Où en est le ministre
Gary Lissade...?L'huissier Jean-Robert Desrosiers chargé de remettre à René Civil et Paul Raymond, respectivement dirigeants des organisations populaires JPP et des TKL de St Jean Bosco, les invitations au cabinet du juge d'instruction Claudy Gassant dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Jean L. Dominique, aurait été agressé par les partisans de ces deniers dans l'exercice de ses fonctions. De même, le vendredi 24 août 2001 des militants de la KID ont lancé des pierres contre la voiture du substitut du commissaire du gouvernement Me Barthélemy Alténor. Ils manifestaient pour la libération de leurs camarades arrêtés deux jours auparavant. «Dieu soit loué; il n'est pas blessé», a déclaré l'avocat des prévenus Reynold Georges de l'ALAH/MPSN qui a dit condamner ces actes de violence. Indigné contre les traitements infligés à l'un des leurs au Bel-Air, l'association des huissiers de Port-au-Prince envisage d'observer un arrêt de travail en signe de protestation. Son porte-parole Merléon Merlus a demandé au ministère public de mettre l'action publique en mouvement contre les responsables de ces actes.
Le responsable du JPP, René Civil a voulu démentir que ses partisans aient agressé l'huissier en question. «Jusqu'à présent je n'ai reçu aucune lettre d'invitation de la part de Claudy Gassant. J'ai appris la fois dernière alors que j'étais en province, un homme est venu - je relate exactement ce qui s'est passé. Et j'ai rencontré l'huissier au cabinet de Me Nord, c'est ce qu'il a dit aussi», a dit Civil précisant que l'huissier a été seulement conspué quand il a dit être l'envoyé du juge d'instruction Claudy Gassant. Il n'y a donc pas de fumée sans feu. Et en outre Civil a prétendu n'avoir pas reçu de convocation du juge? Civil a cru devoir plutôt en l'occurrence dénoncer qu'on chercherait à ternir l'image de certains hommes du pays pour des raisons politiques. «Nul n'est au-dessus de la loi», a t-il dit solennellement, ajoutant cependant: «Je n'ai aucun problème pour aller chez le juge Claudy Gassant... Il a été récusé... S'il est récusé et que la justice n'a pas encore pris la décision de le dessaisir du dossier, et de nommer un autre juge, moi j'attends d'elle les résultats», a conclu René Civil. Pourtant le juge Gassant n'a jamais été récusé comme le prétend aussi légèrement René Civil. Comme lui, Paul Raymond pense que le juge Gassant est un «robot programmé» qui n'a pas été honnête et impartial dans la conduite de l'enquête sur le meurtre contre le directeur de radio Haïti Inter. Qu'en sait-il? Quels arguments avance-t-il pour justifier une telle déclaration? Rien.
Justement dans le dossier Jean Dominique, la justice semble plutôt attendre la décision du Sénat concernant la demande de levée de l'immunité parlementaire du sénateur Dany Toussaint. Le ministre de la Justice Gary Lissade, dont l'attitude a été fortement critiquée, encore la semaine dernière, voudrait maintenant, semble-t-il, se faire une nouvelle image. Les dernières prestations des organismes de défense des droits humains l'auraient influencé? «C'est le Sénat qui pourrait répondre à cette question quant à présent puisque l'affaire est devant le Sénat de la République. La justice préoccupe au plus haut point le ministère de la Justice, mais vous savez qu'il y a ce qu'on appelle la séparation des pouvoirs... Le pouvoir exécutif ne peut pas s'immiscer dans les actions du pouvoir législatif», a dit Lissade qui vient de découvrir tout cela et se vante même désormais de bons rapports qu'il dit entretenir avec le juge d'instruction Claudy Gassant.
Il y a bien d'autres dossiers sur lesquels le ministre Lissade pourrait s'activer s'il veut vraiment faire preuve de sa toute nouvelle détermination. Ce 28 août 2001 ramène justement le 7e anniversaire du meurtre du père Jean-Marie Vincent, fondateur du Mouvman tèt kole ti peyizan ayisyen, cette organisation paysanne dont des dizaines de membres avaient été massacrés en juillet 1987 à Jean Rabel, dans le Nord-Est du pays. Les membres de la Fondation Jean-Marie Vincent et d'autres patriotes veulent commémorer de façon particulière cette année cet événement, tout en exigeant un procès qui impliquerait la réouverture de l'enquête sous la conduite d'un autre juge d'instruction.
Parallèlement, l'association des parents des enfants victimes du diéthylène glycol (APEVIDIGH) continue 5 ans après à manifester pour obtenir justice. Exposition de photos, projections de films, conférences-débats telles ont été les activités de trois jours de mobilisation entamés le vendredi 24 août visant à obtenir des autorités judiciaires justice et réparations. Le porte-parole des familles victimes des sirop Alfebril et Valodon des laboratoires Pharval, Philippe Pierre Berthony compte envoyer une pétition au Parlement. Entre-temps deux nouveaux cas d'enfants contaminés sont venus s'ajouter aux dizaines d'autres. Wancliff Pierre et Jemina Bonnet âgés respectivement de deux ans et de trois ans et demi ont été contaminés en 1999 et 1998 à l'hôpital général où plusieurs années après le drame de 1996 on continuait donc à prescrire le sirop Alfébril interdit pourtant depuis 1996. Les parents de ces deux nouvelles victimes ont décidé de rejoindre l'APEVIDIGH. Selon un dépliant publié par l'association, plus de 200 enfants ont été tués par les deux médicaments, Alfébril et Valodon «fabriqués localement par les laboratoires Pharval et commercialisés malgré les diverses mises en garde de l'OPS/OMS sur la qualité de ces produits». Le ministre Lissade aurait donc largement de quoi s'occuper, s'il voulait vraiment combattre l'impunité, comme il l'avait promis lors de son investiture.