Le Sénat veut-il faire
obstacle à la justice?Le Sénat semble prendre tout son temps pour ne pas se prononcer dans le dossier de l'assassinat de Jean Dominique et de Jean-Claude Louissaint. Or depuis le 10 août 2001, une requête du juge d'instruction Claudy Gassant relative à la levée d'immunité du sénateur Dany Toussaint lui a été transmise par le ministère de la Justice. L'attitude et les propos du président du Sénat Yvon Neptune montrent qu'il cherche à tout le moins des moyens de faire passer le temps. Il a décidé de faire analyser les 19 pièces, qui lui ont été communiquées par une commission de juristes pour évaluer la faisabilité de la demande de levée d'immunité ou même la recevabilité de la demande «dans les termes formulés». En un mot analyser le fond et la forme de la demande, avant de se prononcer. Entre-temps, on imagine sans peine, que beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts. Et pour comble, le député de Jacmel, Wilner Content a demandé au ministre de la Justice Gary Lissade de nommer pour ce dossier un autre juge d'instruction à la place de Claudy Gassant qui est, à son avis, incompétent et dont les décisions sont précipitées. Ce Wilner Content ne paraît pas se satisfaire de son incompétence comme parlementaire pour se lancer dans d'autres voies?
Dans l'éditorial du 3 septembre 2001 de Radio Haïti Inter marquant le 17e mois depuis l'assassinat de Jean Dominique, sa veuve Michèle Montas a exprimé sa déconvenue en des termes bien explicites: «Aujourd'hui l'enquête est de nouveau bloquée, enlisée dans les tergiversations, les complicités à courte vue, les tentatives délibérées de détourner, de bloquer ou d'enterrer l'enquête sur l'assassinat de Jean Dominique et Jean-Claude Louissaint. 17 mois c'est assez!... Le Sénat de la République n'est pas appelé à se transformer en tribunal sur des faits qui relèvent d'une instruction judiciaire en cours ni à juger de l'innocence ou de la culpabilité, mais à la levée d'immunité parlementaire de l'un de ses membres.» Elle a aussi révélé que n'ont pas été exécutés des mandats d'arrêt décernés contre Richard Salomon alias Chacha et Frank Joseph, deux agents de sécurité de Dany Toussaint.
Michèle Montas n'est pas seule dans ce combat. Aux Cayes, le secrétaire général de l'AJH (Association des journalistes haïtiens) et la branche locale de la Fondation 30 septembre ont à nouveau élevé la voix pour exiger justice dans ce dossier. «Si le sénateur Toussaint au préalable plaide coupable ou non coupable, on ne peut le savoir. C'est la justice qui décidera. Nous souhaitons seulement que les procédures soient normales et que le procès soit un procès équitable et que Dany Toussaint ait la chance de se défendre. Mais que personne ne fasse de blocages pour empêcher que justice soit rendue à Jean Dominique. Que la personne qui l'a tué, si c'est Dany Toussaint ou n'importe quelle autre personne, soit condamnée et purge sa peine», a dit Guyler C. Delva de l'AJH. Parallèlement, une mobilisation internationale est toujours en cours. Des organisations internationales comme Reporters Sans Frontières, Amnesty International, NCHR, International Lines for Justice for Jean Dominique soutiennent ces activités.
Par ailleurs, un autre juge d'instruction, Jocelyne Pierre, a été nommée dans le dossier du père Jean-Marie Vincent. Les organisations de défense de droits humains avaient formulé une telle demande, à l'occasion du 7e anniversaire de l'assassinat du prêtre militant progressiste survenu dans les derniers jours du coup d'État, le 28 août 1994. Me Pierre était conjointement responsable de l'instruction du dossier du massacre de Carrefour Feuilles avec Claudy Gassant et Eddy Darang.