Actualité politique
L'étau se referme sur Fanmi LavalasCela fait la énième mission de l'OEA en Haïti afin de résoudre, paraît-il, la crise politique fabriquée par la communauté internationale à la suite des élections du 21 mai 2000. Les voyages du secrétaire général de l'OEA, César Gaviria n'ont pas connu plus de succès que ceux de son adjoint Luigi Einaudi qui, lui, la semaine dernière en était à sa quinzième visite. Pourtant depuis le 28 juillet 2001, le secrétaire général a un représentant spécial en Haïti, l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas qui s'échinerait en permanence à ramener les principaux protagonistes, Fanmi Lavalas et la Convergence, à la table des négociations pour conclure un accord susceptible de débloquer, promet-on, l'aide internationale. D'autant que le 15 juillet 2000, les parties se disaient elles-mêmes à deux doigts d'un compromis. Pourtant il a fallu attendre ce nouveau séjour d'Einaudi pour ré-entamer ces éternelles négociations qui, soit dit, sont le dernier souci de la population.
Arrivé le jeudi 11 octobre, Einaudi a eu des rencontres séparées avec chaque partie le lendemain avant la grande journée du samedi 13 octobre au cours de laquelle se sont tenues les pourparlers. Le secrétaire adjoint de l'OEA a défini ainsi sa mission: «La nouvelle charte démocratique internationale; on a la création élargie pour un groupe d'amis du secrétaire général pour Haïti. Et on a très important une réinsertion stratégique internationale et je viens, espérons pouvoir..., les contributions de l'ambassadeur Romero et de mes collègues, … de pouvoir relancer les négociations. Naturellement je crois enfin et le pas c'est de faire des compromis qui permettront à construire un accord initial et commencer à normaliser peu à peu leurs relations interne et externe».
Dès le vendredi 12 octobre, Einaudi a commencé à rencontrer les protagonistes séparément. Avec, pour la Convergence: Gérard Pierre-Charles, Micha Gaillard, Victor Benoît, Reynold Georges et Osner Févry, et pour Fanmi Lavalas: le ministre des Affaires étrangères Joseph Philippe Antonio, le porte-parole Jonas Petit, le sénateur Gérald Gilles et Paul Antoine du bureau de presse de la Présidence. Absence remarquée du Premier ministre Jean-Marie Chérestal qui, auparavant était toujours en premières lignes en ces occasions.
«Le document est là, il restait un seul petit point sur la date des élections; nous étions prêts à nous entendre là-dessus l'après-midi même. Tous les points d'accord avec la Convergence ont été inscrits dans le document le 15 juillet. Tous les autres points sont de la surenchère de la Convergence, et il était clair pendant cette rencontre, même le représentant, plutôt le secrétaire général, M. César Gaviria lors de la réunion avait lui-même indiqué à la Convergence que ces points n'étaient pas dans le document. D'où si nous sommes prêts pour signer un accord, eh bien avançons», a dit le représentant national de Fanmi Lavalas et président du Sénat Yvon Neptune, qui a même pris la mouche cette fois. Il a en effet élever le ton pour fulminer contre les réactionnaires locaux et étrangers: «Malgré les manoeuvres des anciens et des nouveaux putschistes pour détourner le vote du 21 mai, étant donné que les actes terroristes n'étaient pas parvenus à bloquer les élections du 26 novembre, les patrons de l'OEA ont inventé et pris prétexte de voix mal comptés pour essayer d'annuler la décision prise par le peuple en faveur du président Aristide, en faveur de Fanmi Lavalas», a dit Neptune qui a rappelé les concessions de son parti: démission de sept sénateurs, élections anticipées pour ces sièges et la Chambre des députés qui a accepté aussi une réduction de mandat. Son collègue Martineau Guerrier du Nord a même qualifié l'Initiative de la société civile d'«institution satellite de la Convergence».
En fait cela traduisait beaucoup de nervosité de la part des représentants de Fanmi Lavalas, juste avant la reprise des négociations. Ils se sont vus piégés pour de bon cette fois, jusqu'à se rappeler au bon souvenir du peuple dont ils ont fait peu cas depuis leur arrivée au pouvoir. C'est que Einaudi ne s'en est même pas caché, il était venu arracher les dernières concessions qui correspondent justement aux exigences de la Convergence.
Toujours est-il que les négociations du samedi 13 octobre 2001 se sont soldées par un échec qu'Einaudi a refusé de qualifier comme tel. La date des élections pour les collectivités territoriales a semblé être la pierre d'achoppement. «Ce que nous avons pu constater c'est qu'il n'y a pas de problème pour les élections des 2/3 du sénat et de la chambre des députés. Mais le problème vient de la question des collectivités territoriales», a dit le «médiateur» de l'ISC Rosny Desroches. En fait Fanmi Lavalas ne pouvait se plier à ce point, puisque les collectivités territoriales représentent le plus fort pourcentage de sa base et de sa clientèle politiques. Yvon Neptune avait toujours dit que le mandat des collectivités territoriales n'était pas négociable; il était même allé jusqu'à dénoncer l'OEA et la Convergence de fomenter un complot pour annuler les élections du 21 mai. En effet, puisqu'un conflit «sémantique» s'est ajouté aux discussions, puisque dans le texte Fanmi Lavalas exige que le qualificatif «anticipées» soit maintenu à côté d'élections. Ce qui est juste en soi que la Convergence n'accepte point pour ne pas paraître légitimer les élections du 21 mai 2000 que cette opposition c0onteste.
Pour sa part, Paul Denis de l'OPL/Convergence a accusé Fanmi Lavalas de revenir sur ses concessions du 15 juillet 2001. «En juillet, ils avaient proposé des élections pour la Chambre des députés, 18 sénateurs, les collectivités territoriales entre mars et juillet de l'année 2003. Et nous autres avions une autre proposition, à savoir des élections législatives en novembre et un deuxième de législatives à la discrétion du CEP, mais ensemble avec les collectivités territoriales», a cru rappeler Denis.
Comme on peut le voir, d'une concession à l'autre, Fanmi Lavalas n'est pas au bout de ses peines, d'autant plus que de façon plus marquée ce3tte fois, les médiateurs se joignent à ses adversaires pour lui imputer le blâme. Le gouvernement Lavalas s'est jeté de lui-même entre leurs bras, au mépris du peuple qui l'a porté au pouvoir. Il n'a point cherché d'autre voie pour le développement que celle, conformément au modèle dominant, de se mettre à l'affût de l'incontrôlable manne internationale qui devrait lui tomber dans les mains grâce à sa soumission aux diktats des Institutions financières internationales.