Haïti Progrès [HOME]
26  Septembre  au 2 Octobre  2001
Actualité politique


Une alternative s'impose

Après les démarches de la Convergence auprès du représentant permanent du secrétaire général de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas, on pensait que les négociations allaient pouvoir reprendre. Puisque seules les exigences faites par ce secteur à Lavalas semblaient empêcher la relance de ces pourparlers interrompus en principe depuis le 16 juillet 2001 et sa prévenance en l'occurrence aurait pu faire présumer de sa bonne foi, pour une fois. Mais rien de tel ne s'est produit. Rosny Desroches, porte-parole de l'Initiative de la société civile (ISC), une «médiateur» de premier plan, a encore déclaré: «Nous espérons pour très bientôt, parce que plus que jamais il faut que nous resserrions les liens aussi entre nous Haïtiens pour que notre pays puisse aller vers le progrès et aussi vers plus de justice.» Mais cette rengaine est coutumière.

La libération des militants de KID arrêtés récemment sous l'accusation de détention illégale d'armes de guerre a été l'une des principales conditions posées par la Convergence pour revenir à la table des négociations. Le pouvoir avait toujours indiqué que la justice seule pouvait dire son mot dans cette affaire. Comme par le plus pur hasard, le juge du tribunal correctionnel Bernard Saint-Vil a rendu le vendredi 21 septembre un jugement ordonnant la libération de Jean-Bernard Jecroisil, Ernold Jean, Ernst Brutus et Emile Dorlus, les quatre inculpés qui étaient encore retenus en prison. Cet événement a été salué par l'Association des journalistes haïtiens (AJH) et l'Initiative de la société civile (ISC) comme un pas vers la reprise des pourparlers. «Bon, nous autres pensons que c'est une condition suffisante, et naturellement nous ne pouvons parler pour la Convergence, mais nous pensons que s'il y a d'autres problèmes, ces problèmes peuvent trouver une solution autour de la table des négociations», a dit le même Rosny Desroches. Pourtant, Evans Paul, dirigeant de KID, dont les militants venaient tout justement de bénéficier de la mansuétude judiciaire, ne s'est point montré satisfait et a énuméré toute une liste d'autres militants de la Convergence, ou bien incarcérés ou dans le maquis ici et là à travers le pays. Une façon de dire comme son allié Micha Gaillard du Conacom/Convergence que cela ne suffit toujours pas. «Nous disons que la libération est une chose, c'est bien, cependant il serait nécessaire d'avoir d'autres libérations. Et sur le terrain il y a des arrestations, des perquisitions contre les militants et sympathisants de la Convergence. Car que négocions-nous? Nous négocions au prochain round sur un environnement favorable pour que les partis politiques puissent s'exprimer sur le terrain dans le cadre des élections. Et dans ce sens, nous ne pouvons signer une chose alors que concrètement dans la réalité il y a des difficultés voire impossibilité pour que l'opposition mène ses activités comme cela se faisait sous les régimes durs du Fraph et de Duvalier», a dit Gaillard.

Naturellement une telle position constitue une fin de non-recevoir et ne peut qu'irriter Fanmi Lavalas dont le porte-parole Jonas Petit a riposté: «Je crois qu'il est clair pour tout le monde que c'est dans la crise que la Convergence tire son titre de gloire, tout ce dont elle a besoin, tout le support matériel dont elle a besoin pour continuer d'exister. Donc quelle que soit la situation, elle viendra avec des revendications, des conditions de plus en plus compliquées pour qu'on ne trouve jamais un dialogue avec elle. Une façon de faire pourrir la situation et d'être appelée comme sauveur.» Il est un peu tard pour en arriver à ce constat, cependant. Petit en a profité pour dire que Lavalas est toujours disposé à négocier, et il a rappelé les gestes de bonne volonté de son parti: 1. la démission de six sénateurs dont l'élection dès le premier tour du scrutin du 21 mai 2000 a été contestée; 2. le gouvernement actuel qui a été ouvert aux membres de l'opposition; 3. sa proposition de monter un CEP qui intègre des représentants de l'opposition.

