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3 au 9   Octobre  2001


30 SEPTEMBRE 1991 - 30 SEPTEMBRE 2001
Le Président dénonce le «terrorisme économique»

C'est aux Gonaïves que le président Jean-Bertrand Aristide, a commémoré le 30 septembre 2001, dixième anniversaire du coup d'Etat sanglant qui l'avait renversé du pouvoir en 1991. Dans une chaude ambiance, ses partisans mobilisés sont venus ce jour-là l'accueillir à l'entrée de la ville pour l'escorter à pied et l'accompagner jusqu'au commissariat de police. L'animation s'est poursuivie sur la place d'armes où devant plusieurs milliers de personnes, le chef de l'Etat allait délivrer son message.

Saisissant opportunément ces moments, il a assimilé les putschistes Raul Cédras, Philippe Biamby et Joseph Michel François à des terroristes politiques. Faisant référence au massacre de Saint Jean Bosco du 11 septembre 1988, au coup d'Etat du 30 septembre 1991 et à l'attentat terroriste du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, il a condamné les actes terroristes sous toutes leurs formes, et considéré la cessation de l'aide internationale à Haïti sous prétexte de la crise électorale comme un acte de terrorisme économique. Selon lui, ce sont des «terroristes modernes» qui sont responsables de la misère actuelle du pays, parce qu'ils avaient mijoté le coup d'Etat du 30 septembre 1991. «N'était-ce le coup d'Etat du 30 septembre 1991, que de gens vivraient bien aujourd'hui dans le pays, que de gens sortiraient déjà de la misère, que de gens sortiraient déjà du chômage, que de gens seraient déjà alphabétisés... Le coup d'Etat de 1991 est une crise; cela ne doit plus se reproduire sur la terre d'Haïti. Jamais plus, jamais plus, jamais plus», a dit Aristide qui a poursuivi ainsi: «A la suite des élections du 21 mai, cette même vieille mentalité de colon anime le 'laboratoire' qui a fabriqué une fausse crise qui nous tient à la gorge comme peuple, comme pays». Indiquant la misère du peuple qui augmente, il a rappelé qu'Haïti a déjà payé 8 millions de dollars d'intérêts sur des prêts que la BID n'a pas encore décaissés à cause toujours de la dite crise.

Plus directement, Aristide a établi un parallèle entre l'attentat terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et le sort fait au peuple haïtien. «Les Etats-Unis sont des victimes du terrorisme. Nous aussi sommes des victimes du terrorisme... Tous ceux qui ont faim, sont pauvres et souffrent maintenant à cause du coup d'Etat sont des victimes du terrorisme de l'armée», a-t-il déclaré. En cela, il a été bien soutenu par le sénateur de la Grand'Anse Louis Gérald Gilles qui a ajouté: «Les Etats-Unis veulent Ben Laden; nous, nous réclamons Emmanuel Toto Constant.» Ce dernier est le principal dirigeant du Fraph, l'escadron de la mort, qui terrorisait les partisans de Lavalas pendant les trois années du coup d'Etat. Aujourd'hui, il s'est réfugié aux Etats-Unis où il n'a jamais été inquiété.

Le président Aristide a bien raison de considérer les auteurs du coup d'Etat comme des «terroristes politiques» et d'assimiler les sanctions économiques injustifiées de la communauté internationale à du «terrorisme économique». Mais quand il se plaint du manque de justice comme un vulgaire opposant, on est en droit de se demander pourquoi n'agit-il pas, lui le chef de l'Etat? D'ailleurs son homme-lige, le sénateur Gérald Gilles, a déclaré que depuis le mois de mars 2001, le gouvernement haïtien est en possession des documents du Fraph que les dirigeants haïtiens avaient toujours refusé de retirer de l'ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince, parce que les noms de citoyens de ce pays ont été rayés de la liste des criminels et des complices. Cela se comprend bien puisque le gouvernement Aristide-Chérestal même regorge de «terroristes économiques». Tel le ministre du Commerce et de l'industrie Stanley Théard qui a été rappelé à ce poste qu'il occupait sous Jean-Claude Duvalier, malgré qu'un de ses détournements de 4,5 millions de dollars de la caisse publique aient été rendus publics notamment par une commission d'enquête administrative. Aristide aurait pu dire aussi aux Gonaïves: «que des gens seraient déjà alphabétisés!», faisant référence à ces 4,5 millions de dollars volés par Théard.

Fort de cette impunité lavalassienne, Stanley Théard se paie même des visites officielles dans l'arrière-pays, comme à Aquin et à Petit-Goâve, où il prétend favoriser l'émergence de micro-entreprises, calquées peut-être sur sa fameuse entreprise IPALA. Sans compter qu'il fait et défait dans son ministère, renvoyant des employés pour les remplacer par ses anciens comparses sous le régime de Duvalier. Et ce n'est là que la pointe de l'iceberg, puisque l'ex-ministre des Finances de Jean-Claude Duvalier, Frantz Merceron, le grand argentier qui imaginait les grossiers artifices pour le pillage des fonds publics, comme nous l'avions montré dans nos publications successives du rapport de la commission d'enquête, revient sans être inquiété séjourner dans la capitale haïtienne où il est arrivé encore au début de cette semaine en passant par la frontière haïtiano-dominicaine pour s'envoler ensuite par l'aéroport international Maïs-Gâté.

Comme d'habitude, l'anniversaire du coup d'Etat sanglant du 30 septembre 1991 a été une occasion pour toutes les organisations populaires et de droits humains de se prononcer. La Fondation 30 Septembre, la Coordination nationale de la marche mondiale des femmes 2000, la Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains, la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR),les TKL de Saint-Jean-Bosco, Amnesty International, Fanm Vanyan Marigo et autres organisations des villes de province ont fait autant d'interventions pour marquer ce 30 septembre. «L'Etat n'a t-il pas le devoir de mener des investigations, de prévenir l'action criminelle et d'éviter la récidive?» s'est demandé la NCHR devant le climat d'impunité que le fameux procès bâclé de Raboteau ne peut estomper. Dans le même sens la Coordination nationale de la marche des femmes 2000, a établi un sombre bilan des dix dernières années: impunité, déception, humiliation, misère, chômage, sur fond de corruption et de gaspillage des maigres ressources de l'Etat dans des projets loin d'être prioritaires comme l'acquisition, à coups de millions de dollars de somptueuses résidences pour les premiers ministres et les anciens présidents. Jean Robert Pierre Louis des TKL de Saint Jean Bosco a repris le discours officiel en déclarant: «Nous en profitons pour demander ce que veulent les pays amis d'Haïti. Est-ce de lutter contre les terroristes qui sèment le deuil chez eux seulement ou bien de combattre le terrorisme dans le monde sous toutes ses formes?» Quant à Amnesty International, après avoir constaté une dégradation de la situation des droits humains en Haïti, l'ONG a concédé: «De toute évidence, la situation en matière de droits humains n'est pas aussi dramatique qu'elle l'était durant les années qui ont suivi le coup d'Etat... Mais le pays n'a pas encore complètement réglé les graves problèmes hérités des années du régime militaire». Chacun y va donc de son petit constat, l'un plus dramatique que l'autre, en attendant le 30 septembre ...2002.

Pendant ce temps le peuple haïtien continue à faire les frais des actions de ses bourreaux encouragés par l'impunité et les faux-fuyants de ceux qu'il a élus pour oeuvrer en sa faveur et lutter pour les idéaux de justice, participation et transparence.

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