Session extraordinaire
pour des magouilles «ordinaires»La session extraordinaire de l'Assemblée nationale convoquée récemment par arrêté présidentiel s'est ouverte le 29 octobre 2001. La cérémonie d'ouverture a été une autre occasion pour le président du Sénat et représentant national de Fanmi Lavalas, Yvon Neptune, de renouveler sa profession de foi politique. «La convocation du parlement en session extraordinaire est pleine de messages. Cela nous fait réaliser que les allées et venues des négociations n'ont pas détourné le président Aristide de ses responsabilités de chef d'État. Cela nous fait également réaliser la nécessité d'augmenter les instruments légaux pour que la démocratie progresse grâce à une participation réelle et un contrôle raisonnable», a dit Neptune. En fait, ce sont d'autres affaires qui se règlent à travers cette convocation de la 46e législature. Pendant la session extraordinaire, sénateurs et députés travailleront séparément sur un total de neuf projets de loi, un accord international et un traité international. On retrouve dans le lot: le projet de loi modifiant le code des investissements; le traité de Chaguaramas concernant l'intégration à la Caricom (sans autres détails); la loi sur les zones franches. A côté de ces trois instruments légaux, ceux relatifs au développement du tourisme et à la double nationalité déposés le mercredi 7 novembre par les ministres du Tourisme Martine Duverson et des Haïtiens vivant à l'étranger Leslie Voltaire, sont plutôt de la poudre aux yeux.
En effet, par cette convocation, le président Jean-Bertrand Aristide aura voulu montrer aux Institutions financières internationales ses bonnes dispositions à se soumettre totalement an plan «de la mort» néolibéral. Une position qui apparaît clairement à travers les cris de satisfaction lancés par les sous-fifres locaux de la réaction internationale. Tel est le cas de la présidente de l'Association des industries d'Haïti (ADIH), madame Marie-Claude Bayard, qui a déclaré: «J'applaudis des deux mais. J'étais très heureuse d'entendre ça, et je dois vous dire: nous étions justement en train de préparer un papier pour demander encore de faire avancer le code des investissements, les zones franches et toutes ces choses. J'ai appris aussi qu'on va se pencher sur la Caricom et la double nationalité. Donc, se sont des démarches importantes qui méritent d'être applaudies... Ça va faciliter les échanges avec les différents pays qui pourront rentrer dans ces zones franches et d'expédier sans droit de douanes avec énormément de facilités douanières.. » Quels sont ces avantages qui arrivent à créer une telle exaltation chez madame Bayard? Qu'est-ce qu'elle compte exporter de si précieux? Bien entendu, les gens d'affaires de l'ADIH et d'autres institutions du secteur privé pourront faire leurs choux gras en servant de courtiers aux producteurs étrangers. Tout cela se passe sur un fond de démagogie du pouvoir en place qui, dans son manque de transparence, n'a rien expliqué au peuple encore une fois.
Par ailleurs, on peut noter que la question de la levée d'immunité du sénateur Dany Toussaint n'est pas mis à l'ordre du jour. Certes, les parlementaires ne peuvent discuter au cours de la session extraordinaire que des projets-loi se trouvant dans l'arrêté de convocation. Mais quand le sénateur-président Yvon Neptune le dit avec autant d'empressement quand on a abordé avec lui la question de levée d'immunité du sénateur Dany Toussaint, cela laisse présager que la justice pour Jean Dominique est renvoyée aux calendes grecques. Neptune, qui disait il y a peu que «ses» experts allaient lui remettre sous peu leur rapport sur cette question, continue à gagner du temps. Surtout qu'on apprend entre-temps que le juge d'instruction Claudy Gassant, dont le mandat s'achèverait en janvier 2002, ne compterait plus occuper à nouveau ce poste, et croit même pouvoir démissionner avant. Les artifices utilisés par le président du Sénat et d'autres pour se débarrasser de ce dossier sont cousus de fil blanc. Toute la stratégie aura consisté d'une manière ou d'une autre à retarder continuellement le dossier. Si pour Jean Dominique, conseiller du président René Préval qui avait dit qu'il avait été tué parce qu'il était lavalassien, qu'en est-il alors de la masse des «sans nom et sans visage»? Yvon Neptune est en train de cautionner consciemment et volontairement l'impunité.
Tout l'intérêt maintenant pour Fanmi Lavalas est de damer le pion à sa rivale, la Convergence démocratique, tout aussi acquise à la cause néo-libérale, en se livrant à un excès de zèle pour plaire au FMI et à la Banque mondiale. Quand Lavalas en arrive ainsi à soulever l'enthousiasme de l'ADIH, membre de l'Initiative de la société civile, qui ne tarissait jamais de ses critiques envers la direction lavalassienne, il faut croire que la roue a réellement tourné.