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22 au 28  Août  2001


Tour de passe-passe entre la BUH et la Sogebank?

La longue saga entre les deux grandes institutions bancaires privées haïtiennes, la Sogebank et la Unibank, pour l'acquisition de la Banque de l'union haïtienne (BUH) s'est terminée le samedi 18 août 2001 par la victoire de la Sogebank. C'est l'offre finale de cette dernière qui aura eu la faveur des actionnaires au cours de la réunion organisée le 21 août à l'hôtel Le Plaza, et ce contre toute logique apparente, puisque les 8,5 millions de dollars offerts par la Sogebank sont de loin inférieurs aux 9,5 millions proposés par sa rivale, la Unibank. D'ailleurs c'est sous la pression de cette offre de l'Unibank que les responsables de la Sogebank ont enchéri la leur de 1,5 million de dollars, présentée sous plis cacheté à la dernière minute en plein vote finale des actionnaires. Parmi les deux mille actionnaires de la BUH, 40 d'entre eux seulement représentent 60% du capital. Et ces 40 grands actionnaires auront fait pencher la balance du côté de la Sogebank qui conforte ainsi sa position de leader du marché bancaire haïtien. Au niveau des actifs, la Sogebank contrôle désormais 30,71% du marché contre 20,24% en faveur de la Unibank classée 2e. Suivant les mêmes statistiques au 31 mars 2001 fournies par la Banque de la République d'Haïti, la Sogebank contrôle 32,11 des ressources totales du système bancaire haïtien contre 20,83% pour la Unibank. Comme formalité administrative, il ne resterait plus qu'à attendre l'approbation de l'opération par la Banque centrale.

Les responsables de la Sogebank sont évidemment enchantés. «C'est un enterrement de première classe», s'est écrié Constantin Mayard-Paul du conseil d'administration de la BUH. Tandis que l'économiste en chef de la Sogebank Pierre-Marie Boisson a qualifié le vote du 18 août de triomphe de la raison: «Nous avons eu 75% des actionnaires à voter. Et je précise que les dirigeants eux-mêmes de la BUH quand on regarde ce qu'ils représentent en termes de poids, nombre d'actions. Les grands actionnaires de la BUH représentent à par entre 35% et 40% de la société. Cela veut dire que nous avons eu la moitié de ces 75% là représentant des actionnaires minoritaires. Ça veut dire c'est vraiment une victoire de la raison, une victoire de la vente, une victoire de la Sogebank.» Tel n'est point l'avis du président du conseil d'administration de la Unibank, Carl Braun qui déplore à raison le fait que son offre ait été rejetée pour une proposition de moindre importance. «Les règles du jeu ont été changées dans la mesure où on m'avait interdit de présenter mon offre, et on m'avait interdit de négocier mon offre», a dit Braun qui a fait remarquer qu'on ne lui a jamais donné l'opportunité de négocier son offre contrairement aux responsables de la Sogebank qui à la dernière minute ont relevé un petit peu la leur. En définitive, Braun a déclaré que la victoire morale appartient à la Unibank qui a ainsi permis aux actionnaires de la BUH d'obtenir beaucoup plus pour leurs investissements. Selon lui les actionnaires majoritaires de la BUH devraient justifier leur décision bizarre pour éclairer la lanterne des autres actionnaires minoritaires.

Comme on pouvait s'y attendre ces derniers ne sont pas du tout d'accord avec la tournure des événements. Dans une note de presse subséquente, un actionnaire minoritaire, Serge Joachim a dénoncé les graves irrégularités relevées dans le processus de liquidation de la BUH à la Sogebank: le manque de transparence; les tentatives de bâillonnement des soumissionnaires, en particulier la Unibank; l'absence d'une gestion saine et équitable des avoirs des actionnaires de la BUH, et réclamé «l'arrêt de toutes les activités tendant soit à céder à la Sogebank, en partie ou dans son intégralité, les avoirs de la communauté, soit à privilégier de façon exclusive et arbitraire les dites négociations avec des partenaires de leur choix, au détriment des intérêts de la communauté». Le cas échéant, Joachim se réserve le droit de réclamer une commission d'enquête; de saisir la justice et de porter plainte devant les tribunaux contre O.J Brandt II, président du conseil d'administration de la BUH pendant plus de 25 ans; et d'intenter des actions éventuelles contre la Sogebank pour acquisition frauduleuse des avoirs de la BUH.

La liquidation de la BUH à la Sogebank est l'aboutissement d'une série de tentatives infructueuses de fusion avec la Socabank et avec la Sogebank. Vu les irrégularités ayant marqué ces tentatives, la Banque centrale avait récemment demandé l'annulation de la décision du 7 juillet 2001 relative à un appel d'offre qu'aurait remporté la Sogebank. D'après Serge Joachim ces investissements s'avèrent toujours improductifs pour les petits actionnaires qui ne reçoivent aucun dividende pour des périodes pouvant aller jusqu'à une vingtaine d'années, voyant au contraire leurs actions perdre de la valeur d'année en année. Par contre ils font le bonheur des conseils d'administration qui se paient de gros salaires et de luxueux voyages d'affaires. Il a ainsi demandé «la création de structures institutionnelles, de mécanismes juridiques et d'instruments légaux appelés à protéger les actionnaires de sociétés quelconques contre les actions irresponsables, peut-être déloyales et malhonnêtes de dirigeants de certaines institutions financières du pays». Cette affaire de la cession de la BUH a mis au grand jour la toute-puissance de certains magnats qui peuvent s'accaparer en toute quiétude, au mépris des règles élémentaires, des leviers du pouvoir économique. Et surtout l'impuissance des mécanismes légaux qui existent bien sur papier, mais que personne n'ose mettre en branle. 

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