Mise au jour d'un repaire de voleurs
ou offensive gouvernementale?Le mercredi 22 août 2001, deux unités spéciales de la Police nationale, le Swat Team et la CIMO, ont effectué une descente des lieux au local de la KID (Convention de l'unité démocratique) situé dans le quartier de Christ-Roi, dans la capitale, opérant une perquisition et emmenant avec elles six membres en règle ou présumés tels du parti d'Evans Paul (K-Plim), un des leaders de la Convergence: Rose Laure Aubourg, Dorlus Émile, Jean Bernard Jecroisil, Jean Ednold alias «Brésilien», Amitho Altidor et Ernst Brutus.
«Nous avons trouvé deux fusils M-14, dont un hors d'usage, deux chargeurs M-14 remplis de cartouches, un chargeur pour Galil rempli d'une quantité de 50 cartouches et 2 chargeurs de mitraillette Uzi vides et des munitions cachées dans le plafond», a déclaré le porte-parole de la Police Jean Dady Siméon qui a indiqué en outre que ce local de la KID abrite un réseau de voleurs de voitures et de kidnappeurs qui viennent y partager leurs butins. Deux d'entre eux ont été relâchés depuis, mais les autres sont encore gardés à vue au commissariat de police de Port-au-Prince. Au lendemain de leur incarcération, une délégation de l'Espace de concertation composée notamment de Micha Gaillard (Konakom) et de Evans Paul (KID) leur a rendu visite avec grand tapage.
Evidemment, le secrétaire général de la KID Evans Paul a qualifié l'opération policière de mise en scène visant à persécuter les groupes politiques de l'opposition. D'après lui, elle a pour causes le retrait de sa plainte contre l'ancien général-président Prosper Avril actuellement détenu au Pénitencier national pour tortures infligées aux prisonniers de la Toussaint en 1989; une manifestation spontanée anti-lavalas organisée le 22 août par des militants de la KID; les rencontres quotidiennes de ces derniers à ce local.
Convoqué au cabinet d'instruction à titre de plaignant et/ou témoin par le juge Josué Agnant dans le cadre de l'affaire des prisonniers de la Toussaint, contrairement à Frantz Patrick Beauchard et d'autres victimes, Evans Paul s'est dit satisfait de la lettre d'excuse que lui avait adressée son tortionnaire et actuel allié, l'ex-général-président Prosper Avril: «Comme je viens de le dire, les blessures que j'ai reçues sous Prosper Avril se sont guéries, mais quant aux dommages causés lors de l'incendie de notre local, quand on terrorise nos militants; quand on fait disparaître nos archives, cela n'a pas encore dix ans, et je tiens à ce que la justice fasse suite à ce dossier», a-t-il dit, faisant allusion à l'incendie du local de son parti, en avril 2000, lors des funérailles du directeur de Radio Haïti Inter, Jean Dominique. En fait aucune enquête n'a encore dévoilé qui étaient les véritables auteurs de ce sinistre. Et on avait même prétendu à l'époque, que ce pourrait être le fait des victimes elles-mêmes qui avaient tout à gagner politiquement sans rien perdre financièrement. La maison n'appartenait point à la KID qui n'avait jamais effectué les paiements du loyer aux propriétaires qui, sans doute, commençaient à vouloir reprendre possession de leur bien.
Evans Paul a encore prétendu, cette fois, qu'il s'agissait d'un plan d'assassinat ce jour-là contre lui-même, qui venait juste de quitter le local pour se rendre à une convocation chez le juge d'instruction. «Selon ces militants il semble qu'il y avait une tentative pour m'assassiner. D'ailleurs, il y a eu beaucoup de rumeurs en ce sens pendant la semaine», a expliqué Paul qui en a profité pour alerter «le monde entier» sur son sort et faire appel à l'intervention et la vigilance des organismes de droits humains «nationaux et internationaux».
Naturellement l'opposition, à laquelle se sont jointes les organisations de la société civile qui lui sont proches, s'est dite scandalisée par cette nouvelle affaire. Gérard Blot de l'Alternative pour le changement s'en est même pris au porte-parole de la Police nationale Jean Dady Siméon en ces termes: «Nous pensons qu'aujourd'hui on aurait dû changer ce porte-parole, parce qu'on ne prêtera foi à rien qu'il puisse dire.» Il est vrai que le Jean Dady Siméon en question s'était fait auparavant tourné en ridicule lorsqu'il avait donné comme raison de l'arrestation du docteur Blondel Auguste (libéré depuis) que celui-ci avait payé 500 gourdes pour faire écrire des graffitis sur les murs et que le prévenu s'apprêtait à faire sauter le local du ministère de la Santé. Pour toute arme chez le docteur Auguste, Siméon avouait pourtant n'avoir trouvé qu'un vieux fusil 12 hors d'usage et un bout de tuyau. Pas de quoi faire sauter un édifice! Depuis la libération d'Auguste, aucune autre explication n'a été fournie par les autorités; ce qui laisserait croire que la rumeur - indiquant qu'il s'agissait d'un règlement de comptes (pour propos infamants) entre le ministre de la Santé Henri Claude Voltaire et le médecin - était fondée. L'Initiative de la société civile, le Konakom du renouveau de Dunois Erick Cantave ont condamné les perquisitions effectuées au quartier général de la KID. Pour sa part, le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune a jugé normal et apolitique le fait par la Police de vouloir mettre un terme aux actes de banditisme dans le pays.
En fait, on peut noter que deux personnes sur six ont été libérées aussitôt, dont un des dirigeants du KID, Rose Laure Aubourg et un chauffeur de taxi qui se trouvait près des lieux. On devrait en savoir plus sur les quatre autres dans les jours suivants. S'agit-il bien de voleurs qui trouvaient au siège de ce parti un repaire inviolable pour le partage du butin? Est-ce que sous prétexte de ne pas nuire aux négociations, le gouvernement peut se permettre de retenir la main de la justice et de la police dans l'exercice de leurs fonctions? Évidemment non. Justement, le gouvernement s'est laissé lier les mains en restant constamment sur la défensive pour ne pas mettre de l'eau au moulin de l'opposition. Ce qui ne lui a point été profitable, car d'une façon ou d'une autre, la Convergence fera feu de tout bois pour crier à la persécution, comme précédemment lors de l'attaque des commissariats le 28 juillet dernier où les leaders de ce regroupement ont été assez effrontés pour dire que c'était le gouvernement qui avait monté le coup pour pouvoir les persécuter. Faudrait-il pour en arriver à un accord avec eux, accord de moins en moins probable, que le pouvoir continue à fermer les yeux sur les infractions de toutes sortes commises par leurs membres? Telle a été l'attitude jusqu'à présent du gouvernement, et cette descente des lieux, loin de démontrer une véritable volonté de Fanmi Lavalas de sortir de sa position défensive, n'est qu'un autre épisode de la guéguerre qu'il mène contre ses concurrents de la Convergence.