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Des négociations à petits pasLes protagonistes de la crise post-électorale haïtienne ont bien montré leur dépendance par rapport à la communauté internationale et leur mentalité de colonisés en se battant pour donner chacun un sens propre au fait que Haïti ne soit pas sur l'agenda des discussions à l'assemblée extraordinaire de l'OEA débutée le 10 septembre 2001 à Lima au Pérou. Loin de mentionner la crise haïtienne, la menu officiel des débats devait tourner autour de renforcement de la démocratie dans la région et la façon d'appliquer la charte démocratique de l'organisation hémisphérique. Sur ce dernier point on n'avait pas pu aboutir à un consensus lors de la décente réunion de l'OEA à San José de Costa Rica. Il n'en faut pas plus pour que Fanmi Lavalas prenne une posture quasi triomphaliste tandis que la Convergence visiblement aux abois cherche à en donner une interprétation à son avantage. Exprimant ainsi les misères morales de deux représentants des classes dominantes qui se disputent les faveurs de l'étranger, et ce aux dépens des intérêts nationaux. «Bon, le fait que l'OEA ne parle pas d'Haïti, pour moi, comme je vous disais tout à l'heure, ça signifie... que l'OEA ne considère pas que ce qui se passe en Haïti comme un problème, comme une crise de démocratie, même si à un certain moment l'OEA avait une position différente», a dit le porte-parole de Fanmi Lavalas Jonas Petit. Un des ténors de la Convergence, Gérard Pierre-Charles de l'OPL, a vu pour sa part ce qu'il voudrait y voir, spéculant: «Mais depuis six mois qu'il est au pouvoir ce régime ne fait que violer les droits démocratiques du peuple haïtien et les droits humains. Donc Haïti est au coeur, même si on ne cite pas le mot Haïti, il est au coeur de cette réunion du Pérou... Le cas de figure théorique contemplé à Santiago de Chili n'a pas prévu que des régimes civils pourraient s'installer par des coups d'Etat électoraux, des coups d'état électoraux faits par des gouvernements civils et des gouvernements formellement démocratiques.» Son allié, Victor Benoît du Conacom a dit avoir demandé à l'OEA d'appliquer contre Haïti la charte qu'on va voter.
Le représentant de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas n'en est pas encore là pourtant. Tout en rassurant ses favoris, Pierre-Charles et ses acolytes en disant que «Je ne vois pas pourquoi si on ne parle pas d'Haïti dans une assemblée extraordinaire de l'OEA, cela veut dire qu'on n'a pas intérêt sur Haïti. Je crois que c'est un manque d'information», il a appelé les protagonistes à reprendre le chemin des négociations. Il s'est même montré optimiste pour annoncer: «Je dis qu'on va reprendre les négociations et j'espère que ce sera très très bientôt.»
Du côté de l'exécutif, le responsable du bureau de communication et de presse de la présidence, Paul Antoine, a dit attendre une manifestation de la bonne volonté de l'opposition pour la reprise des négociations. Une bonne volonté que se fera semble-t-il attendre longtemps encore puisque l'un des porte-parole de la Converge, Micha Gaillard qualifie de dilatoires les appels au dialogue de Lavalas et reprend sa rengaine de «climat de répression contre l'opposition» comme obstacle majeur à toute relance des pourparlers.
Le sénateur Yvon Neptune a cette fois réagi plus vigoureusement et déclaré: «Fanmi Lavalas constate que certains intérêts locaux et étrangers se sont entendus pour créer plus de souffrances et de misères dans la vie de la majorité du peuple. Parce que nous sommes Lavalas, à cause de notre confiance dans le président Aristide, la mentalité anti-changement de certains petits groupes de monopoles d'affaires, Fanmi Lavalas continuera de se mobiliser dans la paix afin de résister contre le coup monté de la violence économique avec l'outil de la paix.» Il va sans dire que ce discours ne va pas de pair avec la politique de capitulation de Fanmi Lavalas. Cette énergie «retrouvée» du représentant de Fanmi Lavalas n'a point intimidé le représentant de l'Initiative de la société civile (ISC), Edouard Paultre de la Fédération protestante d'Haïti, qui n'a fait que réclamer davantage de concessions: «Je ne crois pas que ces discours puissent arranger, construire une société. Ce sont des discours exclusifs; nous les condamnons et nous demandons de suspendre de semer la haine dans le pays. Ayons un discours plus responsable pour le pays.»
Ce discours «responsable», Paultre est ses pairs l'auront trouvé dans le dernier «message au peuple de Dieu» de la Conférence épiscopale d'Haïti (CEH). Après y avoir décrit les tracasseries économiques des familles pour nourrir et envoyer leurs enfants à l'école, le président de la CEH Mgr Hubert Constant a déclaré: «Le temps où les négociations permettaient de grands espoirs s'est évanoui, car les pourparlers se sont arrêtés et, depuis, l'on semble s'enliser irrémédiablement. Il est très dangereux de s'habituer à cet état de fait et à banaliser la situation.» Comme ce fut le cas pour l'appel au dialogue lancé par l'ISC, le représentant permanent du secrétaire général de l'OEA en Haïti Sergio Romero Cuevas a aussitôt applaudi: «Ça me rend plus sûr et ça me donne encore du courage, l'espoir pour continuer,... faire les gens retourner à la table», a indiqué Cuevas qui semble disposer de tout son temps.