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28  Novembre au Decembre 4   2001


D'un scandale à l'autre
D'une enquête à l'autre

La Direction générale des impôts (DGI) n'est pas resté à l'abri des «bouleversements», et le détournement de trois millions de gourdes dans ses services a fait des vagues au cours de la semaine dernière tout au moins. Il ne s'agit pas là d'un vol avec effraction mais d'une opération effectuée par un réseau constitué du personnel de la DGI et de la Banque centrale travaillant de concert, suivant les premiers indices. En effet, le chef de service du recouvrement Raynold Augustin de la DGI et l'employé Kerland Welsaint de la BRH figurent parmi les quatre personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire, tandis que d'autres suspects, contre lesquels des mandats ont été lancés, seraient activement recherchés par la police.

Cette affaire a provoqué des réunions entre les responsables de l'administration fiscale et le secrétaire d'Etat des Finances chargé des recettes fiscales, Jocelerme Privert. «Il y a une commission d'enquête qui a été instituée, qui travaille. Je crois que la presse a fait écho qu'il y a quatre arrestations qui ont été effectuées... Quatre mandats d'arrêt ont été lancés, deux personnes ont été déjà arrêtées dont trois employés de la DGI et un de la banque. Et l'enquête continue pour identifier tous les responsable. A quelque niveau qu'on soit dans l'administration, on appliquera les mesures, les sanctions prévues par la loi contre de telles actions», a déclaré Privert dont on espérait pas moins.

Cette histoire aurait été découverte comme par hasard, quand une deuxième sommation a été adressée à la maison Chatelain Tours pour une dette dont elle s'était déjà acquittée. Pour expliquer qu'un tel procédé grossier ait pu être utilisé pour soustraire aussi aisément les deniers publics, le porte-parole de la DGI Lustin Murray Jr se confondait en explications: «Nous rappelons que le samedi premier et le dimanche 2 septembre 2001, la DGI avait organisé à Jacmel sa troisième assemblée annuelle de directeurs centraux et régionaux sous le thème "Gestion de ressources humaines pour une administration fiscale performante". Les travaux de cette assemblée se sont achevés le dimanche 2 septembre bien tard dans la soirée, bien après 11 heures 30. C'est ce qui explique que le lundi 3 septembre 2001 la majorité des cadres du bureau central et également tous les directeurs régionaux ne se trouvaient pas à leurs bureaux.» Il aura fallu près de trois mois et la clairvoyance d'un contribuable pour découvrir le pot aux roses! C'est à croire que ce séjour à Jacmel et le thème bien à propos de cette assemblée avait rencu gagas les dirigeants de cette administration. Quant à l'absence du directeur général de la DGI Frantz Théodat, le secrétaire d'Etat aux Finances Jocelerme Privert a déclaré qu'il a été participer à une conférence internationale sur la fiscalité. Ces deux hauts fonctionnaires auraient voulu faire de l'humour noir volontairement qu'ils n'y parviendraient pas aussi bien! En attendant il faudra s'armer d'une patience à toute épreuve pour connaître la suite de l'enquête. 

Dans la même semaine, c'est du Parlement qu'est venu l'écho d'une affaire en quelque sorte beaucoup plus grave. La voiture officielle du député de Port-Salut Jean-Robert Placide a été saisie par la police de Delmas, le 21 novembre, au moment où des individus se trouvant à son bord venaient d'assassiner deux cambistes à qui ils avaient dérobé une somme de 84 mille dollars. Pour accomplir leur forfait, ces individus s'étaient fait passer pour des membres de la Police nationale et avaient embarqué dans le véhicule mis à leur disposition par le parlementaire leurs deux victimes. L'avocat des héritiers des victimes, Me Reynold Georges, a relaté ainsi les événements: «Ces hommes (les cambistes) revenaient de Port-de-Paix le samedi 10 novembre vers 10 heures du matin. Ils ont débarqué près du wharf de Jérémie (dans la capitale) à la station routière de Port-de-Paix. Puis une Nissan Patrol blanche à quatre portes est apparue avec a peu près quatre personnes à son bord, dont un déguisé en commissaire de police. Puis elles ont procédé à la prétendue arrestation de ces deux messieurs, des gens qui venaient d'acheter des devises à Port-de-Paix... Les bandits ont déclaré qu'ils étaient du DDO (Direction départemental de l'Ouest/Police); les cambistes ont alors protesté qu'on n'arrêtait pas les gens sans mandat. Ils ont dit qu'ils se rendaient à la DDO... De là ils les ont emmenés à Bois-Caradeux. Ils ont fusillé tous les deux, dont l'un tout menotté. Ils avaient sur eux à peu près 84 mille dollars US, plus de 84 mille dollars américains... Le commissaire Marcellus a rencontré de justesse les bandits, et a procédé à leur arrestation.» Me Reynold Georges croit que le député Placide est de mèche avec les bandits parce que c'est lui qui leur a procuré un permis de port d'arme; les bandits ont un badge d'agent de sécurité du Parlement avec le nom du député comme référence et en outre, d'après Georges, c'est le député Placide qui les avait fait libérer en 1999, alors qu'ils étaient impliqués dans des assassinats.

