Départ «sans commentaires»
du ministre MérisierLes rumeurs de démission du ministre de l'Education nationale, démenties précédemment par le ministre de l'Information Guy Paul, se sont avérées. Mais de façon plutôt énigmatique et jusqu'à présent inexpliquées officiellement, bien évidemment. Le 4 septembre, soit un jour après la date officielle de la réouverture des classes, Georges Gaston Mérisier a annoncé sa démission du cabinet ministériel en ces termes: «C'est vrai que j'ai démissionné et j'ai envoyé une lettre à Aristide et à Chérestal», a-t-il dit à l'agence Reuters. Mais aux médias haïtiens qui essayaient d'en savoir plus, Mérisier ne cessait de répéter: «Je n'ai pas de commentaires.» Un incident survenu à l'aéroport international ne serait pas étranger à ce départ impromptu Son collègue de l'Intérieur, Henri-Claude Ménard serait venu l'intercepter alors qu'il allait prendre l'avion pour se rendre à Genève participer à une conférence des ministres de l'Education. Ménard l'aurait ainsi poussé vers la «sortie» en l'invitant à remettre son départ à une autre date. Ce qui semble être confirmé implicitement par Ménard lui-même, qui disait:«Bon, comme je crois que nous sommes responsables des entrées et des sorties du pays. S'il y a un message pour un ministre, un conseil pour lui de rester dans le pays - parce qu'il y a beaucoup d'activités dans le pays à son niveau - la personne la mieux placée pour apporter ce message à mon collègue c'est le ministre de l'Intérieur», a-t-il déclaré pour ajouter: «Je jure 77 fois 7 fois, je n'ai aucun problème avec le ministre de l'Education». Mais était-ce nécessaire d'offrir un tel spectacle à l'aéroport alors que le ministre Mérisier aurait pu être avisé bien avant et de toute autre façon?
Pourtant le 6 septembre, son collègue Guy Paul prenait la peine d'indiquer au cours d'une conférence de presse que son collège de l'Education n'avait pas démissionné: «Le ministre est à son bureau maintenant en train de travailler. C'est tout ce que je peux dire.» Mérisier serait-il rentré en grâce entre-temps? Pourtant lors de la célébration de la Journée mondiale de l'alphabétisation au stade Sylvio Cator, le 7 septembre, le ministre Georges Gaston Mérisier n'était pas parmi les membres du cabinet ministériel qui entourait le chef de l'Etat.
De qui émanait ce «message» dont a parlé Henri-Claude Ménard?. Il est vrai qu'avec le désordre dans lequel s'effectuait la rentrée des classes, le moment était vraiment mal choisi pour le ministre Mérisier d'aller se balader en Suisse. N'aurait-il pu déléguer à cette conférence un représentant de son ministère? Ne pouvait-il à ce point se priver d'un voyage à l'étranger? On sait par ailleurs que le président Aristide avait publiquement critiqué l'organisation des derniers examens du baccalauréat et demandé aux autorités compétentes de réparer les torts, tandis que l'intéressé, Gaston Mérisier, a toujours soutenu que malgré certains petits problèmes ces examens ont été une «réussite». Une réussite qu'il serait le seul à apprécier. À moins que son échec se situerait ailleurs, comme par exemple dans la question de redistribution ou d'allocation du million de dollars qui lui avait été remis pour le Programme national de cantine scolaire (PNCS)? Tant le manque de transparence du gouvernement en cette matière comme dans d'autres que le «pas de commentaires» du ministre lui-même ne peuvent qu'alimenter le malaise ambiant.