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31 Octobre  au  6  Novembre  2001


LAVALAS:
«L'ingratitude» est une vertu

Au cours de sa dernière conférence de presse à Port-au-Prince le mardi 23 octobre 2001, le Parti populaire national (PPN) appelait à la constitution d'une alternative populaire à Fanmi Lavalas au pouvoir et à la Convergence démocratique. Le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy avait dénoncé entre autres: l'alliance du régime Lavalas avec la bourgeoisie patripoche; le recyclage au gouvernement de putschistes notoires comme Marc Bazin, Gary Lissade et d'un dilapidateur des deniers publics de la trempe du ministre du Commerce Stanley Théard; le gaspillage de fonds publics dans l'achat de villas luxueuses pour loger les dignitaires et ex-dignitaires du régime et des frais inexpliqués d'un lobbying par ailleurs sans succès aux Etats-Unis; la misère du peuple face à laquelle rien de substantiel n'a été réalisé ni projeté. Les masses populaires elles-mêmes ont commencé à dénoncer vivement cette situation de façon bien explicite dans des quartiers populaires de la capitale et ailleurs considérées comme des bastions de Lavalas depuis 1990. Le PPN avait également mis la nation en garde contre une tentative de récupération de cette déception populaire par la Convergence «démocratique» qui, comme Fanmi Lavalas, a déjà montré son désintéressement par rapport aux problèmes qui rongent le pays et sa totale soumission aux intérêts étrangers.

Il n'en fallait pas plus pour que le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune montât au créneau le 25 octobre, pour vouloir dénoncer «l'ingratitude» du PPN: «L'allié de Fanmi Lavalas, c'est le peuple haïtien... Quelqu'un qui veut se faire passer pour allié de Fanmi Lavalas - comme nous venons de le dire tout à l'heure, nous autres, notre allié c'est le peuple haïtien et tous ceux qui croient dans la lutte du peuple haïtien, - c'est à lui de donner des explications. Nous-même n'avons pas de réponse à cette question», a-t-il répondu à la presse dans son désarroi. C'est qu'en effet «le peuple a les yeux ouverts, il observe, il fait travailler son cerveau», reconnaissait pourtant Yvon Neptune lui-même quelques jours auparavant, le 19 octobre sur les ondes de Radio Kiskeya. Le président du Sénat se sent donc observé aujourd'hui par ce peuple et le secrétaire général du PPN n'a fait que dire publiquement cette désapprobation populaire qui inquiète et fait bouillonner Yvon Neptune. Par ailleurs l'ex-président René Préval n'était-il pas plus qu'un allié des dirigeants de Fanmi Lavalas qui, incapables d'expliquer le pourquoi des sommes dépensées pour du «lobbying» à l'étranger, voudraient l'en accabler pour se disculper?

De tels reniements ont donc dû être rappelés par le secrétaire général du PPN qui a dénoncé à nouveau le 29 octobre le comportement de Fanmi Lavalas toujours prêt à lâcher ceux (y compris le peuple) qui l'ont appuyé pour arriver au pouvoir. «Nous savons que François Duvalier avait un principe. Il disait toujours que "la reconnaissance est une lâcheté". J'ai l'impression que Fanmi Lavalas, lui, a paraphrasé pour dire: "l'ingratitude est une vertu"», a déclaré Ben Dupuy qui estime qu'on ne saurait s'en prendre à des compagnons de route d'hier parce qu'ils sont devenus critiques aujourd'hui face à la trahison par Fanmi Lavalas des idéaux du 16 décembre 1990: «Justice, Transparence, Participation», les «trois roches au feu» comme disait si justement le chef du parti Fanmi Lavalas, le président Aristide. Dire qu'on n'a d'allié que le peuple haïtien, encore faut-il être capable de montrer à ce peuple qu'on oeuvre dans son intérêt. Autrement c'est de la grossière démagogie à laquelle se livre le représentant national de Fanmi Lavalas. C'est aussi renier le travail immense réalisé par de nombreux militants dans la lutte démocratique depuis 1986, qui avait abouti en 1990-1991 à l'avènement du mouvement Lavalas au pouvoir. Parlant du président Aristide et des dirigeants des Etats-Unis, Dupuy a poursuivi: «Nous lui avons dit qu'ils ne lui feront jamais confiance parce que le peuple lui a fait confiance. Donc nous avons remarqué que c'est un autre Aristide qui est revenu. Et quand Neptune dit qu'il n'a pas d'allié, que c'est le peuple son allié: non. Mais il en a puisque nous voyons que c'est une bande de gros macoutes et de grands putschistes qu'il a mis au gouvernement». Evidemment, outre le CEP macouto-bourgeois, on a droit à un gouvernement idoine constitué entre autres de Marc Bazin (Premier ministre de facto pendant le coup d'Etat), Gary Lissade (ancien conseiller du général putschiste Raoul Cédras) et Stanley Théard (qui a un dossier judiciaire constitué pour avoir siphonné 4,5 millions de dollars sous Jean-Claude Duvalier).

Est-ce de sa faute si Fanmi Lavalas s'en prend aujourd'hui au PPN? Le PPN ne défend point une personne, mais bien des principes. «Nous ne pouvons être des fanatiques d'une personne ni d'un courant politique qui a dévié des principes l'ayant justement rendu populaire», a indiqué à juste titre le secrétaire général du Parti populaire national, Ben Dupuy qui avait démissionné de son poste d'ambassadeur itinérant pour protester contre le retour au pouvoir d'Aristide avec des forces militaires de l'impérialisme qu'on critiquait l'avant-veille et qui était à l'origine du coup d'État. A l'époque, Aristide avait été approuvé par les gens tout aussi sans principes de l'OPL et compagnie., les Evans Paul alias K-Plim, les Victor Benoît, etc., dirigeants aujourd'hui de la Convergence. C'est cette erreur initiale que nous payons cher aujourd'hui. L'impasse dans laquelle Lavalas se trouve est une conséquence de tout ce qu'a entraîné de négatif ce chemin pris pour revenir au pouvoir. Il s'avère donc tardif pour les Yvon Neptune et consorts de dénoncer maintenant le «laboratoire» et ses comparses de l'OEA qui ont enfoncé le pays dans une crise électorale «créée de toutes pièces», comme le clame finalement Neptune, qui ne doit point oublier cependant que, dès le début et sans relâche, le PPN n'a fait que dénoncer la duperie entourant ces «négociations pour résoudre la crise». Maintenant que, à cause d'un opportunisme effréné, Fanmi Lavalas au bout du compte et à bout de concessions a les pieds pris dans la glu («pye il pran lan gonm»), son représentant voudrait ruer sur les brancards; les carottes sont malheureusement déjà cuites. Peut-on bénéficier de ses propres erreurs? Ainsi si Yvon Neptune oserait croire que des critiques fondées et populaires à l'endroit de son parti et de son gouvernement constituent de l'ingratitude, qu'il sache bien que cette «ingratitude» est en l'occurrence une vertu en harmonie avec les revendications et les idéaux du 16 décembre 1990.

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