Négociations: répit ou guerre des nerfs?Le représentant permanent de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas fait mine de vouloir relancer les négociations entre le parti gouvernemental, Fanmi Lavalas et la Convergence. Il n'a cessé de multiplier les rencontres avec les principaux protagonistes, sans arriver pour autant les mettre face à face. Selon le rituel, il se dit encouragé par la bonne volonté exprimée de part et d'autre, sans être cependant en mesure de fixer la moindre date pour la reprise des pourparlers. Les événements du 28 juillet ont semblé rendre encore plus difficile la reprise des négociations depuis le 15 juillet dernier. En ce sens qu'ils ont permis à la Convergence de trouver d'autres prétextes pour durcir ses positions qui ont, sans surprise, obtenu le soutien de la communauté internationale, et même celui du «facilitateur», l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas lui-même.
Ce dernier a rencontré le 20 août des représentants de Fanmi Lavalas et ceux du pouvoir exécutif au bureau de l'OEA à Port-au-Prince, après s'être réuni avec des responsables de la Convergence. «L'OEA a voulu nous informer de la position de la Convergence et vice-versa, c'est-à-dire qu'elle a voulu savoir quelle était notre dernière position par rapport à la reprise des discussions. Naturellement pour nous autres notre position n'a pas changé. C'est-à-dire que nous sommes toujours prêts, disposés à reprendre les discussions avec l'opposition n'importe quand et sans conditions», a indiqué le porte-parole de Fanmi Lavalas, Jonas Petit. Du côté de la Convergence ce ne sont pas les exigences qui manquent, rien que pour accepter de revenir à la table, si l'on en croit le ministre de l'Information Guy Paul qui a participé à cette rencontre avec l'OEA. Tel qu'il le rapporte la Convergence avant toute chose veut la libération de tous les «prisonniers politiques»; le retour au pays des «exilés politiques»; l'établissement d'un calendrier de départ des élus du 21 mai; son intégration au gouvernement. Comme on le voit l'opposition réclame donc tout avant même d'accepter de négocier. Auparavant, elle réclamait uniquement l'élargissement de ses prétendus partisans arrêtés suite aux événements du 28 juillet. Le gouvernement ayant acquiescé à la relaxation de la plupart des suspects, la Convergence a alors demandé entre-temps le retour de tous ceux présument forcés à prendre le maquis, sans doute aussi les auteurs des attentats du 28 juillet réfugiés en République dominicaine qui devraient être considérés comme des «exilés politiques»?
Comme on peut le deviner, les leaders de la Convergence n'ont point hâte, et le sénateur Yvon Neptune, représentant national de Fanmi Lavalas, n'apprend rien à personne quand il déclare: «D'après ce dont nous avons parlé (avec l'OEA), nous nous demandons: la Convergence s'intéresse-t-elle vraiment aux négociations? Comprend-elle réellement ce qui se passe dans le pays? Souhaite-elle obtenir dans les négociations ce qu'elle n'a pu réaliser lors des élections?» Neptune doit certainement connaître la réponse à sa dernière interrogation? Il doit bien savoir si son parti est prêt à capituler totalement après avoir épuisé ses ressources dans une suite interminable de concessions auxquelles la Convergence n'aurait pu prétendre à travers les «élections».
Ce qui paraît être un temps de répit dans les négociations serait plutôt une pause que s'accorderait la Convergence en attendant d'autres «événements» favorables à ses fins et conformes à la stratégie dictée par ses commanditaires. D'autant plus qu'elle n'a point de difficulté à s'allier chemin faisant d'autres opportunistes qui ne voudraient pas être oubliés au moment du grand partage du gâteau. Ainsi Rockfeller Guerre de l'UPD, membre de la coalition dénommée Alternative pour le changement dont Gérard Blot est le porte-parole, est revenu sur scène pour déclarer: «Bon, nous autres de l'UPD croyons qu'on ne peut pas négocier avec le couteau sous la gorge», a dit l'ancien secrétaire d'Etat aux Mines. «Nous pensons qu'il serait plus sage aujourd'hui pour les dirigeants au pouvoir de fait d'adopter une attitude plus souple, plus constructive et plus conciliante au lieu d'une posture légaliste et nationaliste afin de faciliter la tâche à tous», a proclamé pour sa part Dunois Eric Cantave du «Conacom du Renouveau», dans un document opportunément et rapidement intitulé: «Plaidoyer pour la reprise des négociations».
En réalité, les négociations ne sont point interrompues; ce n'est qu'un épisode moins bruyant de la série mais tout aussi significatif que les précédents. Sauf qu'à ce point-ci, Fanmi Lavalas se trouverait, de par son propre et lamentable choix, encore un peu plus à la merci de ses vis-à-vis qui dictent désormais le rythme et lui imposent une guerre des nerfs, un suspense...