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26  Septembre  au 2 Octobre  2001


UNIVERSITÉ D'ETAT D'HAÏTI:
A quand la fin des crises?

Depuis la chute de la dictature des Duvalier en 1986, l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) est en crise. On pensait qu'après les multiples «déchoucage» de professeurs macoutes et les réformes auxquelles devait aboutir la lutte de la Feneh (Fédération nationale des étudiants haïtiens) pour l'autonomie de l'UEH, tout allait reprendre un cours plus ou moins normal. Loin de là, le désordre s'est poursuivi au point de perturber les années académiques, avec au bout du compte une baisse de la qualité de l'enseignement et une dévalorisation des diplômes haïtiens dans le pays même et à l'étranger. Dans une atmosphère d'impuissance des responsables. C'est que le mal était plus profond qu'une question de professeurs macoutes et d'autonomie par rapport à l'Exécutif qui nommait autrefois le recteur et les doyens, tous des partisans du régime politique en place chargés parallèlement de tuer dans l'oeuf toute démarche contestataire des étudiants.

La crise continue. L'Institut national d'administration, de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI) a du mal à rouvrir ses portes après plus de quatre mois de fermeture «provisoire». Depuis le 11 mai 2001, quand les étudiants de l'année ont bruyamment interrompu l'élection d'un nouveau conseil de direction, parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec la loi électorale. Les étudiants de l'INAGHEI ne veulent point attendre le mois d'octobre comme se l'était proposée la commission de conciliation mise sur pied par le rectorat de l'UEH. C'est ainsi que le samedi 15 septembre, munis de balais, de pelles et de brouettes, ils ont mené une opération de nettoyage de l'institut pour une reprise des cours le lundi 17 septembre 2001. «Les étudiants eux-mêmes attendent l'établissement d'un climat plus ou moins favorable, c'est-à-dire un consensus minimum pour la reprise des cours», à déclaré l'un d'entre eux.

Touché de la crise par certains étudiants, le président de la République a rencontré au Palais national le mardi 16 septembre une quarantaine de professeurs de l'INAGHEI en présence de leur doyen Roger Petit-Frère et du directeur du cabinet particulier du chef de l'Etat, Dr Jean-Claude Desgranges. Au cours de la rencontre, Aristide a fait part de son engagement à oeuvrer au règlement de cette crise. «Je m'engage, je me porte garant pour que les cours soient dispensés dans un climat de sécurité» a dit Aristide qui a plaidé en faveur «de la reprise des activités, dans un climat pacifique tissé de respect mutuel». Il n'en fallait pas plus pour qu'au nom de la sacro-sainte autonomie de l'Université d'Etat d'Haïti, un groupe de professeurs crie au retour du caporalisme, de l'ingérence du pouvoir exécutif dans les affaires internes de l'Université. «Aucune autorité extra-universitaire, de quelque nature qu'elle soit, n'a le droit d'intervenir dans les affaires d'une faculté en particulier et de l'Université en général... Cette démarche rappelle bien le temps où les autorités politiques onoraient et fumaient les portes des Facultés», lit-on dans cette note signé des professeurs Jean Alix René, Ronald Jean-Jacques, Charles Vorbes, Yves Dorestal, Mario Alvarez et Roosevelt Millard. Ces derniers pensent que l'intervention de l'Exécutif sur l'orientation et le fonctionnement de l'université ne lui sera aucunement bénéfique. Mais faut-il bien que quelqu'un tente une médiation dans cette affaire qui paraît sans issue?

L'INAGHEI est habitué à ses crises en plein semestre. Il est rare qu'un conseil de direction régulièrement élu pour un mandat de trois ans arrive à échéance. A la base se trouve toujours une affaire de corruption dans cette faculté où les rentrées annuelles se chiffrent à des centaines de milliers de dollars. Las de ces «déchoucages» intempestifs, les professeurs sont de plus en plus nombreux à préférer la nomination d'un conseil par l'Exécutif ou le rectorat à ces élections tumultueuses par les étudiants. On le voit d'ailleurs dans les déclarations suivantes du recteur actuel Pierre-Marie Paquiot. «Le président de la République est responsable de l'ordre dans tout ce qui se passe. C'est tout à fait normal qu'il soit informé de tout ce qui se passe. Donc, le président de la République, un ensemble d'étudiants lui ont écrit, qui ont posé le problème... Dans cette réunion il n'y a pas eu de brèche du tout, puisque l'université n'est pas un Etat dans l'Etat», a répondu Paquiot à ceux qui parlent d'ingérence de l'Exécutif. La situation reste donc confuse à l'INAGHEI même après la rencontre avec le chef de l'Etat.

Cependant, à la faculté d'Ethnologie, il y a eu une certaine éclaircie le vendredi 21 septembre dans le conflit autour des 360 étudiants admis irrégulièrement en première année, au cours de l'année académique 2000-2001. Le doyen Yves Dorestal a proposé à ces derniers de subir un concours d'admission en vue d'intégrer la faculté. Cette demande avait auparavant provoqué la colère des étudiants qui ont brisé les vitres du bureau de la comptabilité. Le juge de paix Pascal Marc avait dû étre appelé par le doyen pour dresser un constat. Aujourd'hui plus calmement, les étudiants protestataires proposent au décanat d'accepter en deuxième année les étudiants qui ont réussi les onze crédits. Face à ce climat d'apaisement, les activités ont repris à la faculté d'ethnologie en attendant une entente finale.

La capacité d'accueil de l'UEH reste loin en-deçà du nombre de bacheliers postulant une place à l'université. Sur environ 1500 participants à son concours d'admission, la faculté des sciences humaines, par exemple, n'admet chaque année que 150, soit 10% des candidats. Il en va de même pour les autres facultés et instituts. Environ 20 à 30 mille inscrits sont refusés chaque année par l'UEH. Alors chaque postulant doit faire jouer ses relations avec une personnalité influente et des fois utilise même les services d'un racketteur pour entrer à l'université. Cette situation ne va pas sans créer les problèmes que nous avons aujourd'hui.

Les activités ont repris timidement à l'Inaghei ce lundi 24 septembre 2001. Plusieurs centaines d'étudiants ont répondu à l'appel, heureux de pouvoir reprendre enfin les cours. Un délai de 5 à 6 semaines à été accordé aux professeurs pour boucler la session suspendue le 11 mai à cause d'une controverse électorale à l'intérieur de l'institution. Néanmoins la crise proprement dite - qui concerne la nomination ou l'élection d'un nouveau conseil de direction à l'Institut - n'est pas encore résolue.

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