ne peut laisser de doute qu'une décision sera bientôt prise à ce sujet, tel que la majorité des sénateurs l'a demandé par douze voix pour, une contre, et une abstention à la séance du mardi 27 novembre. Le sénateur de la Grand'Anse Gérald Gilles avait écrit au président Aristide en ce sens, vu que le président du Sénat Yvon Neptune s'était référé aux articles 106 et 107 de la Constitution pour refuser d'accorder la convocation du Premier ministre qui ne figurait pas au programme de la session extraordinaire. 

Mais tout avait réellement commencé par une autre intervention du sénateur Fourel Célestin. On se rappelle que c'est celui-ci qui avait à l'improviste rameuté ses collègues sur l'achat d'une maison au coût faramineux de 1 million 734 mille dollars pour loger le Premier ministre. Encore ce mardi 27 novembre, le vice-président du Sénat est donc revenu à la charge. Après une longue envolée démagogique truffée de dénonciations des dépenses somptuaires, de scandales de corruption sur fond de dégradation de la situation générale du pays, Célestin «le pur» a déclaré: «Ma proposition est la suivante: que le Premier ministre... soit convoqué au Parlement. Je demande au président de la Chambre haute de soumettre cette proposition ferme au Parlement et éventuellement au vote de l'assemblée.» Le sénateur Lens Clonès avait aussi suggéré d'ajouter deux autres questions à l'ordre du jour: la nomination des membres de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif puisque le mandat de dix ans (1991-2001) des juges actuellement en poste est arrivé à terme, et la levée d'immunité du sénateur Dany Toussaint. 

Seul le sénateur du Sud Yvon Feuillé a tenté de s'opposer à l'interpellation du Premier ministre arguant que les problèmes actuels sont d'ordre structurel et que le seul changement de Premier ministre ne saurait les résoudre. En effet, l'interpellation d'un Premier ministre, selon la Constitution, doit se solder soit par un vote de confiance soit par un vote de censure. L'engouement avec lequel 12 sénateurs sur 14 ont voté en faveur de la proposition de Fourel Célestin laisserait augurer que Chérestal se trouve plus proche du vote de censure. Déjà les trois sénateurs - Lans Clonès, Gérald Gilles et Prince Sonçon Pierre se disent disposés à renvoyer le chef du gouvernement et son équipe. Au fil des jours, en outre, Sonçon Pierre s'est montré plus véhément dans ses critiques que Fourel Célestin, dont il avait dans un premier temps réfuté l'indignation à l'égard de la performance du Premier ministre. Il est vrai qu'il y a de quoi exaspérer la retenue et la patience préalables du sénateur Sonçon Pierre qui, finalement outré, déclarait:«En outre nous avons des ministres qui n'ont rien fait. Quand on prend un ministre comme celui du Commerce, il n'a rien donné; quand on prend un ministre comme le ministre Bazin, il a pris soin de lui-même, il vous montre un lot de papiers, de beaux discours, à part cela il n'a rien foutu comme ministre de la Planification. Dites-moi quels sont les projets de la Planification? Rien. Donc ce sont des ministères qui n'ont pas fait preuve de créativité. Je reconnais que la situation est difficile, mais c'est du gaspillage qu'un ministre circule avec quatre véhicules dans son cortège. Je pense que c'est un gouvernement qu'on doit renvoyer. Le peuple développe sa stratégie dans les rues. Si c'est la stratégie du peuple que nous laissons aboutir, ce sera plus grave pour nous.»

Une telle levée de boucliers au Sénat doublée de protestations populaires à travers tout le pays aura certainement porté le Premier ministre Jean-Marie Chérestal à se faire encore plus discret sinon invisible. Même lors du lancement à la primature de son programme de «soulagement de la misère à l'approche des fêtes de fin d'année, dénommé «kichòy pou tout moun» («quelque chose pour tout le monde», Chérestal ne s'est pas pointé, abandonnant la présentation de son «bébé» en définitive aux cinq ministres concernés: TPTC, Affaires sociales, Condition féminine, Haïtiens vivant à l'étranger et Information. Cela a eu pour effet d'amplifier les rumeurs sur sa démission prochaine. Pourtant, le ministre de la Culture et de l'Information Guy Paul n'en démordait pas, allant même à vouloir décrire une «apparition» aux journalistes qui s'informaient sur l'absence du Premier ministre. «Le Premier ministre est passé devant vous; probablement vous avez dû le voir. Il porte un costume bleu, une chemise rose, une cravate blanche et actuellement il est en son bureau en réunion. Je l'ai déjà dit en plusieurs occasions... Je suis solidaire de mon Premier ministre», a martelé Guy Paul pour s'en convaincre.

Il reste à savoir combien de temps durera le suspense, puisqu'après avoir laissé pourrir la situation jusqu'à se faire contester par une partie de sa base, le régime Lavalas sait bien que le départ de Chérestal ne suffira pas à faire oublier l'abandon des idéaux du mouvement Lavalas, et qu'il faudra bien autre chose que des mesures cosmétiques. 

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