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7 au 13   Novembre  2001


Quelle crise?

Depuis bientôt un an et demi, Haïti se trouve «enveloppée» par ce qu'on appelle une «crise électorale» visiblement insoluble, puisque fabriquée de toutes pièces pour répondre aux intérêts de l'impérialisme et des classes dominantes. On en est à la énième mission de «bons offices» de l'OEA, sans pour autant avancer d'un cran sur la voie d'un compromis. Aujourd'hui encore les porte-parole des deux principaux protagonistes, Fanmi Lavalas et la Convergence démocratique clament inlassablement leurs bonnes dispositions pour la reprise des négociations, sous la gouverne de leurs maîtres étrangers communs réunis au sein de ce qu'on appelle contradictoirement le «Groupe des pays amis d'Haïti», soumis pour sa part à Washington.

«S'ils sont avancés sur le dossier et qu'ils sont prêts à accepter cette date,... maintenant on peut continuer. Mais si c'est pour revenir sur une méthode de négociations et pour être dans l'incertitude, nous, nous pensons que ce serait un mauvais chemin», a dit Micha Gaillard du Konakom/Convergence. Pour sa part, le ministre de l'Information, Guy Paul, a déclaré: «Nous sommes toujours là pour demander que les négociations reprennent, continuent et aboutissent afin d'arriver à un accord négocié au bénéfice du peuple haïtien. Des contacts formels ont été pris pour que les négociations reprennent tout de suite.» Le même refrain repris à satiété des deux côtés. Mais pourquoi après tant de mois de pourparlers, de «bonnes volontés» exprimées, la crise reste-elle si inextricable?

Volontairement, certains secteurs tentent d'assimiler la crise socio-économique qui ravage le pays à une simple «crise» électorale. «Nous n'avons pas entendu qu'on ait fait quoi que ce soit pour aller mettre de l'ordre dans le désordre, dans la façon dont les élections s'étaient passées aux Etats-Unis. Et nous autres, en Haïti, nous savons que la crise électorale a débuté quand un certain Marville de l'OEA a dit qu'il y avait de mauvais comptages», a fait remarquer le dirigeant du Parti populaire national (PPN) Ben Dupuy sur les ondes de Radio Caraïbes. Peut-on résoudre une crise sans l'avoir au préalable identifiée? Voilà pourquoi on se demande à juste titre: de quelle crise parlent-ils?

«Je commence par dire que c'est une crise politique... Je dis que la politique c'est l'expression concentrée de l'économie, c'est-à-dire qu'il nous faut aller plus loin. Nous avons une crise économique, et quand nous parlons d'économie, nous parlons de société. Ce qui veut dire qu'à mon sens Haïti traverse une crise sociale, une crise structurelle, qui se reflète naturellement sur le plan politique», a expliqué Ben Dupuy. En effet, la crise politique actuelle s'avère fondamentalement le reflet du brigandage socio-économique des classes dominantes. Dès lors, il est manifeste que la résolution de cette crise ne saurait provenir des tractations entre les deux rivaux, Fanmi Lavalas et la Convergence, qui représentent les intérêts des classes dominantes locales et de l'impérialisme. Alors même que la petite-bourgeoisie, qui leur est inféodée, profite pour faire prévaloir la corruption au sein de l'appareil d'Etat.

Les contradictions par ailleurs commencent à se manifester de façon plus apparente au sein de la Convergence qui est une somme d'intérêts particuliers et personnels en dehors de toute considérations tant nationales que populaires, tandis que Fanmi Lavalas se révèle un véritable fourre-tout. Alors que Micha Gaillard se montre favorable aux négociations, son associé au sein de la Convergence Evans Paul alias K-Plim prône le «déchoucage» de Lavalas. «Nous ne pouvons demander à Lavalas de corriger son propre brigandage. Nous pensons que la population doit se relever pour faire entendre raison à Lavalas. Puisqu'il est clair qu'on ne peut presque rien faire avec Lavalas sinon que de le chasser du pouvoir», a dit Evans Paul. C'est en quelque sorte donner raison au PPN qui estime que les événements du 28 juillet étaient une répétition générale pour la Convergence qui, ayant sa base arrière bien établie et bien soutenue en République dominicaine, pense toujours au coup d'Etat. Malgré l'évidence, Fanmi Lavalas ne peut presque rien empêcher vu son orientation. Ce parti, élu sur des aspirations populaires, a épousé le plan néolibéral, et préfère faire du lobbying plutôt que de s'appuyer sur le peuple qui l'a élu; et s'accroche à l'impérialisme qui pourtant veut les détruire. Tout compte fait, il apparaît clairement que seule une alternative populaire, telle que proposée par le Parti populaire national (PPN) peut aider à résoudre définitivement la crise structurelle haïtienne, en ayant véritablement comme priorités les intérêts nationaux et populaires.

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