Le député de Port-Salut Jean-Robert Placide, qui ne s'est pas présenté à la séance parlementaire du mardi 20 novembre, a reconnu que sa voiture se trouvait entre les mains des amis auxquels il a l'habitude de prêter son véhicule. Précisant qu'il n'était pas à Port-au-Prince lors de ces événements, il s'est dit toutefois à la disposition de la police et de la justice pour faire la lumière dans cette affaire. «Jusqu'à présent, je ne connais pas exactement les vrais motifs de l'arrestation. Seulement comme d'habitude chaque week-end - je ne le passe pas à Port-au-Prince. Je me rends toujours dans ma circonscription. Dès le vendredi, je me trouvais dans ma circonscription, le samedi dernier cela faisait huit jours de cela. Mais jeudi j'ai prêté ma voiture à l'un avec qui j'ai des liens d'amitié, surtout un d'entre eux; ces messiers ont été arrêtés. Moi quand on m'a appelé pour me le dire, j'ai pensé à un accident. Je me suis rendu au commissariat; à mon arrivée le commissaire m'a dit qu'il les a arrêtés pour enquête, parce qu'ils ont vu la voiture dans la zone où l'action s'est produite», a dit Placide sur les ondes de Radio Haïti. 

Cette nouvelle affaire n'est pas faite pour redorer le blason des députés et sénateurs de la 47e législature. Ils se disaient à la recherche d'informations complémentaires pour savoir à quoi s'en tenir. Mais ils ont quand même indiqué - ce qu'il leur reste à prouver - qu'ils seront sans ménagement pour le collègue de Port-Salut: «Si pareille chose se révèle vraie, la loi agira parce que personne n'est au-dessus de la loi. Il y a des choses précises dans les règlements internes de la Chambre des députés; si de telles actions ont vraiment lieu, des mesures seront prises... Comme je vous le dis la responsabilité pénale est toujours individuelle, mais en tant que corps, en tant que membres de Fanmi Lavalas, si la chose se révélait vraie, nous en serions affectés», a déclaré le président de la commission Justice à la Chambre basse Milien Rommage. On voudrait le croire sur parole, mais les précédents soulèvent des doutes quant à sa détermination aussi bien que celle de ses confrères, comme l'exemple nous en est fourni actuellement avec la question de la levée de l'immunité du sénateur Dany Toussaint. Le député de la troisième circonscription de Port-au-Prince Simpson Libérus a évoqué pour sa part la nécessité d'une commission parlementaire d'enquête, et a déclaré que dans le cas où les rumeurs se révèlent fondées on devrait procéder sans considération aucune à la levée de l'immunité parlementaire du député Placide. On en revient à une nouvelle enquête dont aucune n'a jamais abouti, puisque ces enquêtes semblent particulièrement destinées à tuer le poisson dans l'oeuf. Cependant d'une façon ou d'une autre, le député Placide ne peut être tout à fait blanchi, puisqu'il n'est point admissible au prime abord qu'il confie sa voiture officielle de fonction à un particulier. Mais l'enquête à peine «commencée» vient de finir...

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