Actualité politique
Les pressions s'accumulent sur Fanmi LavalasLa roue continue à tourner; depuis que les dirigeants de Fanmi Lavalas ont accepté de s'y agripper en s'écartant des idéaux du 16 décembre 1990 et en se mettant à négocier le vote populaire, ils ne font que suivre le mouvement au point d'en avoir le tournis actuellement. En effet, après concessions sur concessions, ils ne sont point au bout de leurs peines, car leurs adversaires, loin de s'en contenter en redemandent.
Les événements du 28 juillet dernier sont venus opportunément offrir à la Convergence l'occasion d'en rajouter tout en permettant aux tuteurs de celle-ci de s'afficher ouvertement en sa faveur. D'abord cette opposition, la Convergence, en a profité pour exiger la libération des suspects arrêtés après les attaques meurtrières du 28 juillet contre les commissariats avant toute reprise des négociations. Le gouvernement a obtempéré en relâchant dès la semaine dernière au moins 23 des 41, en attendant de «faire mieux». Puisque loin d'être satisfaite, la Convergence a plutôt manifesté son impatience avec l'un de ses porte-parole les plus belliqueux, Paul Denis de l'OPL qui a tonné avec ironie: «Nous sommes pressés de retourner à la table de négociations; toutefois vous comprendrez pour y revenir il faut un minimum de conditions. On parle militants ou sympathisants de la Convergence démocratique qui seraient relâchés; il existe encore d'autres dans les geôles lavalassiennes, et nous espérons qu'ils seront élargis dans les meilleurs délais, et nous attendons que le pouvoir crée ce climat de paix et de tranquillité nécessaire au déroulement de négociations sérieuses.»
Son compère Serge Gilles (Panpra/Convergence) pour sa part n'a point manqué d'assurance pour adresser ses remerciements aux parrains de son entreprise, clamant: «Nous devons profiter de cette occasion pour présenter un gros remerciement aux gouvernements américain, canadien, français, tous les gouvernements qui luttent pour un État de droit et qui nous avaient soutenus dans nos revendications, à savoir pour la libération de tous ceux qui ont été arrêtés de façon arbitraire» (radio Kiskeya, 10-08-01). En fait Gilles et ses associés n'hésitent pas à réclamer tous les séditieux, réels ou présumés, comme des membres de la Convergence. C'est comme si les événements sanglants avaient été planifiés pour aboutir à une telle évolution de la situation où le jeu se joue désormais à visage découvert. L'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran ne s'est point donné la peine cette fois, comme dans son communiqué précédent et d'autres antérieurs, d'employer un langage ambigu. C'est sans retenue aucune qu'il a pris ouvertement parti pour son secteur et contre Fanmi Lavalas, en déclarant: «Toute négociation, où qu'elle se trouve, a besoin d'une atmosphère propice et cette atmosphère n'existe pas actuellement. Donc quand la Convergence démocratique dit qu'il va falloir quand même que leurs militants et leurs responsables dans les provinces qui ont été arrêtés d'une manière arbitraire soient relâchés, moi je pense que c'est raisonnable.» Il a poursuivi pour lancer ses ordres: «Moi, je veux, les Etats-Unis souhaitent que les négociations recommencent aussitôt que possible dans les bonnes conditions». Le nonce apostolique Mgr Luigi Bonazzi l'a appuyé en des termes plus «fraternels»: «(...) C'est de se retrouver ensemble démocratiquement pour établir le contexte politique qui nous permettra de sortir de la crise», a-t-il déclaré pour appeler aussitôt à la reprise «le plus tôt possible de ces négociations». Ce qui veut dire en toute objectivité que Fanmi Lavalas devra se conformer aux exigences antérieures et futures de la Convergence.
C'est que les renforts arrivent de partout d'un coup pour donner le coup de grâce. La semaine dernière encore arrivait dans la capitale haïtienne un autre de ces médiateurs dont la neutralité était plus que sujette à caution. Il s'agissait du vice-président de l'Internationale socialiste, le Chilien Luis Ayala qui, après s'être entretenu avec les dirigeants de la Convergence, se rendait voir le chef du Parti Fanmi Lavalas, le président Aristide. Micha Gaillard du Conacom ne s'est pas caché pour désigner Ayala de représentant des «partis frères».
Si l'on en croit le quotidien dominicain El Nacional, Luis Ayala ne serait pas parti les mains vides, alors qu'on croyait interrompues les négociations, puisque à Santo Domingo il livrait un communiqué de son organisation, l'Internationale socialiste qui disait: «Le président Aristide de même que l'opposition ont convenu de nouvelles élections parlementaires et à mettre fin à la crise haïtienne...» (El Nacional, 14-08-01). Ayala a aussi révélé que «Gérard Pierre-Charles et Victor Benoît se sont engagés à respecter le 'pacte'» et que «les élections ont été avancées pour se tenir à la fin de l'année» (El Nacional, id.).
Il ne resterait, paraît-il, suivant les dires que ce même médiateur exposait à la télévision dominicaine le dimanche 12 août, qu'à «faire un accord sur la composition d'un Conseil électoral pour organiser les prochaines élections, et cela devra se matérialiser en temps voulu». En fait tout n'est pas si clair, puisque comme le soulignait Ayala lui-même, «s'agissant des élections locales (municipales et autres), il existe des conceptions distinctes, puisque alors que l'opposition veut qu'elles aient lieu en même temps que les parlementaires, le gouvernement veut que ce soit six mois plus tard...» On ne serait donc pas plus avancés avec les négociations, sauf que l'étau se resserre encore plus autour de Fanmi Lavalas.
Il y a eu aussi dans le cadre de ces pressions redoublées la rencontre du 10 août 2001 au Palais national entre le président Jean-Bertrand Aristide et les représentants des pays dits amis d'Haïti: Argentine, Chili, Venezuela, France, Etats-Unis, Canada, Allemagne et Espagne, qui préfigurent d'autres concessions (les ultimes?) de Fanmi Lavalas. Entre-temps, son porte-parole le président du Sénat Yvon Neptune pouvait se dire prêt à revenir à la table des négociations tout en critiquant les interminables conditions posées par la Convergence. Malheureusement quand on joue jusqu'à la limite à la roulette russe, il est inévitable que le barillet arrive en bout de course...