Actualité politique
Le temps presse pour la Convergence?Après une assez longue période marquée par une surenchère d'exigences de toutes sortes à chaque fois qu'elle obtenait de nouvelles concessions, c'est, assez curieusement, la Convergence maintenant qui ferait des démarches pour la reprise des négociations. Après l'assemblée de l'OEA à Lima, au Pérou, où le dossier haïtien ne figurait pas à l'ordre du jour, et suite aux attentats terroristes qui auraient porté les Etats-Unis à tourner leurs regards ailleurs, la Convergence aurait-t-elle ajusté sa position aux circonstances? Toujours est-il qu'elle a pris l'initiative d'écrire au représentant permanent du secrétaire général de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas, pour lui faire part de sa «disponibilité à retourner le plus rapidement possible à la table des négociations». Elle a bien entendu posé des conditions de forme: climat d'apaisement, cessation des persécutions politiques et libération des militants de la KID. C'est Paul Denis de l'OPL/Convergence qui en a fait l'annonce en ces termes: «Nous rappelons que nous avions déjà trouvé une série d'accords avec le pouvoir de facto Lavalas sur la question de la formule pour la formation d'un CEP et d'autres points. Et quand nous retournons à la table des négociations, nous devons reprendre les négociations là où nous les avions suspendues le 15 juillet. A savoir: la date des élections pour les élus contestés du 21 mai; deuxièmement, le calendrier de départ de ces élus contestés et, troisièmement l'environnement politique qui comprend particulièrement un nouveau gouvernement d'union nationale qui puisse rassurer l'ensemble des secteurs de la population.» En fait le demandeur, l'air de rien, demeure tout aussi exigeant, mais pour une fois il se résigne à faire le premier pas en prenant soin de rappeler les points déjà convenus. Mais rien ne dit que ce ne soit pas uniquement pour ne pas se faire oublier et qu'il ne fera pas deux pas en arrière aussitôt que son vis-à-vis acquiescera à sa demande.
Le gouvernement Lavalas semble cependant bien accueillir cette «initiative» de la Convergence. Et parlant de la lettre de l'opposition à l'ambassadeur Romero Cuevas, le ministre de l'Information Guy Paul a déclaré: «C'est une bonne nouvelle parce qu'au moins ça va nous permettre de relancer les négociations. Donc je crois que c'est une très bonne initiative de leur part. Donc nous attendons de voir comment cela se fera.» Et à sa suite le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune a rappelé que son parti était toujours disposé à revenir à la table des négociations sans poser des conditions: «J'ai toujours dit qu'une fois la Convergence prête, que le médiateur de l'OEA nous fait signe, qu'il nous envoie l'invitation nous nous assiérons avec la Convergence. Nous n'avons pas besoin d'écrire à l'ambassadeur, nous avions rencontré l'ambassadeur sur son invitation; il m'a posé des questions et je lui ai répondu... Nous avons déjà fait tout ce que nous devions, de façon à ce que cette situation n'accable plus le pays et le peuple haïtien.» Il a ainsi rappelé les propositions faites par Fanmi Lavalas lors des dernières rondes de négociations à l'hôtel Montana en juillet dernier: 1. élections au plus vite pour les sept sénateurs démissionnaires; 2. élections pour les députés et un tiers du sénat en 2002; 3. élections en juin 2004 pour les sénateurs du 26 novembre 2000. D'après lui, après maintes discussions Fanmi Lavalas et la Convergence s'étaient entendus pour réaliser ces élections en 2002. Néanmoins, Paul Denis pourra toujours dire pour se retirer que les membres des collectivités territoriales ne doivent point terminer leur mandat comme le voudrait Fanmi Lavalas.
Venant toujours à la rescousse de la Convergence et épousant invariablement ses positions, l'Initiative de la société civile fait parallèlement ses efforts pour relancer les pourparlers. Des membres de l'ISC se sont entretenus le vendredi 14 septembre avec une délégation de la Convergence, et ont adressé une correspondance au chef de l'Etat Jean-Bertrand Aristide. Chaque camp, on le devine, a assuré de sa bonne volonté de reprendre les négociations. Même l'Association des journalistes haïtiens (AJH) se disant «profondément préoccupée par la stagnation de la situation politique haïtienne» a entrepris des démarches auprès de Fanmi Lavalas, de la Convergence et du représentant de l'OEA Sergio Romero Cuevas.
Loin de se contenter des quatorze missions précédentes en Haïti de ses supérieurs hiérarchiques, César Gaviria et Luigi Einaudi, sans compter ses initiatives personnelles sur le terrain depuis son arrivée le 2 juillet dernier, Romero Cuevas garde encore l'espoir de voir un jour le bout du tunnel. «Je crois qu'on avance malgré tous les problèmes qu'on a sur les scénarios politiques; je crois qu'on avance... Je dois faire les choses d'une manière systématique, alors ça me prend toujours un petit peu de temps pour pouvoir avancer comme il le faut.» S'il parvient à faire libérer les militants de la KID interpellés plutôt pour vols que pour leur militance politique, Cuevas peut bien organiser une autre ronde de négociations. Si le pouvoir en place persiste à dire que la justice lui est indépendante, le médiateur de l'OEA devra attendre Einaudi, qui devrait arriver bientôt en Haïti, d'après Micha Gaillard, membre du Conacom et un des principaux dirigeants de la Convergence.
Qu'est-ce qui amènerait à nouveau le numéro 2 de l'OEA Luigi Einaudi en Haïti sinon qu'il serait sûr d'être parvenu à ses fins, conformément au scénario tracé par Washington pour résoudre la crise «haïtienne»? Certains indices pourraient permettre non pas de spéculer, mais plutôt d'interpréter le jeu en coulisses des négociations. Ainsi, en ce matin du mardi 18 septembre, à la célébration à l'église épiscopale Ste-Trinité, on pouvait remarquer le président de la République et son épouse, les ministres Joseph Philippe Antonio, Gustave Faubert, Guy Paul, l'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran, Gérard Gourgue le «président» désigné par la Convergence, Rosny Desroches, l'un des principaux dirigeants de l'Initiative de la Société civile alliée de la Convergence, etc. Absence tout aussi remarquable cependant du Premier ministre Jean-Marie Chérestal, de même qu'on peut s'interroger sur le bas profil maintenu depuis quelques semaines par des ministres controversés tels ceux de la Justice et du Commerce pour leurs liens avec le régime des Duvalier, soit respectivement Gary Lissade et Stanley Théard. Quant à ce dernier il a quasiment disparu de la circulation, à moins qu'il n'oeuvre uniquement dans l'ombre? Notons que le «président» Gérard Gourgue s'est éclipsé dès la fin de la cérémonie religieuse tandis que les autres participants se rendaient saluer le président de la République.
Doit-on donc s'attendre à la formation d'un gouvernement plus «correct», c'est-à-dire à un nouveau gouvernement qui tiendrait compte des aspirations populaires?, ou plutôt à un gouvernement plus «large», au sein duquel la Convergence obtiendrait la part du lion? De toutes façons, entre un sursaut de fermeté, un arrangement d'urgence ou la capitulation, un remaniement est fort probablement en train de se tramer.