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7 au 13   Novembre  2001
Actualité politique


La contestation s'amplifie et se précise
De Cité Soleil à Martissant dans la banlieue sud de la capitale, les manifestations anti-Lavalas se poursuivent dans les quartiers populaires. Une nouvelle organisation dénommée «Base Frustrée» a entamé une mobilisation à Martissant où des barricades enflammées ont été érigées, bloquant la Grand-Rue en direction de Carrefour. Les manifestants réclamaient leur intégration à un pouvoir «qui semble les avoir oubliés». «Ce sont les gens qui avaient voté Lavalas, qui avaient lutté, qui sont tenus à l'écart», a dit l'un d'eux, faisant écho aux revendications d'autres groupes de Cité Soleil. Mais cette fois, les protestataires sont allés bien au-delà des demandes d'emploi pour embrasser des problèmes de fond qui minent aujourd'hui le régime. «Ce mouvement a débuté depuis trois heures du matin, et les activités sont bloquées... Nous avions voté, nous ne l'avions pas fait pour que les choses soient ainsi. Et jusqu'à présent nous disons qu'il faut qu'Aristide se prononce. Autrement nous recommencerons de plus belle. L'objectif de ce mouvement c'est pour dénoncer la corruption au sein du pouvoir Lavalas», a dit un autre militant qui a poursuivi ainsi: «Nous demandons qu'aucun patripoche ne prenne la parole au nom du peuple. Spécialement Yvon Neptune qui parle toujours du peuple, alors que le peuple ne peut pas se nourrir. Et nous demandons au président Titid une rencontre en urgence. Nous avons voté, nous avons lutté, nous sommes dehors. Il nous avait promis que 2001 sera bon pour de bon; on nous a dit que nous allions avoir la paix dans les têtes, la paix dans les ventres; ils nous ont dit qu'ils allaient investir dans l'humain, nous n'avons encore rien vu de concret alors que des gens continuent à s'enrichir. Nous demandons que Chérestal et tous ses acolytes, le ministre Ménard, tous, s'en aillent, cèdent la place à un autre groupe, pour qu'Aristide choisisse un autre groupe de gens pour gérer le pouvoir.»

Les manifestants ont cependant pris expressément la peine de mettre en garde la Convergence démocratique contre toute tentative de récupérer leur mouvement. Ils ont rappelé que les leaders politiques qui composent la Convergence ont déjà fait l'expérience du pouvoir, et qu'ils ont fait de même que Lavalas aujourd'hui.

Cette montée de la contestation contre l'équipe au pouvoir ne peut point être mise, comme on le voit, au compte des manipulations que voudrait bien pouvoir réaliser la Convergence en la circonstance. Si les cris d'«A bas Chérestal» (le Premier ministre) qui fusaient devant le Palais de justice, lors de la cérémonie de la rentrée judiciaire, pouvaient paraître comme un épisode dans le conflit existant entre le Premier ministre et son ministre de l'Intérieur, les événements à Cité Soleil et à Martissant sont venus montrer que les admonestations au régime ne revêtent point un caractère circonstanciel ni conjoncturel. Ces querelles intestines ne font que mettre à nu le désordre existant au sein du gouvernement qui est directement interpellé par la population.

Comme une traînée de poudre en effet, le mouvement s'est étendu en province. C'est ainsi qu'à Jérémie, le lundi 5 novembre la ville s'est réveillée sous les fumées de pneus que faisaient brûler des membres d'organisations populaires réclamant une amélioration dans l'administration publique, la construction de la route de la Grand'Anse (promise auparavant par le président René Préval), des solutions à la vie chère, au chômage, au manque de courant électrique, etc. Ces groupes, qui avaient lancé la semaine dernière le slogan «Bourik la bouke» (l'âne est fatigué), ont menacé de reprendre leur mouvement si aucune disposition n'est prise en rapport avec leurs revendications.

À St-Marc, dans l'Artibonite, le Rassemblement des militants conséquents (Ramico) dénonce la corruption qui ronge le pouvoir Lavalas alors même que la situation économique du peuple se détériore de plus en plus. Le porte-parole Jean Hugues Narcisse a déclaré en cette occasion:«La solution se trouve entre les mains du peuple haïtien. N'est-ce pas le peuple haïtien qui avait lutté contre l'armée d'Haïti? N'est-ce pas le peuple qui avait ramené au pouvoir Aristide avec ses discours trompeurs?...», a dit Narcisse qui a mis l'accent sur le contraste actuel entre la misère du peuple et les gaspillages de fonds publics dans le lobbying et l'achat de résidences pour les dignitaires.

Ces mouvements n'auraient pas laissé indifférent le pouvoir qui voudrait les contourner. Aussi chercherait-il à détourner ces critiques, par exemple vers la personne du seul Premier ministre Jean-Marie Chérestal qui servirait de victime expiatoire. D'autant qu'avec l'occupation d'une villa de 22,5 millions de gourdes dont l'État haïtien a fait irrégulièrement l'acquisition, il prête bien le flanc aux accusations que ne lui ménagent point des clans lavalassiens rivaux. Paul Raymond des TKL de St-Jean-Bosco et René Civil de JPP semblent avoir été appelés à la rescousse pour jouer à désamorcer l'indignation populaire. «Aujourd'hui quand je considère que ce Premier ministre est un Premier ministre en contradiction avec les revendications populaires, qui ne se mélange pas avec les bases, c'est dans ce sens que le peuple haïtien, du nord au sud, de l'ouest à l'est, réclame le départ du Premier ministre et de ses acolytes pour que le pays sorte de la situation difficile où il se trouve», a dit Paul Raymond qui estime qu'Aristide est encore l'élu du secteur populaire. Pourtant, il ne s'agit point seulement d'une question de Premier ministre, c'est toute la politique gouvernementale et plusieurs des ministres à la réputation plus que douteuse qui sont désavoués. D'ailleurs, la rencontre du mercredi 31 octobre du président Aristide avec les directeurs généraux et départementaux des ministères, où il leur a demandé d'éviter le gaspillage des ressources de l'Etat, n'a pas eu l'heur de décourager le sentiment de révolte chez les militants de base.

Évidemment, les secteurs concurrents de Lavalas tentent quand même, même si le peuple les a explicitement démasqués, à tirer parti de la situation. C'est ainsi que Rony Mondestin, un ex-sénateur en 1991, est réapparu comme un fantôme à la tête d'un «comité provisoire» du MRN le 30 octobre pour une conférence de presse au cours de laquelle il s'est attardé sur la corruption qui règne au sein de Lavalas. Plusieurs syndicats «jaunes» comme la CATH, la CTH et l'OGITH ont ainsi appelé Fanmi Lavalas et la Convergence de se débrouiller pour trouver une solution à la crise post-électorale avant le 15 novembre. Pourtant c'est uniquement Lavalas qu'ils ont ciblé dans leur ultimatum. D'après ces syndicalistes «monsieur Aristide» a une alternative: ou bien «il trouve un accord minimal avec l'opposition ou il déclare de nouvelles élections dans le pays». Dommage pour ces individus, car le peuple haïtien n'a que faire de leur opportunisme et de leurs élections, et réclame une politique gouvernementale qui aille dans le sens des intérêts des travailleurs et des démunis, non point des élections à répétition qui sont un moyen évident de renvoyer continuellement aux calendes grecques la lutte pour la conquête de ses idéaux de «Justice, Transparence et Participation».

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