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17 au 23   Octobre  2001


La PNH, un corps de policiers ou de tortionnaires?

Une situation vraiment tendue s'était développée à Cité Soleil le lundi 15 octobre 2001. Des tirs d'armes à feu, des barricades de pneus enflammés érigées sur la voie publique et les activités complètement paralysées. Les jeunes de la zone ont par suite entamé ce mouvement pour protester contre les exactions de la police dans ce bidonville de la capitale, accusant les policiers de tirer certains jeunes de leurs demeures sous les yeux de leurs parents impuissants pour les abattre sans autre forme de procès. C'est ainsi au cours de la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 octobre trois personnes ont été tuées, dont un adolescent de 16 ans dans le secteur de Bas-Boston. Pour comble, sur la liste des victimes figuraient une vieille dame de 90 ans et une jeune femme enceinte. Le cadavre de l'une des victimes a été mangé par les chiens et les porcs.

«Cet écolier de 16 ans, ils l'ont emmené près du Batimat (un terrain vague). C'est la première fois que j'ai vu qu'on écrasait la tête d'un enfant de 16 ans avec un projectile puis un autre au pied, deux autres au ventre et au dos. Puis ils l'ont jeté dans un mare d'eau bien ligoté derrière le Batimat», a expliqué un proche. Il y aurait quatre victimes en plus de celles de la nuit du 14 octobre et du matin du 15 octobre. Des habitants de ce grand bidonville ont bien précisé qu'il n'y a pas eu d'échange de tirs entre des gangsters et la police, mais bien une riposte de la population.

La colère était à son paroxysme. «Nous demandons aux responsables gouvernementaux, aux autorités de l'Etat de prendre des mesures de précaution parce que nous disons cela fort: nous ne négocierons avec aucun pouvoir en place parce qu'ils veulent nous détruire depuis un bon bout de temps. Rien n'est jamais dit pourquoi nous de Cité Soleil n'obtenons pas justice, pourquoi Jean Dominique, le père Jean-Marie Vincent, Antoine Izméry, Guy Malary ne peuvent obtenir justice. Ils ont dit qu'ils nous ont achetés à Cité Soleil, personne ne nous a achetés. Nous étions toujours associés avec Fanmi Lavalas, mais maintenant nous avons presque défait ces liens car les actes barbares, arbitraires... s'il n'y a pas de changement à cela, nous allons passer prendre Bel-Air, La Saline, Jérémie, Les Cayes, beaucoup d'autres zones pour nous soulever, pour chahuter, conspuer le mouvement Lavalas. Il faut que nos revendications soient satisfaites», a indiqué un résident du bidonville. D'autres se sont dit déçus de se voir victimes de policiers tels que le commissaire Camille Marcellus.

Le commissaire Marcellus et l'inspecteur de police Yvens César ont en effet poussé la barbarie et l'outrecuidance jusqu'à maltraiter publiquement, menacer de mort et briser les appareils de travail du journaliste Jean-Robert Delciné dûment identifié comme reporter de Radio Haïti Inter. En plus de vouloir couvrir leurs actes criminels, ces tortionnaires semblent avoir quelque chose de particulier contre «moun Jean Dominique yo» (les gens de Jean Dominique), suivant leurs propres termes. Est-ce l'extension désormais du «Zéro tolérance» aux journalistes?, alors que, comme le signalait l'éditorial de Radio Haïti Inter le lendemain, même les parties en conflit ne se sont jamais attaquées à ses reporters à qui, bien au contraire elles ont l'habitude de s'adresser à tour de rôle pour donner leurs versions respectives des raisons d'un conflit en cours?

Cette rage, cette furie, ces méthodes d'ancien régime ont révolté des confrères journalistes presque partout à travers le pays, d'autant plus que cela semble avoir été érigé en système par les policiers, disons même par les dirigeants de la PNH, puisque on n'arrive pas à comprendre autrement ces attaques successives contre des journalistes en un si bref laps de temps. Rappelons entre autres, en l'occurrence, les blessures par balles reçues par un journaliste dans le nord du pays et la bastonnade infligée à un autre, il y a à peine une dizaine de jours. «J'en profite pour annoncer que j'aurai une rencontre avec la justice sur plusieurs cas de journalistes battus par la police ou arrêtés arbitrairement. Nous allons en discuter avec l'inspecteur général en chef de la police Victor Harvel Jean-Baptiste», a indiqué le secrétaire général de l'Association des journalistes haïtiens, Guy C. Delva. Il ne devrait pas fonder grand espoir sur cette rencontre, puisque l'exemple vient de haut. C'est d'ailleurs assez symptomatique de voir les policiers apostropher un journaliste en le traitant de «moun Jean Dominique yo», autrement dit l'immunité absolue arborée par le Sénat (voir l'article: «Les sénateurs pourront-ils continuer à fuir?») devrait être un gage d'impunité pour eux-mêmes.

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