Cette situation, ce spectacle, qui perdure au-delà de tout ce que l'opinion publique peut supporter, accable certains secteurs de la société civile qui s'en prennent toujours à Lavalas, confirmant ainsi que la société civile bourgeoise est nettement acquise à la cause de la Convergence. C'est ainsi que René Max Auguste, président de la peu connue Chambre de commerce latino-américaine, a cru le moment arrivé d'intervenir sur la crise politique haïtienne. «J'aurais aimé en tant que président de la Chambre de commerce... voir les acteurs politiques du pays, particulièrement le président Aristide relancer les négociations, faire un effort surhumain pour montrer au monde que dans les circonstances de malheur, l'homme peut tirer des leçons positives, que les Haïtiens puissent avoir entre eux, les acteurs puissent avoir entre eux un dialogue honnête et sincère... Je pense qu'il manque uniquement un peu de leadership; il manque du leadership, quelqu'un, quelque part, j'aurais espéré, le président doit faire preuve de leadership», a dit Max Auguste, qui se sent pousser des ailes, le 22 septembre. Le même jour le représentant de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune a réagi à ces propos en ces termes: «S'il y a des questions de leadership qui se posent, nous ne croyons pas que cela s'applique vraiment au président Jean-Bertrand Aristide. Jusqu'à présent le président Aristide a montré sa capacité de leadership, et nous croyons qu'il y a beaucoup de personnes dans la société, de différents secteurs, qui ont beaucoup à apprendre du président Aristide comme leader.» Une querelle de mots qui ne change rien du tout à la donne.

Dans toutes ces tergiversations et transactions, une chose est pourtant claire: ni Fanmi Lavalas ni la Convergence ne défendent vraiment les intérêts du peuple haïtien. Blanc bonnet et bonnet blanc, ils ne défendent que les intérêts personnels de groupes politiques au service de la bourgeoisie locale alliée à l'impérialisme. Cela se voit à travers une malsaine rivalité pour avoir les faveurs exclusives de la communauté internationale, notamment les Etats-Unis d'Amérique. Cela, le Parti populaire national (PPN) n'a cessé de le faire remarquer et de déplorer que le régime Lavalas ne manifeste la moindre volonté de se distinguer de ses vis-à-vis. Il est réconfortant, cependant, de voir qu'au sein même des deux groupes rivaux des voix commencer à s'élever pour clamer cette vérité. C'est le cas du maire adjoint des Verrettes Anel Beaubrun qui, faisant un constat d'échec de la lutte pour les idéaux du 16 décembre 1990, en appelle aux militants conséquents et conscients pour construire une alternative: «Il faut qu'il y ait des leaders, soit des militants de terrain soit de la direction, qui aillent à la rencontre du peuple pour lui dire ce qui est advenu de la lutte de 1990. Voilà comment on doit réfléchir aujourd'hui face à la situation que nous vivons. Nous ne devons pas abandonner la lutte, et alors nous arriverons à une alternative. Moi-même aujourd'hui en tant qu'ancien militant, je ne veux point abandonner, je prends toujours à coeur la population pour dire que la lutte de 1990 a échoué. Proposons-nous autre chose pour avancer.» Sur ce, il a dressé un constat amer des raisons qui l'ont amené à cette prise de conscience: la justice se vend au plus offrant, le chômage bat son plein, les familles sont démunies, les soins de santé sont un luxe, l'éducation est à vau-l'eau, les projets restent au stade de ...projet, etc. Tout cela tandis qu'on observe au sommet de l'État, non seulement la corruption, mais aussi un gaspillage éhonté, le luxe où se complaisent les parlementaires, l'absence de transparence sinon le gaspillage des fonds publics, comme dans le cas de l'acquisition par l'État de maisons luxueuses pour loger l'ex-président René Préval et l'actuel Premier ministre Jean-Marie Chérestal.

Pourquoi un tel étalage de luxe et un tel gaspillage de fonds publics en ce moment même où la majorité du peuple crève de faim. N'est-ce pas de la pure démagogie ou pour cacher la plaie qu'on demande aux ministres et aux élus d'octroyer 10% de leurs salaires à la campagne d'alphabétisation. Ce ne serait point déplacé que d'observer que ces derniers pourront toujours se rattraper ailleurs pour ce «sacrifice» d'une partie de leurs revenus. Sombre tableau en fait, que le peuple haïtien ne pourra éternellement continuer à contempler tandis que Fanmi Lavalas et la Convergence perpétuent leurs escarmouches entre gens du même monde. Mais comme nous le montre la déclaration du maire Anel Beaubrun, le population est loin d'être dupe, même si d'autres voix tardent à se faire entendre. Une décantation nécessaire se poursuit pour construire une alternative, comme l'a toujours réclamé le Parti populaire national (PPN), et l'une des premières tâches des véritables progressistes est d'oeuvrer à la clarification des enjeux et à promouvoir l'organisation des masses populaires dans ce sens.

www.haitiprogres.com - Cette Semaine/HOME*~http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm