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Reprise des négociations ou ultimatum pour le 15 octobre?Le représentant du secrétaire général de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas, a annoncé pour bientôt la reprise des négociations autour de la crise post-électorale entre Fanmi Lavalas et la Convergence. Il a dit être en contact permanent avec les dirigeants de ces deux groupes politiques rivaux qui, selon lui, se disent disposés à reprendre les discussions interrompues depuis la mi-juillet. Pourtant il s'est montré réservé sur l'ordre du jour des pourparlers, tout en manifestant sa hâte d'en arriver à l'insaisissable accord final entre les protagonistes: «C'est ça l'idée; c'est certain très prochainement. Je (pense) que finalement on pourra sortir avec un accord; c'est le but, on pourra le faire», a dit le diplomate mexicain. Un optimisme qu'il aurait «attrapé», semble-t-il, à l'issue de deux rencontres avec la Convergence et Fanmi Lavalas.
La première, il l'a eue avec la Convergence, en présence de plusieurs membres du corps diplomatique. Comme d'habitude, ce fut une occasion pour l'opposition de se plaindre auprès de ses tuteurs étrangers de la situation préoccupante qui accable le pays, situation qui se confondrait avec la leur, si l'on comprend bien. «Nous avons précisé nos positions quant aux questions qui restent à négocier avec Lavalas et clarifié nos positions en ce qui concerne la reprise des négociations. Les points qui restent à négocier sont les suivants: 1. la date des prochaines élections législatives et territoriales; 2. le calendrier de départ des élus contestés; 3. l'environnement politique», a dit Paul Denis qui a demandé à Romero Cuevas de faire part au secrétaire général de l'OEA César Gaviria de la volonté de la Convergence de reprendre les négociations «d'ici le 15 octobre». Si la libération de leurs militants arrêtés n'est plus une condition contraignante, les dirigeants de la Convergence exigent encore une ambiance de détente préalable à la relance des pourparlers. «Au niveau de la Convergence démocratique, toutes les personnes arrêtées après le 28 juillet, dont on a demandé la libération ont été libérés... Mais il reste un autre obstacle: la création d'un climat de paix et de tranquillité permettant que tous ceux qui sont dans le maquis retournent chez eux, afin que tout le monde se sente à l'aise pour parler, négocier, discuter, partager...», a précisé Denis. Les leaders de la Convergence ont même demandé la visite de la commission interaméricaine de droits humains en Haïti pour évaluer la situation. Romero Cuevas leur a promis, simplement promis d'entreprendre des démarches auprès des autorités pour corriger la situation. Tout le haut état-major de la Convergence avait répondu présent à cette rencontre avec les représentants de la communauté internationale: Victor Benoit (Konakom), Serge Gilles (Panpra), José Nicolas (Mochrenah), Hubert de Ronceray (MPSN), sauf le Pademh et surtout le RDNP de Leslie Manigat. Quant au Konakom, son leader Victor Benoit avait dans une note de presse précédente exigé l'intégration de l'opposition et de la société civile à un gouvernement intérimaire qui devrait sortir de tout accord politique.
Le lendemain, soit le 27 septembre 2001, c'était au tour de Fanmi Lavalas de rencontrer l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas en compagnie des représentants des pays dits amis d'Haïti. Le parti de Jean-Bertrand Aristide avait toujours clamé être prêt à reprendre les négociations là où elles s'étaient arrêtées le 16 juillet 2001, sans conditions. Pour lui, il suffirait qu'il y soit invité par Romero Cuevas, ce qui a été le cas. C'est le sénateur de la Grand'Anse Gérald Gilles de la délégation de Fanmi Lavalas qui a lavé le voile sur cette rencontre. «Ce n'était pas une rencontre proprement dite, c'était surtout un déjeuner où les ambassadeurs des pays amis et l'ambassadeur Romero Cuevas ont dialogué avec Fanmi Lavalas pour nous expliquer, voire analyser comment on va redémarrer avec les négociations... Nous autres de Fanmi Lavalas leur avons dit clairement que le mandat des collectivités territoriales, nous ne le négocierons pas. Nous n'avons jamais laissé entendre que nous allions négocier le mandat des collectivités territoriales, c'est-à-dire les maires, les Asec et les Casec. De plus nous leur avons fait comprendre que seul Fanmi Lavalas fait toujours des pas en avant et qu'il y a une tendance faisant accroire que c'est Fanmi Lavalas qui fait machine arrière», a révélé Gérald Gilles qui a parlé d'élections pour les sept sénateurs démissionnaires, de réduction du mandat des députés et du tiers du Sénat. Avant lui, le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune, avait mis la Convergence en garde contre tout ajout de nouveaux éléments aux «documents» dont ils ont discuté jusqu'à l'arrêt dit provisoire des négociations le 16 juillet 2001. Vu que Fanmi Lavalas s'est déjà tellement mis à la merci de la communauté internationale, on a plutôt l'impression que ces bravades relèvent plutôt d'une tactique que d'une réelle détermination à ne pas continuer sur la voie des concessions.
Évidemment, l'Initiative de la société civile a accueilli positivement ces pas vers la reprise éventuelle des négociations. Les membres de l'ISC qui s'étaient réunis autour de la crise politique et du renforcement du rôle de médiateur de l'organisation, n'en disent pas moins: «Nous pensons que ça ne peut pas continuer indéfiniment. Il faut que quelque part on puisse réaliser que si les positions ne sont pas conciliables, nous devons mettre notre pensée ailleurs», a déclaré Edouard Paultre.
Ce développement de la situation n'est pas étranger aux actions des représentants de la communauté internationale sur place qui n'ont cessé de pousser à la roue pour une relance des pourparlers. L'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran a profité de son passage à Jérémie pour appeler à la reprise des négociations «sur la base des acquis des négociations déjà entreprises», c'est-à-dire là où elles étaient suspendues le 16 juillet dernier. L'ambassadeur d'Espagne et de l'Union européenne, Rafael Matos Carreaga et celui du Canada, Kenneth Cook n'ont pas manqué de reprendre le discours de Dean Curran. Comme on peut le voir, il n'y a eu aucun progrès majeur entre-temps pour en arriver à un accord final. Tout ce que cela indique, c'est que des pressions accrues s'exercent sur Fanmi Lavalas pour l'amener à la capitulation… finale. Et cette nouvelle offensive de la communauté internationale ne serait pas étrangère à la vigoureuse réaction du président de la République et chef du parti Fanmi Lavalas au cours de son discours aux Gonaïves le 30 septembre. Le président Jean-Bertrand Aristide, y a fait explicitement référence au «terrorisme économique», critiquant les représentants de la communauté internationale pour avoir tenu la dragée haute à Haïti, à cause de ce qu'il a qualifiée lui-même de «fausse crise» fabriquée dans leur laboratoire. Le chef d'Etat haïtien a notamment crié à l'injustice face au fait que son pays a déjà versé cinq millions de dollars d'intérêts sur des fonds que la Banque interaméricaine (BID) n'a pas encore décaissés sous prétexte de la crise politique qui n'est toujours pas résolue.