Émeutes au Pénitencier national
Microcosme de la situation généraleUn nouvel événement est venu marquer la semaine dernière une situation déjà très agitée. De façon prévisible mais inattendue comme toujours, le Pénitencier national a été la scène d'une grave émeute qui a fait, suivant les autorités, cinq morts parmi les détenus et de nombreux blessés dont sept policiers. Une partie de la prison a été incendiée et aussi l'infirmerie. Un bilan contesté, puisque beaucoup plus élevé d'après des organisations de droits humains.
D'après la version des faits présentée en conférence de presse le vendredi 15 novembre par le directeur de l'Administration pénitentiaire nationale (APENA), le commissaire divisionnaire Clifford Larose, tout a commencé la veille quand le prisonnier «Max Ambroise a giflé un agent pénitentiaire qui n'a pas régi et est allé en aviser ses supérieurs. Ces derniers ont alors pris les dispositions, qui s'imposeraient en pareil cas, pour mettre Ambroise en isolement». Celui-ci qui suffoquait, toujours selon les propos du directeur Larose, a été conduit à l'infirmerie. En l'occurrence, d'après une autre version, les prisonniers auraient pensé que leur compagnon avait décédé et ont investi l'infirmerie et pris l'infirmier en otage.
Mais toujours selon Larose, les circonstances n'ont fait qu'offrir à des prisonniers l'occasion de tenter une évasion. Et comme d'après lui, «on ne s'évade point du Pénitencier», face à la violence qui s'étendait et au débordement des agents pénitentiaires, les unités anti-émeute de la Police nationale, la CIMO et la Swat-Team, ont été appelées en renfort. Des tirs de gaz lacrymogènes et des coups de feu ont suivi, au cours desquels le prisonnier Max Ambroise est mort asphyxié.
Pendant toute la nuit, les rues avoisinant le Pénitencier national ont été interdites à la circulation des automobiles et des piétons, obligeant de nombreux résidents à passer la nuit ailleurs, sans pouvoir rentrer chez eux. Incidemment des prisonniers «de marque», tels Prosper Avril et l'ex-commissaire Coles Rameau ont été mis à l'abri. Une fois la situation maîtrisée par les autorités, les représailles ont débuté. Des détenus ont été contraints à se déshabiller complètement et à se coucher comme harengs en caque face contre terre. Un véritable spectacle de cales de bateaux négriers! Une séance humiliante que ces êtres humains étendus sur le sol devant les caméras de la presse, sans compter les conditions d'insalubrité intolérables, qui indiquent ce qu'il doit en être des autres centres de détention du pays, si la principale, pour ne pas dire la prison «modèle» se trouve dans cet état. Conçu à l'origine depuis trois quarts de siècle pour 800 détenus, le Pénitencier national en garde actuellement plus de 2000.
Le directeur de l'APENA, renvoyant la balle, a à sa défense expliqué: «Il est inacceptable que pour un total de 4000 prisonniers, qu'il y en ait seulement 200 à avoir été jugés et condamnés... C'est une poudrière... Les détenus n'attendent que des occasions pour s'évader...» La plupart sont en détention préventive. Par exemple, un jeune homme s'y trouve incarcéré depuis quatre ans, sans avoir jamais été condamné, pour un vol présumé de mangues. Qu'en est-il alors des commissaires du gouvernements affectés au Pénitencier pour traiter ces dossiers en souffrance, dont avait parlé récemment le ministre de la Justice Gary Lissade?