Actualité politique
Les «négociations» reprendront-elles?Depuis les attaques meurtrières contre des commissariats de police du pays le 28 juillet 2001, les protagonistes de la crise avaient du mal à retrouver le chemin de la table des négociations. Fanmi Lavalas accusait la Convergence d'être derrière ces événements et cette dernière semblait fort tirer avantage de ces événements pour accroître ses pressions et exiger du pouvoir la libération de tous les individus arrêtés suite au coup de main et l'arrêt de la «répression contre ces partisans» comme condition de toute reprise des négociations. Elle a en grande partie obtenu satisfaction quant à la libération de «ses militants», mais les pourparlers interrompus depuis le 16 juillet n'ont pas pour autant repris.
Sur ce, un mois après ce 28 juillet, intervient l'Initiative de la société civile, soutenue on le devine par les pays «tuteurs», qui y met le paquet pour la relance des débats en vue de cet introuvable accord. Dans une déclaration rendue publique le 29 août 2001, l'ISC «s'étonne que les négociations, qui avaient été interrompues momentanément le 16 juillet dernier, n'avaient pas repris jusqu'à présent, malgré les engagements pris par les deux parties et en dépit de l'aggravation inquiétante de la situation socio-économique». D'autant plus, croit-on comprendre, que les dernières discussions ont abouti à une entente sur la plupart des points essentiels: une formule de formation d'un nouveau CEP; des élections anticipées pour le Parlement et les collectivités territoriales; la neutralité électorale de la Police nationale; le renforcement de l'observation électorale nationale et internationale; la poursuite du dialogue pour un accord autour du renforcement de la démocratie, du respect des droits humains et de la promotion du progrès économique et social. L'ISC n'a pu donc que déplorer les événements du 28 juillet qui sont venus, à son avis, malencontreusement tout gâcher. Pourtant du 16 au 28 juillet, malgré cette entente sur les questions pré-citées, rien n'avait bougé, comme si les événements du 28 juillet, c'est-à-dire l'attaque des commissariats, étaient survenus tout à fait opportunément. Mais à défaut de pouvoir évoquer crûment ces menaces armées sous le parapluie de l'armée dominicaine, pour justifier l'urgence d'un accord politique final, c'est-à-dire la capitulation totale du pouvoir Lavalas, l'Initiative de la société civile s'est rabattue sur une conjoncture économique des plus difficiles. Pour l'ISC donc, seule une sortie de cette crise politique peut mettre un terme à ce marasme économique, ce chantage à l'assistance économique et à l'investissement, dirons-nous, maintenu par les «tuteurs».
En effet, malgré ce cri à l'endroit de tous les acteurs politiques, l'ISC n'est pas arrivée à cacher sa prédilection pour la Convergence, dont elle défend les positions. Son porte-parole Edouard Paultre a déclaré: «Nous ne pouvons rester dans cette position avec la promesse des acteurs, les engagements pris par eux de revenir à la table des négociations tout de suite. Nous sommes étonné de ce qu'ils n'aient pas respecté ces engagements. Parallèlement depuis le 28 juillet nous avons constaté une situation qui se dégrade. Il y a la répression politique, des arrestations sur des bases partisanes, des entraves à la liberté de la presse. Nous souhaitons vivement que l'on crée des conditions pour que les négociations reprennent le plus vite que possible car c'est l'unique voie pour résoudre la crise.»
Le président de la République Jean-Bertrand Aristide n'en a pas moins accueilli favorablement cette proclamation en disant: «J'ai accueilli cette initiative très bien et je l'encourage», a dit Aristide. Son ministre de la Planification et de la Coopération externe, Marc L. Bazin, a de même invité les acteurs politiques à revenir au plus vite à la table des négociations. Mais pour lui ces négociations doivent viser plus large que la simple crise post-électorale pour atteindre, l'élaboration d'un projet politique national de développement. Marc Bazin voudrait jouer un plus grand rôle que celui de bouche-trou? De son côté, le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune a laissé entendre que son parti ne fera point d'autres concessions.
Du côté de l'opposition c'est évidemment un accueil chaleureux qu'a reçu la note de l'ISC, mis à part le RDNP de Leslie Manigat qui a dit croire que ces négociations ne mèneront nulle part. «Mieux vaut tard que jamais», a dit Micha Gaillard du Konakom/Convergence pour saluer les dénonciations «tardives» par l'ISC de ce qu'il appelle la campagne de répression contre les militants de la Convergence. «Nous apprécions leur intervention mais toujours est-il qu'il n'est pas question que nous concluions un accord cosmétique, un accord de façade, un accord cosmétique avec un rempart au devant et à l'arrière des destructions, une ambiance de répression dans le pays», a dit Gaillard. Forte de la complicité et du soutien des pays tuteurs d'Haïti, la Convergence n'a point lâché prise pour parvenir à faire céder Lavalas qui cherche autant qu'elle l'approbation des puissances étrangères. Ses leaders ont encore rencontré le corps diplomatique à la résidence privée de l'ambassadeur d'Argentine qui a coordonné la réunion. «Cette rencontre c'est nous autres qui l'avons sollicitée, c'est la Convergence qui l'a sollicitée. N'importe quel personnage politique ou autre a le droit de solliciter des rencontres de n'importe quel diplomate. C'était un échange sur la conjoncture, sur où nous nous étions arrêtés le 15 juillet au niveau des négociations, sur la manipulation que tente Lavalas comme quoi il y aurait d'autres exigences de notre part», a laborieusement rapporté Micha Gaillard, qui a fait état en outre que sa clique avait porté plainte à la communauté internationale, indiquant comme sujets débattus lors de cette rencontre «les actes politiques de Lavalas et son emprise de plus en plus grande sur l'appareil d'État». «De leur côté, ils (les diplomates) nous ont offert leur solidarité en ce moment difficile de répression et ils ont dit avoir fait des démarches en ce sens. Au niveau des instances du pouvoir, ils ont demandé le respect des droits de l'homme», a complété Gaillard.
Le représentant permanent du secrétaire général de l'OEA en Haïti, le Mexicain Sergio Romero Cuevas, pour sa part, a applaudi à la parution de la note de l'ISC, d'autant plus qu'il ne doit pas être étranger à cette «initiative»: «Je n'ai jamais entendu ni Fanmi Lavalas ni la Convergence démocratique dire qu'ils ne veulent pas négocier. Au contraire j'ai entendu le sénateur Neptune, j'ai entendu le porte-parole de la Convergence dire qu'ils veulent recommencer à négocier. Alors je dis aussi que nous sommes très content parce que l'Initiative de la société civile a publié ce communiqué car c'est une preuve, c'est une manifestation très claire, dans l'intérêt de tout le monde, qu'on recommence à négocier», a-t-il déclaré. Négocier quoi? Romero Cuevas est le premier à savoir que ces négociations, ou ce qu'on désigne comme telles, ne reprendront vraiment que lorsque tout son appareil sera venu à bout des réticences de Fanmi Lavalas qui se contente entre-temps de subir les événements.